Bien qu’il n’y ait pas pour l’instant d’évaluation précise quant au nombre d’entreprises ayant fermé leurs portes en raison de la pandémie, les chiffres de la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante (FCEI) n’ont rien de rassurant : 158 000 PME au Canada, dont de 18 000 à 30 000 au Québec (8 à 14 %), pourraient fermer à tout jamais en raison de la COVID-19. Survol chiffré.

Julie Roy
Collaboration spéciale

69 % des PME entièrement ouvertes

Sans surprise, les secteurs des arts, des loisirs et de l’information (30 %), ainsi que l’hébergement et la restauration (27 %) sont les plus à risque. En date du 3 novembre, la FCEI estimait que 69 % des PME québécoises étaient entièrement ouvertes, mais seulement 32 % avaient des revenus égaux ou supérieurs à la normale. « À Montréal, ce sont 45 % des PME et 46 % à Québec qui perdent actuellement de l’argent chaque jour qu’elles sont ouvertes », soutient François Vincent, vice-président, Québec, de la FCEI. Les PME ont également réduit le nombre de leurs employés, puisque seulement 46 % fonctionnent avec un personnel égal ou supérieur à la normale.

34 % des cadeaux des Fêtes achetés localement

En ce moment, la majorité des PME (62 %) n’ont toujours pas retrouvé des niveaux de ventes normaux. Si plusieurs comptent sur la période des Fêtes, la déception pourrait être vive, puisque selon les données de la FCEI, 66 % des consommateurs envisagent de dépenser leur budget de cadeaux dans les grandes surfaces et auprès des géants du web comme Amazon. Pour soutenir les entreprises face à cette crise, la FCEI a lancé la campagne Je choisis PME. « Noël est une période névralgique et chaque dollar compte. Acheter ses cadeaux à une entreprise de chez nous, c’est aussi se faire un cadeau collectif », explique François Vincent.

Huit ans avant un retour à la normale

PHOTO MARCO CAMPANOZZI, LA PRESSE

François Vincent, vice-président, Québec, de la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante (FCEI)

Si le rythme actuel se maintient, il faudra plus de huit ans aux entreprises de la restauration et de l’hébergement avant de retrouver le niveau qu’elles avaient avant le début de la crise. Ce ne sont pas les seuls secteurs touchés, puisque ce chiffre est de cinq ans pour le domaine de la gestion et de l’administration (agences de recrutement, gestion de bâtiment, etc.) et de deux ans du côté des services professionnels (avocats, comptable, assurance, etc.). En moyenne pour tous les secteurs, il faudra un an et cinq mois avant que tout revienne à la normale. La dette contractée par les entreprises pour répondre aux mesures sanitaires et autres n’aide pas la situation. « En raison de la COVID-19, les entreprises se sont endettées de 135 000 $ en moyenne au Québec, et souvent au moment même où elles n’avaient plus de revenus », affirme François Vincent.

39 % de détresse psychologique

Si, pour certains entrepreneurs, la pandémie a été source d’occasions, elle a tout de même forcé 94 % des PME à réorganiser le travail pour tenir compte des mesures sanitaires. Selon une étude de l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR), tous ces défis ont eu des conséquences sur la santé psychologique des gens d’affaires, et 39 % des entrepreneurs seraient considérés comme étant épuisés professionnellement. « Même ceux qui ont vu leur chiffre d’affaires croître ne sont pas à l’abri, puisque cela ne veut pas dire que la croissance était voulue et planifiée et que les liquidités pour y faire face étaient disponibles. Tout cela amène un surplus de travail et joue sur l’épuisement », explique Étienne St-Jean, professeur titulaire à l’UQTR.