Plus de 7300 postes devront être pourvus d’ici 2023 dans un secteur minier qui anticipe que le pire de la pénurie de main-d’œuvre reste à venir.

Etienne Plamondon Emond
Collaboration spéciale

Les curriculum vitæ étaient reçus par milliers chez Eldorado Gold avant qu’elle démarre la production commerciale de la mine Lamaque, près de Val-d’Or, en mars 2019. L’entreprise y emploie aujourd’hui près de 400 travailleurs et prévoit embaucher une cinquantaine de personnes d’ici 2021 pour raccorder ce site par un tunnel à l’usine Sigma.

Pandémie oblige, les entrevues se réalisent désormais de manière virtuelle. Joël Gauthier, directeur senior, Responsabilité sociale de l’entreprise, chez Eldorado Gold Québec, assure que cette situation ne freine pas des candidats de l’extérieur de l’Abitibi-Témiscamingue. Au moment d’écrire ces lignes, cette région demeurait toujours en zone jaune, selon la carte de paliers d’alerte de la COVID-19. Pour Eldorado Gold, l’enjeu ne réside pas dans le recrutement, précise Joël Gauthier.

Le défi est davantage dans la rétention de personnel. On se demande plutôt comment on peut maintenir l’engouement d’un démarrage d’entreprise et garder la main-d’œuvre de qualité qu’on a recrutée.

Joël Gauthier, directeur senior, Responsabilité sociale de l’entreprise, chez Eldorado Gold Québec

L’entreprise mise entre autres sur des programmes de formation continue et d’accompagnement en matière de leadership. Elle s’est dotée d’un plan de relève pour s’assurer que des employés à l’interne possèdent les compétences nécessaires pour en remplacer d’autres au moment où ces derniers prendront leur retraite. Eldorado Gold espère ainsi créer un sentiment d’appartenance en permettant à ses employés de se perfectionner ou de grimper les échelons au sein de l’organisation. Elle a aussi mis en place une politique de télétravail, des horaires adaptés et un programme de garderie pour ceux dont les quarts de travail débutent ou se terminent à des heures atypiques.

Ces mesures s’inscrivent dans une perspective où le pire de la pénurie reste à venir. « Dans l’ensemble de l’industrie minière, il y a différents projets et on se dit qu’éventuellement, le bassin de main-d’œuvre sera plus limité. »

Il y a des développements et des agrandissements de mines prévus qui vont générer un besoin de main-d’œuvre et il y aura beaucoup de départs à la retraite. Si on met ces deux facteurs ensemble, on pense que la pénurie de main-d’œuvre va s’intensifier.

Josée Méthot, présidente-directrice générale de l’Association minière du Québec

Dans une estimation publiée en janvier dernier, le Comité sectoriel de main-d’œuvre de l’industrie des mines (CSMO-Mines) évaluait que 7332 postes seraient à pourvoir entre 2019 et 2023. Presque la moitié d’entre eux seront affichés dans le Nord-du-Québec, alors que 1976 devront être pourvus en Abitibi-Témiscamingue.

« On n’a pas l’habitude d’avoir de la difficulté à recruter, parce qu’on offre de belles conditions de travail », admet Josée Méthot.

« La pandémie ne rend pas les choses plus faciles », dit-elle. Si de nombreuses personnes ont perdu leur emploi dans d’autres secteurs de l’économie en raison de la pandémie, ces travailleurs n’ont pas, règle générale, les compétences requises pour exercer les métiers demandés dans l’industrie minière. Les opérateurs de machinerie lourde, les foreurs, les mécaniciens et les contremaîtres, qui doivent tous posséder un diplôme d’études professionnelles, figurent parmi les professionnels qui seront les plus recherchés jusqu’en 2028.

Toujours selon les estimations du CSMO-Mines, 64 % des postes à pourvoir d’ici 2023 exigeront un diplôme d’études professionnelles, 12 % une formation collégiale et 14 % un diplôme universitaire. « On travaille beaucoup avec les centres de formation professionnelle pour s’assurer que l’industrie minière n’est pas oubliée », souligne Josée Méthot.