L’ouragan COVID-19 frappe de plein fouet l’industrie aérienne partout dans le monde. Au cœur de la réponse des transporteurs, il y a ceux et celles qui s’occupent des finances. Témoignage de la directrice principale aux services financiers, affaires commerciales et fidélisation chez Air Canada, Yasmin Rivera.

Sandra Sirois
Collaboration spéciale

Yasmin Rivera voit la finance dans la globalité des choses. « Le côté financier, dans ce qu’on fait maintenant, va au-delà des chiffres. Ça raconte une histoire. » Et, depuis le début de la pandémie, un nouveau chapitre s’écrit au jour le jour. « On vit la période la plus sombre jamais vue dans l’histoire de l’industrie aérienne. » Celle qui travaille pour Air Canada depuis 14 ans soutient qu’il n’y a jamais eu rien de comparable à la crise provoquée par le nouveau coronavirus.

La directrice rappelle qu’Air Canada venait de signer une série de 27 trimestres consécutifs de croissance des revenus. En janvier, l'entreprise parlait d’une décennie record. Et voilà la COVID-19… l’entreprise opère avec une capacité de vol réduite de 95 % et perd 22 millions de dollars par jour. « En 2019, Air Canada a généré des revenus de 20 milliards de dollars, notre impact sur le PIB [produit intérieur brut] canadien est d’environ 25 milliards de dollars, selon KPMG. C’est majeur », explique Mme Rivera. Pour répondre à la crise, Air Canada a dû mettre de l’avant une série de mesures afin de préserver les liquidités. La décision la plus difficile pour Yasmin Rivera a été de mettre à pied plus de 50 % des employés de la compagnie.

S’adapter avec humilité

De plus, la mère de famille de 55 ans, comme toutes les autres, a dû soutenir ses enfants dans ces moments difficiles et se résigner à ne plus voir ses proches en personne.

Notre monde a basculé, avec une rare intensité. Personnellement, je me suis retrouvée dans une vraie tornade d’émotions, en plus de devoir prendre des décisions auxquelles il fallait faire face rapidement.

Yasmin Rivera

Pour passer à travers, elle a accepté avec humilité de se détacher de tout ce qui était indépendant de sa volonté et de se concentrer sur sa capacité d’adaptation.

Pour affronter l’épreuve de front, la Péruvienne d’origine a aussi utilisé sa boîte à outils d’expériences personnelles. « Quand nous sommes arrivés au Canada, en 1982, la première chose que nous a dite mon père afin de nous aider à gérer ça, c’est : “Ceci est votre nouvelle terre d’accueil. Adaptez-vous et embrassez ce qui s’en vient.” » C’est en acceptant les défis que vient la résilience, selon Yasmin Rivera.

Après la réouverture des frontières, les gens recommenceront à voyager quand ils se sentiront en sécurité, croit-elle. « Le rêve, le goût d’explorer, l’aventure, ça va toujours exister. Les grandes questions sont “Quand ?” et “Comment ?” » Air Canada a déjà mis en place le programme SoinPropre+ afin d’assurer la sécurité des clients qui voyageront après la crise. D’ici là, Yasmin Rivera continuera d’écrire la suite de l’histoire aérienne, munie de sa calculatrice.