L’accélération des changements climatiques et l’intégration des nouvelles technologies, pensons à l’intelligence artificielle, posent de nombreux défis aux ingénieurs, appelés à travailler de plus en plus en concertation avec les chercheurs et les scientifiques. État des lieux.

Yvon Laprade Yvon Laprade
Collaboration spéciale

« Il faut encourager les partenariats avec les institutions de recherche et les universités pour être en mesure de mieux répondre aux besoins de nos clients dans la réalisation et la conception de nos ouvrages », soulève André Rainville, PDG de l’Association des firmes de génie-conseil – Québec. Les donneurs d’ouvrage ont d’ailleurs des exigences de plus en plus pointues en matière de développement durable, dans le respect de l’environnement. D’où l’importance, fait-il valoir, de mettre en place une approche collaborative favorisant l’échange de données et la mise en commun du savoir.

« Par exemple, sur la question des changements climatiques qui s’accélèrent, précise-t-il, nous savons que nos ouvrages seront mis à rude épreuve dans leur cycle de vie normal. Nous devrons anticiper les changements [en nous basant] sur les modélisations des scientifiques. »

Avant, les manuels de conception étaient basés sur un historique présentant une relative stabilité pour une période de 50 ans. Ce n’est plus la même réalité aujourd’hui. Il faut tenir compte des conditions climatiques, des conséquences de la crue des eaux.

André Rainville, PDG de l’Association des firmes de génie-conseil – Québec

Il ne fait pas de doute, insiste le président de l’association, que les firmes d’ingénieurs, si elles ne le font pas déjà, devront élaborer des ouvrages « qui seront conçus pour durer dans le temps », en plus d’être exportables.

« Nous avons la chance, au Québec, d’avoir une industrie robuste et compétente qui travaille dans toutes les régions du monde, relève-t-il. Nous avons une expertise fondée sur une vaste clientèle qui s’attend à ce que nous réalisions des ouvrages de toute nature. Et nous avons des firmes de toutes les tailles, dans toutes les spécialités. »

Surveiller les usines à distance

PHOTO MARCO CAMPANOZZI, LA PRESSE

Pierre Nader est à la tête d’une firme spécialisée qui analyse les données informatiques de 60 usines en Amérique du Nord.

C’est également ce que pense l’ingénieur Pierre Nader, 67 ans, à la tête de la firme SPN Consultants, à L'Île-des-Sœurs. L’entreprise qu’il a fondée en 1982 est, de son propre aveu, « souvent citée en exemple comme une référence » pour la qualité de ses réalisations dans le secteur industriel.

« On est fiers de ce qu’on a accompli jusqu’à présent, dit-il. Nous sommes les pionniers, au Québec, dans le secteur très pointu de l’analyse des données brutes pour le compte de 60 usines en Amérique du Nord. »

Il précise que le travail de son équipe d’analystes en est un de « surveillance et de détection d’anomalies » sur les équipements de production.

Les usines nous envoient des quantités phénoménales de données. Nous en faisons l’analyse et nous tentons de déceler ce qui pourrait causer un ralentissement ou un arrêt de production sur une machine. Nous intervenons de façon préventive. Nos actions peuvent se traduire par des économies substantielles pour nos clients.

Pierre Nader, président de SPN Consultants

Les avancées technologiques

Chose certaine, observe André Rainville, l’intelligence artificielle et les « avancées technologiques » apporteront des « retombées intéressantes » aux firmes de génie-conseil au cours de la prochaine décennie.

« On peut parler de l’accès à de plus larges bases de données, à toute l’information qu’on peut actualiser dans le temps, que ce soit pour l’automatisation des bâtiments ou encore pour améliorer la productivité dans les usines », énumère le président de l’association.