Le chef de la nation crie Oujé-Bougoumou, Curtis Bosum, est persuadé qu’une PME québécoise peut avoir du succès dans sa communauté, mais le partenariat entre Blancs et Cris à la tête de Minopro Cree a, selon lui, permis à l’entreprise minière de se rendre beaucoup plus loin.

Samuel Larochelle Samuel Larochelle
Collaboration spéciale

Spécialisée en formation d’opérateurs de traitement de minerais, Minopro Cree a été lancée en 2015 par trois ingénieurs métallurgiques, Alexandre Hébert, Jonathan Lapointe, Mathieu Paquet, ainsi qu’un spécialiste en développement des affaires et en marketing, Nathaniel Bosum. À la suite du décès de ce dernier en 2018, son frère Curtis Bosum a pris le relais.

En plus de miser sur l’expertise en administration et en développement économique de leur nouveau collègue, les ingénieurs tenaient à avoir un partenaire cri dans la prise de décisions. « Curtis connaît très bien le territoire, les façons de faire des communautés et toutes les nuances entre elles, explique le coprésident Alexandre Hébert. On avait besoin du soutien local pour faire des affaires sur le territoire cri et on n’aurait jamais pu collaborer aussi bien avec la Cree School Board, si on n’avait pas été une compagnie crie. »

Son coprésident est un partisan de l’unité entre Cris et Jamésiens dans le nord du Québec.

C’est important d’arriver à travailler ensemble au bénéfice de notre région. Ça n’enlève rien à tous ceux qui viennent du Sud et qui veulent travailler avec nous. On est ouvert à ça. Par contre, Minopro Cree permet aux communautés cries de percer elles-mêmes l’économie et de garder les bénéfices sur le territoire.

Curtis Bosum, chef de la nation crie Oujé-Bougoumou

Levier économique

Dès le départ, son frère Nathaniel espérait diversifier les possibilités en formations professionnelles. « Dans la société crie, il y a beaucoup de formations en machinerie lourde, en menuiserie et en travaux de surface, mais on voulait offrir quelque chose de différent, et donner accès aux Cris à des jobs bien payées », explique M. Bosum.

C’est pourquoi la formation en opérateur de traitement de minerais s’est imposée. « Nos clients sont des minières, comme Newmont et Stornoway, qui offrent des salaires intéressants pour nos employés, autant des Blancs que des Cris, ajoute M. Hébert. Cela dit, on aimerait développer le côté cri encore plus, car il y a un grand potentiel de projets d’exploitation minière sur le territoire cri. C’est une niche à combler. »

Dans le futur, l’entreprise souhaite s’implanter dans plusieurs secteurs du pays. « Maintenant qu’on a fait nos preuves avec les communautés cries, on aimerait répliquer notre modèle entre autres avec les Inuits du Nord-du-Québec et les Innus des Territoires du Nord-Ouest », dit Alexandre Hébert.

Curtis Bosum est persuadé que le modèle peut fonctionner ailleurs. « On est une compagnie professionnelle qui a obtenu l’appui des communautés et de plusieurs projets miniers. Je suis très connu dans la nation crie. Je viens d’une famille qui baignait dans la politique, et le fait d’être chef de la communauté aide un peu. On a prouvé que ça fonctionnait ici et je suis certain qu’on peut reproduire ça au Québec et au Canada. »