Mireille Ledoux prévoyait entreprendre sa retraite avec un voyage en Europe, des visites immobilières pour acheter un chalet et du temps plein les mains pour savourer la vie culturelle. Lorsqu’elle a mis fin à 30 ans de carrière à Radio-Canada, en mai dernier, elle a plutôt consacré du temps à ses REER et à ses économies.

Samuel Larochelle
Samuel Larochelle Collaboration spéciale

En avril, on lui a appris qu’elle pouvait retirer ses placements dans le fonds de la FTQ sans pénalité, puisqu’elle partait à la retraite et qu’elle avait 65 ans. « En regardant le prix des actions baisser, je sentais qu’il fallait prendre une décision rapidement pour retirer les fonds au coût de l’action avant la dévaluation, car la FTQ allait sortir une nouvelle évaluation en juin, se souvient-elle. Si j’avais retiré après ça, mon conjoint et moi aurions perdu 20 000 $. »

Leurs économies ont été transférées dans un REER à l’abri du marché. « On gagne peu, mais on ne perd rien. On attend que le marché se stabilise, avant de voir ce qu’on va faire ensuite. » Elle a répété l’exercice avec d’autres placements.

Ma conseillère financière me déconseillait de les sortir du marché et me disait d’être patiente. Peut-être que ce fonds a baissé et remonté, et que j’aurais fait plus de profits en ne faisant rien.

Mireille Ledoux, retraitée

Pourtant, elle ne regrette rien. « Quand j’ai pris ma décision, j’étais inquiète de ce qui allait arriver, si tout allait crasher. Ma conseillère m’a avisée de retirer la moitié moins que ce que je prévoyais. Comme elle a beaucoup d’expérience, je lui ai fait confiance. »

Heureusement, elle profite d’une paix d’esprit grâce à ses prestations de retraite déterminées. « Si je n’avais pas ce genre de régime, ça fluctuerait en fonction du marché. Quelle chance j’ai de ne pas avoir cette inquiétude ! Je me sens presque coupable, même si j’ai contribué à mon fonds de pension durant 30 ans. »

Plans de retraite reportés

Mireille Ledoux prévoyait partir en Espagne avec une amie en mai, séjourner en Italie avec son amoureux et sa fille en août, et mener une vie culturelle hyperactive entre les deux. « J’allais déjà souvent au théâtre, au cinéma et voir des spectacles de musique, et j’imaginais y aller deux fois plus souvent à la retraite. Je voulais aussi assister à des conférences et à tout ce que je n’avais pas le temps de faire le jour en travaillant. Je croyais avoir le loisir de faire ce que je veux, quand je veux. À la place, je me sens un peu enfermée. »

N’ayant pas pu voyager en 2020, elle a choisi de se gâter en louant un chalet deux semaines durant les Fêtes. « Il nous coûte la peau des fesses, parce que la demande est très forte, mais depuis que je suis à la maison, je dépense beaucoup moins. J’ai de l’argent de côté malgré moi. C’est gênant de dire ça, alors que tant de gens ont perdu leur emploi ou de l’argent. »

Parlant de chalet, elle et son conjoint réfléchissaient à l’idée d’en acheter un, avant que la pandémie change tout. « J’observe l’augmentation des prix des chalets et c’est complètement fou. On a donc reporté nos recherches. Ce n’était pas un projet urgent à court terme. On a le temps d’y penser. »