La course dans laquelle est engagé le Québec pour produire la batterie au lithium-ion s’accélère et il est désormais prévisible qu’une première usine verra le jour « d’ici trois ans », affirme Karim Zaghib, scientifique québécois de renommée internationale.

Yvon Laprade Yvon Laprade
Collaboration spéciale

« Le timing est bon. Je suis optimiste que nous allons y arriver au plus tard en 2025, en y allant étape par étape », précise le conseiller stratégique qui s’est joint à Investissement Québec, en juin dernier, pour faire avancer ce dossier prioritaire.

Il ajoute : « Le Québec est bien positionné grâce à la richesse de ses ressources naturelles [qu’il faudra transformer]. Nous avons les brevets, nous pouvons compter sur 40 centres de recherche et plus de 1000 chercheurs. »

PHOTO FOURNIE PAR KARIM ZAGHIB

Karim Zaghib a été l’initiateur de travaux sur la batterie lithium-ion chez Hydro-Québec.

Le scientifique, qui a été l’initiateur de travaux sur la batterie lithium-ion menés chez Hydro-Québec, insiste d’ailleurs sur l’importance de produire une batterie à partir des ressources naturelles « en respectant l’éthique environnementale ».

« Il faut bien utiliser la ressource [le lithium, le nickel, le manganèse, le graphite, le cobalt], pour fabriquer la cathode et l’anode, mais il faut penser au jour où la batterie sera en fin de vie, fait-il valoir. Il faudra trouver des façons écologiques de la recycler. »

Un marché de 200 milliards

Karim Zaghib estime qu’il est réaliste de penser que le Québec peut aspirer à devenir un des acteurs importants derrière la Chine, la Corée, le Japon et les États-Unis. « Nous avons déjà une solide expertise dans le stockage d’énergie, nous savons faire preuve de créativité. Et il clair que [le gouvernement Legault] est prêt à s’investir pour développer la batterie. »

Il croit en outre que le Québec pourra profiter de la proximité géographique avec les constructeurs automobiles installés en Ontario et au Michigan. Et il ne manque pas de rappeler que « le marché mondial du véhicule électrique pourrait atteindre les 200 milliards [en 2025] ».

La batterie devient de plus en plus abordable et avec les progrès réalisés, il est à prévoir que la voiture électrique se vendra sensiblement le même prix que la voiture à essence grâce aux avancées dans la production de la batterie au lithium-ion.

Karim Zaghib

L’innovation chez Movex

Pendant ce temps, à Shawinigan, en Mauricie, la société Movex Innovation, une PME d’une vingtaine d’employés spécialisés, dont des ingénieurs, continue de se démarquer avec ses « véhicules à chenilles » non polluants adaptés en fonction des besoins de ses clients dans le secteur industriel.

« Nos véhicules sont 100 % électriques et nous les vendons dans près de 30 pays, souligne Fabien Lavoie, président de l’entreprise. Nous avons pris la bonne décision en favorisant l’utilisation de l’électricité pour la motorisation de nos équipements. »

Fabien Lavoie s’attend par ailleurs à ce que les ventes de l’entreprise « doublent d’ici à cinq ans », avec l’engouement pour les véhicules verts, et l’accès à une batterie au lithium-ion à un coût « plus abordable ».

« On le voit sur le terrain, soulève-t-il. Les clients [industriels] veulent des véhicules électriques, par opposition aux véhicules avec des moteurs au diesel. C’est pourquoi nous avons des commandes dans les métros à travers le monde, y compris à Montréal. C’est le cas aussi pour les alumineries, où on doit travailler dans des endroits confinés. »

Il reconnaît enfin que la PME évolue dans un marché niché, et qu’il lui a fallu faire preuve de persévérance pour atteindre ses objectifs. « Il y a 10 ans, j’allais dans des congrès et personne ne me parlait de nos véhicules électriques. Je me sentais marginal… Mais là, je me sens écouté ! On s’en va dans la bonne direction. »