Les investisseurs ont souvent été reconnus comme un groupe qui se comportait comme un troupeau. Plus une tendance se dessinait, plus la grande majorité des investisseurs y adhérait. Ainsi, plus les actions boursières montaient, par exemple, plus les investisseurs en achetaient. Et vice versa.

Jean Gagnon Jean Gagnon
Collaboration spéciale

La conséquence était généralement toujours la même, soit que les investisseurs achetaient de plus en plus d’actions, alors que le marché touchait un sommet et qu’ils allaient encaisser des pertes substantielles dès que la hausse prendrait fin.

Et quand les pertes s’accumulaient, de plus en plus d’investisseurs multipliaient les ventes, alors le marché approchait de son creux, ce qui allait les laisser avec un manque à gagner important dès que la remontée, généralement inévitable, se produirait.

Une attitude différente

Mais les temps ont bien changé, s’il faut se fier à l’activité des investisseurs dans les fonds communs de placement. En effet, alors que les marchés boursiers ont connu une année prolifique en 2019, établissant continuellement de nouveaux records, les investisseurs vendaient des actions et achetaient des obligations, remarque Léon Garneau Jackson, directeur de la distribution intermédiaire pour l’est du Canada chez BMO Gestion mondiale d’actifs.

Les chiffres compilés par Investor Economics révèlent en effet que 80 % des ventes nettes de fonds en 2019, ce qui inclut fonds communs, fonds négociés en Bourse et fonds distincts, ont été dirigées vers des fonds de revenu fixe. Pour le reste, 20 % se sont retrouvées dans des fonds équilibrés. Qui plus est, les fonds d’action ont subi des sorties nettes équivalant à 10 % des ventes qui se sont retrouvées dans des fonds de marché monétaire.

Que faut-il en penser ? S’agit-il là d’une tendance durable ? Et que fait l’industrie des fonds communs devant cette situation ?

La démographie explique une partie de cette nouvelle tendance chez les investisseurs, selon Léon Garneau Jackson.

La population vieillit, et de plus en plus de gens recherchent le rendement tout en voulant s’éloigner du risque. Chez nous, on sent que les investisseurs sont plus nerveux.

Léon Garneau Jackson

Depuis 20 ans, d’ailleurs, la préférence des investisseurs a beaucoup évolué, selon les chiffres d’Investor Economics. En 2000, il n’y avait que 16,4 % des actifs des fonds communs qui étaient dans des fonds de revenu fixe. Aujourd’hui, c’est plus que le double, soit 35,7 %.

Terminé, l’esprit de troupeau

Mais serait-ce également que les investisseurs deviennent plus rusés et se seraient finalement dégagés de cette mentalité de troupeau ? Il semble bien que oui. Alors que les marchés ont été à la hausse presque sans interruption depuis 2009, voilà que les investisseurs s’inquiètent, avec raison, du risque que comporte le marché des actions, explique Martin Lefebvre, chef des placements et stratège à la Banque Nationale.

L’industrie des fonds communs doit faire face à cette réalité changeante en créant rapidement de nouveaux fonds, croit M. Lefebvre. « Elle doit le faire pour offrir des alternatives aux investisseurs qui sont placés devant le dilemme de savoir où ils vont placer leurs épargnes s’ils encaissent leurs profits en vendant leurs actions », dit-il. Le contexte invite d’autant moins à vendre ses actions que les obligations ne sont plus attrayantes au niveau actuel des taux d’intérêt.

Ce que l’industrie doit faire, c’est d’offrir des fonds de revenus alternatifs, soit des fonds d’actifs réels, telles les infrastructures, des fonds qui permettent aux investisseurs de sortir du Canada et d’investir à l’étranger où les taux d’intérêt sont plus élevés, ainsi que des fonds de dividendes, croit le stratège de la Banque Nationale.

« Mais les investisseurs doivent comprendre que pour atteindre les mêmes rendements qu’au cours des dernières années, les investisseurs devront courir beaucoup plus de risques », souligne-t-il.