Québec donnera bientôt le feu vert à la création de « zones d’innovation », qui seront en quelque sorte des parcs industriels 5.0, afin de stimuler les projets de recherche appliquée entre les grandes entreprises et celles qui sont en démarrage.

Yvon Laprade Yvon Laprade
Collaboration spéciale

« Nous avons une douzaine de projets dans le collimateur et j’espère être en mesure d’en annoncer trois ou quatre dès les premiers mois d’hiver 2021 afin qu’on puisse voir, concrètement, c’est quoi une zone d’innovation », confirme le ministre de l’Économie et de l’Innovation du Québec, Pierre Fitzgibbon.

La région de Bécancour fait partie de ces « zones » où le gouvernement Legault souhaite favoriser une « cohabitation » entre les entreprises et le milieu universitaire, en plus de faciliter la formation d’une main-d’œuvre mieux qualifiée, en fonction des besoins pointus des employeurs.

« Bécancour est un choix logique, dit le ministre. C’est là qu’on retrouve le plus grand parc industriel au Québec, un quai, un port, l’énergie. D’autres régions du Québec, très dynamiques, peuvent également justifier la création de zones d’innovation. »

Hausser la productivité

Le ministre de l’Économie ne cache pas que cette stratégie vise principalement à « hausser le niveau de productivité » des entreprises dans des secteurs-clés de l’économie, qu’on pense aux sciences de la vie ou encore à l’industrie de l’aérospatiale.

On a un écart de productivité [au Québec] quand on se compare à l’Ontario et les États-Unis. C’est clair que pour pallier cet écart, il faut permettre aux entreprises d’investir dans la recherche et l’innovation.

Pierre Fitzgibbon, ministre de l’Économie et de l’Innovation du Québec

Il ajoute : « De façon préliminaire, nous avons prévu d’injecter 200 millions dans la mise en place de ces zones d’innovation. Ce montant pourra être revu à la hausse, dans la mesure où l’entreprise privée sera au rendez-vous. »

Des expériences concluantes

Et pourquoi des zones d’innovation ?

« J’ai eu la chance d’aller voir sur place comment ça se passe à Hambourg, en Allemagne, et à Wichita, aux États-Unis, explique Pierre Fitzgibbon. Là-bas, et c’est le cas à Wichita, il y a un centre spécialisé dans les technologies d’aérostructures pour les avions du futur. Les grandes entreprises qui sont en compétition sont au même endroit. Elles ont accès à de la main-d’œuvre bien formée. Ça ouvre des possibilités pour les jeunes étudiants à la recherche d’un emploi bien rémunéré. »

Ce sont donc des zones innovantes inspirées de ce qui se fait en Europe et aux États-Unis qui verront le jour au Québec au cours des prochains mois, selon le ministre.

L’innovation au service des… restaurateurs

Et qu’en pense Alexandre Martin, PDG de l’entreprise Ueat ?

« Il ne fait pas de doute que les innovations technologiques contribuent à créer de la richesse au sein de la nouvelle économie », exprime-t-il.

L’entreprise qu’il a cofondée il y a trois ans a elle-même développé un logiciel personnalisé en fonction des besoins de sa clientèle cible : les chaînes de restaurants, non seulement au Québec, mais également aux États-Unis et en Europe.

PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, ARCHIVES LA PRESSE

Des programmeurs en plein travail dans les bureaux de Ueat, à Québec

« En trois ans, nous avons embauché une cinquantaine de programmeurs et d’employés technos, souligne-t-il. Et au rythme où nous progressons, ce nombre pourrait doubler dès l’an prochain. Nous sommes en croissance. »

Il ne cache pas que la technologie faisant appel à l’intelligence artificielle est d’une grande utilité pour les restaurateurs, « particulièrement en ces temps de COVID-19 où les commandes en ligne sont en forte progression ».

« D’une certaine façon, nous aidons les restaurateurs à rester en affaires, à maintenir le fort, précise-t-il. Avec la popularité du take-out, il est important pour ces commerçants de connaître les habitudes d’achat de leurs clients, et notre logiciel améliore l’expérience client. »

Or, pour continuer d’innover – et pour pouvoir recruter des talents québécois –, il importe également de pouvoir compter sur des capitaux.

« Au Québec, nous sommes innovants, convient-il. On a un esprit créatif, c’est indéniable. Mais il faut comprendre que nous nous battons contre des géants, qui ont des moyens considérables. D’où l’importance d’avoir un soutien financier provenant des gouvernements. »