Bien que Bombardier ait perdu définitivement le programme A220 (ex-C Series) au profit du géant français Airbus, il n’y a pas lieu de s’inquiéter pour l’avenir de l’industrie aérospatiale, selon Mehran Ebrahimi, professeur agrégé au département de management et technologie à l’ESG-UQAM et spécialiste de l’aviation. Entrevue.

Yvon Laprade, Collaboration spéciale Yvon Laprade, Collaboration spéciale
Las Presse

La fin de l’aventure de Bombardier dans l’aviation commerciale pourrait-elle bénéficier aux sous-traitants de la filière ?

Je ne me réjouis pas de l’abandon de Bombardier, mais j’estime qu’au bout du compte, ce n’est pas une mauvaise chose en soi pour les fabricants locaux, qui seront appelés à contribuer davantage, par leur expertise, au développement des avions du géant Airbus, et tout particulièrement de l’A220.

À quoi peuvent s’attendre les sous-traitants de la filière québécoise ?

Avec Bombardier, les quatre dernières années ont été éprouvantes. On l’a vu, l’avionneur québécois s’était lourdement endetté avec la C Series, le Global 7500 et le Learjet 85. On a même craint que Bombardier fasse faillite. La présence d’Airbus est beaucoup plus rassurante. Il y a un grand potentiel de développement.

Il y a donc un « effet Airbus » ?

On peut dire sans se tromper que le géant français se comporte très bien avec les entreprises québécoises de l’aérospatiale depuis qu’il a repris la C Series à son compte. À vrai dire, Airbus a permis à la grappe industrielle de rayonner davantage. J’ajouterais que sa présence a stimulé la chaîne d’approvisionnement des sous-traitants. En résumé, l’abandon du programme de la C Series, au bénéfice d’Airbus, n’a pas créé de vide.

Sauf que dans la population et parmi les employés de Bombardier Aéronautique, l’image est moins rose…

Il est vrai que sur le plan émotif, c’est difficile à accepter. On se dit qu’on a mis le meilleur avion sur le marché, mais qu’on n’a pas été en mesure d’aller jusqu’au bout… Et ça envoie un message négatif dans la population. Comme si on avait échoué, pour des raisons financières. Mais il faudrait être fier des réalisations des ingénieurs et des travailleurs de chez nous qui ont construit cet avion de grande classe [l’A220]. Et il y a eu des sous-traitants extrêmement compétents qui ont mis l’épaule à la roue pour cette grande réalisation.

Vous parlez d’occasions à saisir pour les sous-traitants québécois. Mais de quelles occasions s’agit-il précisément ?

Depuis qu’Airbus est aux commandes, le carnet de commandes de l’A220 ne cesse d’augmenter, avec une hausse de 65 %. Jusqu’à présent, pas moins de 655 appareils ont été commandés. Et la multinationale [européenne] va injecter des milliards supplémentaires pour augmenter la production et la qualité de fabrication de son appareil. Le contexte est favorable pour nos sous-traitants.

Il n’en demeure pas moins que la concurrence est vive dans ce secteur d’activité…

Voilà une raison de plus pour inciter les sous-traitants, qui sont qualifiés pour l’A220, à relever leurs standards pour accéder à de nouveaux marchés, pour participer à la fabrication de pièces pour d’autres appareils assemblés par Airbus. Ce qu’ils doivent viser, c’est un accès privilégié au marché mondial, beaucoup plus vaste, avec les retombées que cela peut entraîner pour l’économie québécoise.