En cette année de crise sanitaire et de gouvernance, jamais le Musée des beaux-arts de Montréal (MBAM) n’a eu autant besoin de s’appuyer sur sa fondation pour assurer sa subsistance. Mais ce n’est pas une mince tâche, car dans le monde de la philanthropie, la culture ne se situe même pas dans le top-10 quant à la préférence des donateurs, explique Jo-Anne Duchesne, directrice des opérations de la Fondation du MBAM.

Jean Gagnon
Collaboration spéciale

Alors, quand le centre-ville est complètement déserté à cause du confinement et qu’en plus le congédiement de la directrice générale et conservatrice en chef, Nathalie Bondil, plonge la direction du Musée dans une sérieuse crise de gouvernance, on se doute que la collecte de dons sera difficile. Les plus gros donateurs, ceux qui donnent 100 000 $ et plus, voudront peut-être attendre de voir comment ça va se passer avant de trop se commettre.

« Nous traversons une période fragile », dit Jo-Anne Duchesne. Les quatre pôles de la mission du Musée, soit les grandes expositions, la préservation et la restauration de sa collection de 45 000 œuvres d’art, l’éducation et le développement de l’art thérapie et enfin l’accessibilité ne peuvent pas facilement faire l’objet de compression budgétaire. La Fondation du MBAM qui existe depuis plus de 15 ans et qui a sa propre gouvernance contribue pour 7 à 8 millions de dollars du budget de 35 millions du Musée, soit entre 20 et 25 %.

On sera prêt

Au Musée, les règles sanitaires sont bonnes, si bien que les activités pourront reprendre dès que la situation sanitaire sera meilleure, croit la directrice des opérations.

Entre-temps, pour faire face à la situation, il a fallu être proactifs, explique-t-elle. Les autres sources de revenus, tel la billetterie et les prêts d’œuvres et d’expositions ont été affectées. Le recentrage sur les revenus philanthropiques était d’autant plus important.

La philosophie de la fondation est que tous les dons sont importants. On a donc fait appel à tous. Une portion significative des dons provient des membres du Musée, soit les gens qui sont abonnés. « Ces membres ont le sentiment qu’ils sont des propriétaires, si bien que la communauté du musée s’est resserrée encore plus », dit Jo-Anne Duchesne.

Cette année, ça va très bien se passer, selon elle. « On perçoit une grande solidarité et les commandites se confirment », dit-elle. La fondation ne fournira peut-être pas au musée les 7 à 8 millions habituels, mais on ne sera très loin, selon elle. Mais pour l’an prochain, c’est un gros point d’interrogation.

L’équipe de la fondation comprend 16 personnes, et ce sont des passionnés, selon la directrice qui n’a que de bons mots pour l’enthousiasme que le personnel a démontré à s’attaquer aux nombreux problèmes.

Riopelle au rendez-vous

Fin novembre, on attend l’arrivée d’une exposition d’œuvres inédites de Jean-Paul Riopelle. Cela se passera en personne ou de façon virtuelle et l’exposition durera jusqu’au printemps. Le musée poursuit également ses discussions avec la Fondation Riopelle afin de créer une exposition permanente des œuvres du célèbre artiste québécois.

La crise de gouvernance semble maintenant résolue. Le musée compte sur un nouveau président du conseil d’administration ainsi qu’un nouveau directeur général, et leurs nominations ont rétabli les choses. « La crise sur la crise a été une occasion d’entrer encore plus en contact avec tout le personnel et la confiance a été rétablie en bonne partie », dit Jo-Anne Duchesne.