Au 62e parallèle Nord, là où plus aucun arbre ne pousse, 1250 employés se relaient à la mine Raglan. Si un accident grave survient et que le recours aux services hospitaliers est nécessaire, il faut quatre heures d’avion pour se rendre à Kuujjuaq, où se trouve l’hôpital le plus proche. Dans ces conditions, dire que la sécurité y est importante est un euphémisme.

Julie Roy
Collaboration spéciale

Ouverte en 1997 et exploitant du nickel et du cuivre, la mine Raglan a toujours eu un bon bilan en matière de santé et sécurité. Elle compte d’ailleurs de nombreuses équipes en santé, service de prévention, gestion des risques et mesures d’urgence (plus de 30 personnes) qui s’occupent uniquement de cet aspect.

« C’est sans parler des superviseurs qui sont encore plus sur la ligne de front », explique Céliane Dorval, responsable des communications pour la mine Raglan.

Malgré toutes ces mesures, la mine appartenant à Glencore a effectué un important changement en 2014. Elle est passée d’un mode réactif à un mode proactif. L’objectif : mettre en place une culture de déclaration. « Cela voulait dire convaincre les employés de déclarer tous les incidents, si minimes soient-ils, et avertir aussi ses collègues s’ils effectuent des manœuvres qui comportent des risques », précise Céliane Dorval.

Selon elle, ce changement n’a pas été simple. « Les gens avaient peur de se faire réprimander. Il a fallu faire plusieurs rencontres et les convaincre. Pour les inciter, on a même mis en place une sorte de loto santé et sécurité. »

Résultats concrets et récompense

De 2014 à 2019, la mine a vu son bilan de blessures s’améliorer de 60 %. « Les employés se sont vraiment mobilisés. Grâce à eux, en 2016, on a mis en place 16 500 actions de prévention. En 2019, ce sont 51 000 actions qui ont été faites », détaille Mme Dorval. L’an passé, la mine est allée encore plus loin en ajoutant l’arrêt de sécurité qui stoppe la production le temps de corriger les problèmes qui peuvent nuire à la sécurité.

Toutes ces mesures visant la santé et la sécurité ne sont pas passées inaperçues. L’entreprise a reçu pour la deuxième fois le trophée John T. Ryan pour les mines de métaux, récompensant celle qui affiche la plus faible fréquence d’accidents déclarés au pays.

PHOTO FOURNIE PAR MINE RAGLAN

Trois des infirmiers du service de santé de la mine Raglan, avec leur équipement de protection individuelle en temps de pandémie

Sous terre en temps de pandémie

Même dans le Grand Nord québécois, la COVID-19 est prise au sérieux. Pour éviter une propagation dans les communautés inuites, la mine, en collaboration avec les autorités régionales du Nunavik, a interdit les vols à destination de ces villages. Pour les 150 Inuits qui travaillent à la mine et qui résident à ces endroits, cela veut dire un congé payé forcé jusqu’au moins à la mi-juillet.

Autre mesure mise en place, tous les employés qui doivent prendre l’avion pour monter au site doivent remplir un questionnaire de santé 48 heures avant de monter dans l’appareil, puis une autre fois à l’aéroport. À cela s’ajoutent la prise de température des passagers, les bancs libres, le masque et la visière qui sont obligatoires si des gens doivent travailler à proximité.

Sur le site, des tests de dépistage sont possibles et une aile d’hébergement a été réservée si un cas venait à se déclarer. Tout a été soigneusement planifié et deux exercices de simulation ont même été effectués. « On ne peut pas se permettre d’improviser quand on est aussi loin. Tout doit être méticuleusement préparé parce qu’il n’y a pas de Canadian Tire à proximité. »