Dans un contexte de pandémie où les gouvernements affirment vouloir stimuler l’emploi et relancer l’économie, le temps est venu d’acheter davantage d’aluminium « vert » produit au Québec, plaide Jean Simard, président de l’Association de l’aluminium du Canada.

Yvon Laprade Yvon Laprade
Collaboration spéciale

« C’est un enjeu important qui nous touche, comme industrie, précise-t-il. C’est le temps d’envoyer un signal clair. Il y a un gros lobby, et nous ne sommes pas les seuls à en faire partie, pour inciter les gouvernements à faire ce choix de façon responsable. »

Il ajoute : « Nous savons qu’il y a de nombreux projets de survoltage pour financer la relance. Nous soutenons que si on est pour dépenser des milliards de dollars pour la réalisation de grands travaux publics, il faudra miser davantage sur l’aluminium [du Québec] présentant une faible empreinte carbone. »

Le président de l’association estime que cette décision impliquerait qu’Ottawa et Québec cessent alors d’acheter « du métal de la Chine lourdement subventionné et produit à 80 % avec du charbon – une très grosse source d’émissions de GES [gaz à effet de serre] », tandis que le métal québécois, produit avec de l’hydroélectricité, présente un dossier environnemental beaucoup plus reluisant.

« Chose certaine, ajoute-t-il, cela serait profitable à l’industrie de la transformation de l’aluminium, qu’on pense à nos PME qui fabriquent des tabliers de pont, ou encore des composantes pour l’automobile, les trains, les autobus. »

Il croit en outre que des entreprises comme Bombardier pourraient « acheter les alliages pour ses avions » au Québec, et non plus en Chine.

PHOTO ROBERT SKINNER, ARCHIVES LA PRESSE

Jean Simard, président de l’Association de l’aluminium du Canada

Ce n’est pas vrai qu’on peut continuer, comme société, d’acheter de grands équipements, comme des trains et des autobus, avec du métal provenant de la Chine [à 17 tonnes équivalent CO2]. En comparaison, notre aluminium est à 2 tonnes équivalent CO2. Et il est astreint au marché du carbone, tandis que celui de la Chine ne l’est pas !

Jean Simard, président de l’Association de l’aluminium du Canada

Une « signature Québec »

Jean Simard reconnaît toutefois que ces changements de mentalité ne pourront avoir lieu sans une volonté des décideurs politiques, et par un réalignement des priorités au Conseil du trésor, qui tient les cordons de la bourse.

« Si on veut avancer, insiste-t-il, il faudra également cesser de privilégier le plus bas soumissionnaire. Cette pratique tue toute initiative innovante, en plus de nuire au développement de toute une industrie. »

Il suggère en outre au gouvernement Legault de « prendre les devants » en favorisant la construction d’écoles et d’hôpitaux en bois et en aluminium.

Il garde espoir que le message sera bien reçu par les décideurs « dans un contexte économique [incertain] où on s’attend à ce les gouvernements s’assurent que chaque dollar sera bien dépensé, dans des projets qui ont du sens, comme c’est le cas avec notre industrie qui produit de l’aluminium avec une énergie propre ».

Au ministère de l’Économie et de l’Innovation à Québec, l’attaché de presse du ministre Fitzgibbon, Mathieu St-Amand, fait état de discussions avec les intervenants du secteur. « Le ministère est en consultation avec [les principaux acteurs] de l’industrie. Le ministre a eu des rencontres sur le terrain [au Saguenay–Lac-Saint-Jean]. »

Quoi qu’il en soit, il ne fait pas de doute, selon lui, que le Québec produit « ce qu’il y a de meilleur au monde », et que le contexte de crise sanitaire – et la perspective d’une crise économique – fait ressortir l’importance d’une « conscientisation » visant à mettre en valeur les forces de cette industrie.