La pandémie a bouleversé le milieu aérospatial québécois, qui est passé d’une pénurie de main-d’œuvre à l’obligation d’abolir des centaines d’emplois. Dans un tel contexte, de nombreux étudiants en génie aéronautique se disent préoccupés par leur avenir, mais plusieurs d’entre eux demeurent très confiants.

Samuel Larochelle Samuel Larochelle
Collaboration spéciale

Paul Meyran, étudiant à la maîtrise en génie aérospatial à l’École de technologie supérieure (ETS) et président du comité exécutif étudiant d’AéroETS, voit encore l’aéronautique comme un secteur d’avenir au Québec. « On ne peut pas nier que la situation est compliquée en ce moment, mais notre industrie est bien plus vaste que les transports aériens, dit-il. Elle inclut également les drones, la défense et le spatial. Ça reste un secteur qui va générer beaucoup d’emplois. »

Au plus fort de la crise, certains de ses collègues ont d’ailleurs trouvé des emplois chez Airbus et MDA, après l’obtention de leur diplôme en avril et en août dernier. D’autres, parmi les nombreux étudiants étrangers à la maîtrise de l’ETS, n’ont pas trouvé d’emploi et sont rentrés dans leur pays. « Tous les finissants des nouvelles cohortes ne pourront pas tous être engagés par Bombardier ou Airbus, mais il y aura toujours un moyen pour accéder à différents jobs en aéronautique », ajoute-t-il.

PHOTO MARCO CAMPANOZZI, LA PRESSE

Hélène Papillon Laroche entreprend une maîtrise en génie aérospatial à Polytechnique.

Hélène Papillon Laroche, qui entreprend cet automne une maîtrise en génie aérospatial à Polytechnique, croit à la débrouillardise des futurs ingénieurs.

La base des études en ingénierie est de résoudre des problèmes. La COVID-19 pousse plusieurs organisations à se réinventer et à régler de nouvelles problématiques. Un peu comme CAE l’a fait en se tournant vers la fabrication de respirateurs pour les hôpitaux.

Hélène Papillon Laroche

Si elle connaît des diplômés qui se réorientent en finances, en misant sur les notions en mathématiques acquises au baccalauréat en génie, elle est persuadée que son industrie ne va pas mourir en raison des problèmes liés à la chute du tourisme mondial. « Oui, c’est un peu plus difficile de trouver un emploi en génie aéronautique aujourd’hui, mais c’est temporaire. L’aérospatial ne va pas s’arrêter. »

Un secteur bouleversé

Cela dit, bien des choses ont changé, selon Navjot Singh, étudiant en quatrième année au baccalauréat en génie aéronautique à l’Université Concordia. « C’est une période incertaine et sans précédent pour un étudiant comme moi, affirme-t-il. Habituellement, durant la dernière session d’études, on anticipe plusieurs entrevues d’embauche, ce qui n’est pas le cas actuellement. »

Il n’est pas découragé pour autant. « Les effets du confinement sont évidents sur l’industrie, mais je suis optimiste que l’industrie va rebondir bientôt. C’est un réflexe d’ingénieur, j’imagine. Nos connaissances et nos habiletés ne seront jamais perdues. »

Lui aussi positif, Paul Meyran évoque une phase de transition plutôt qu’un déclin dans son domaine. « Certains acteurs de l’industrie disent que c’est le bon moment pour s’engager dans une phase de changements. Avec les projets d’avions plus verts et durables dont on parle, il sera inévitablement question d’innovation et de développement. L’industrie aura toujours besoin de la vision fraîche des étudiants pour développer de nouvelles technologies. »

Par ailleurs, Navjot Singh est persuadé que l’aviation commerciale est loin de vouloir disparaître. « C’est une nécessité, et non une mode de passage. Je crois que c’est seulement une question de temps avant qu’un trafic aérien régulier reprenne et que le monde aéronautique puisse fleurir de nouveau. »