Après cinq ans et au terme de travaux évalués à 3,67 milliards, tout indique que l’échangeur Turcot version 2020 sera inauguré dès l’automne prochain, selon l’échéancier prévu et « dans le respect des budgets ». Entrevue avec Sandra Sultana, directrice générale des grands projets au ministère des Transports du Québec, et Olivier Beaulieu, directeur de projet chez KPH Turcot, le consortium formé par les entreprises Kiewit et Parsons.

Yvon Laprade Yvon Laprade
Collaboration spéciale

Q. Vous estimez que le vaste chantier est terminé à 88 %. Quelles sont les prochaines étapes qui vont conduire à sa réalisation finale ?

Olivier Beaulieu : Avec l’arrivée du printemps et des conditions climatiques nettement plus favorables, nous nous apprêtons à amorcer l’étape finale. Cela passera, notamment, par le pavage d’asphalte [42 000 tonnes]. Nous prévoyons également compléter l’installation des murs antibruit et de plusieurs bretelles d’accès. Même chose pour le pont « signature » à haubans du canal de Lachine, qui sera terminé d’ici à la fin du printemps.

Q. Quels ont été les plus grands défis de réalisation, jusqu’à présent ?

Sandra Sultana : Quand on sait que 300 000 véhicules y transitent chaque jour [en provenance ou en direction des autoroutes 15, 20 et 720], il était essentiel d’assurer cette mobilité durant les travaux, dans tous les échangeurs, alors qu’on démolissait l’ancienne structure et qu’on en construisait une nouvelle. Il a fallu construire des voies temporaires… Cela a posé un défi de coordination et de communication ! Il est bon de rappeler que nous avons détourné [et relocalisé] les quatre voies ferroviaires du Canadien National sans nuire au trafic, quand on sait que 45 trains l’empruntent chaque jour.

Q. Vous faites allusion à un projet carboneutre pour compenser les émissions de GES. Ça se traduit comment, concrètement ?

Sandra Sultana : À la fin, nous aurons planté 9000 arbres et 60 000 arbustes et plantes. On peut parler d’un projet d’intégration urbaine, avec des pistes cyclables. Dans la reconstruction du nouvel échangeur Turcot, nous avons vu à ce que les maisons soient les plus éloignées possible des infrastructures routières. Par souci d’économie d’entretien du réseau, nous avons réduit de 68 % la superficie des structures en béton pour la remplacer par des remblais de pierres.

PHOTO FOURNIE PAR AIR PHOTO MAX

Vue aérienne du pont de la rue Saint-Jacques terminé ainsi que de la nouvelle bretelle d’entrée menant à l’autoroute 15 en direction nord, 29 décembre 2019

Q. Peut-on parler d’un projet nécessitant des méthodes avant-gardistes ?

Olivier Beaulieu : Oui, bien sûr. Nous avons eu recours à des drones pour le suivi des travaux. C’est ainsi que tous les mois, grâce à ce matériel visuel, nous avons pu documenter l’évolution du chantier, en collaboration avec le ministère des Transports. Il faut comprendre que ce n’était pas si simple, démanteler 300 000 mètres cubes de béton, sans parler de l’acier d’armature. Mais nous sommes parvenus à tout concasser, à tout recycler, pour leur donner une deuxième vie sur le nouvel échangeur Turcot. À vrai dire, 90 % du concassage s’est fait sur le site même des travaux. Sur la question de la santé-sécurité, nous avons acquis de la machinerie spécialisée pour minimiser les risques d’accident. C’est un défi quotidien, compte tenu de la présence de 1200 travailleurs en période de pointe, et presque autant de travailleurs employés de sous-traitants.

Q. Vous affirmez que l’échangeur Turcot se démarque par son envergure et par l’ampleur du budget qui lui est consenti. Un dépassement de coûts est-il prévisible ?

Sandra Sultana : Ça va se réaliser dans le respect du budget prévu [bien que] des coûts additionnels [299,7 millions] se soient ajoutés en raison d’événements tout à fait imprévisibles. On parle ici de fouilles archéologiques sur le chantier et de sols contaminés, notamment. On a apporté des modifications et des ajustements, des ajouts, au contrat du consortium.

L’échangeur Turcot, c’est…

– un projet qui s’étend sur un territoire de 3 kilomètres sur 7 kilomètres ;

– la reconstruction des échangeurs Turcot, Angrignon, De La Vérendrye et Montréal-Ouest ;

– la reconstruction de l’autoroute 20 sur près de 5 kilomètres ;

– la reconstruction d’un tronçon de l’autoroute 15 sur environ 2 kilomètres ;

– la reconstruction de l’autoroute 720 sur près de 3 kilomètres ;

– l’aménagement de voies réservées ;

– la construction de nouveaux liens sur le réseau local ;

– la relocalisation du corridor ferroviaire entre l’échangeur Montréal-Ouest et l’échangeur Turcot.