C’est le rêve de bien des étudiants en génie : se faire embaucher par Tesla Motors pour travailler sur leurs véhicules électriques tant convoités. Guillaume Carle, diplômé de Polytechnique Montréal en génie mécanique, l’a réalisé. En 2015, il s’est installé à Fremont, près de San Francisco, pour travailler dans l’entreprise d’Elon Musk.

Martine Letarte
Martine Letarte Collaboration spéciale

Au-delà du rêve, il faut avoir les reins solides pour entrer chez Tesla. « Traditionnellement, un patron prend des décisions et donne des tâches à ses employés, raconte Guillaume Carle. Mais chez Tesla, on m’a donné la responsabilité d’un secteur et mon boss était là pour m’aider si j’avais un problème. Il y a beaucoup de place pour la créativité et le risque. »

Il a aussi dû se montrer dégourdi pour se faire embaucher. Comme première approche, il s’est rendu au lancement du magasin Tesla à Montréal à la fin de 2014.

« J’y ai rencontré une dizaine d’ingénieurs venus de Californie et l’un d’eux a pris mon CV », indique-t-il.

Après deux entrevues téléphoniques, il a été invité sur place.

« J’ai fait une présentation de 30 minutes devant un groupe de huit personnes de haut niveau dans l’entreprise et, ensuite, chacun revenait un à un pour me poser des questions pendant 30 minutes. »

PHOTO FOURNIE PAR GUILLAUME CARLE

Guillaume Carle, diplômé en génie mécanique de Polytechnique Montréal, travaille chez Tesla à Fremont, en Californie, depuis cinq ans.

L’expérience québécoise

S’il a su convaincre l’équipe de Tesla de ses compétences, c’est grâce à son expérience chez Lito Green Motion, concepteur québécois de motos électriques. Au cours de la dernière année de son baccalauréat, Guillaume Carle a réalisé son projet intégrateur avec cette jeune pousse, puis il y a été embauché.

« Le fondateur, Jean-Pierre Legris, avait déjà travaillé pour Honda au Japon et pour Peugeot en France : c’est mon mentor, affirme-t-il. Il m’a exposé au cycle complet de création d’un véhicule, de l’idée au design à la fabrication d’un prototype jusqu’au développement du système de production en série, sans oublier les tests pour raffiner le produit. »

Dans une journée de travail typique, Guillaume pouvait prendre une moto, faire un parcours pour tester différentes conditions avec un ordinateur portable équipé de capteurs dans son sac à dos, puis regarder comment la moto s’était comportée.

« J’ai vraiment tripé », se souvient le passionné d’automobiles qui, enfant, collectionnait les Guide de l’auto.

Après quatre ans chez Lito, l’entreprise en démarrage traversait une période difficile en matière de financement, alors Guillaume Carle et sa conjointe ont osé la Californie.

L’expérience californienne

À son arrivée chez Tesla, il a eu la responsabilité d’une section de la chaîne de fabrication du châssis. Il a été promu après un an, puis l’année suivante pour s’occuper de la qualité globale du châssis.

La progression de carrière fonctionne par la performance. On sent qu’on peut faire une différence concrète sur le produit. C’est ce qui est motivant.

Guillaume Carle

« Mais le grand défi est de bien choisir l’enjeu où investir son temps pour s’assurer que c’est celui qui fera une plus grande différence en fin de compte. »

Tesla lui donne aussi l’occasion de voir le monde.

« J’ai travaillé six mois à Reno, au Nevada, puis deux mois à Shanghai, en Chine, où Tesla a ouvert des usines, précise-t-il. On prépare maintenant l’ouverture d’une usine à Berlin, donc j’y vivrai quelques mois. »

S’il considère qu’il a encore beaucoup à accomplir chez Tesla, l’homme de 33 ans a l’intention de revenir au Québec.

« Je dis toujours qu’à 40 ans, je serai au Québec. Je suis francophone, je suis loin de ma culture ici, et Montréal est vraiment une belle ville. Je reviendrai peut-être pour lancer mon entreprise. »

Trois confidences de Guillaume Carle

Elon Musk

À la tête de Tesla et de SpaceX, Elon Musk est une étoile mondiale de l’entrepreneuriat. Pourtant, il reste bien impliqué dans les opérations. « Sur la Model 3, il y avait des défis au niveau du châssis, alors il travaillait avec nous, raconte Guillaume Carle. Il est très rigoureux, simple et humain. Notre équipe pouvait envisager toutes les possibilités pour régler un enjeu, puis il pouvait arriver et dire : “Si c’est ce procédé le problème, pourquoi ne pas simplement l’éliminer ?” »

As-tu une Tesla ?

« Non, pas encore ! Les gens pensent qu’on a des rabais pour les employés, mais non. Tesla demande le prix le plus bas possible pour ses véhicules et parce qu’on achète en ligne sans commission, c’est le même prix pour tout le monde. Mais c’est vrai que je rêve au CyberTruck ! Ce camion de Tesla sera lancé dans un an ou deux. Je n’ai pas encore travaillé dessus, mais ça viendra puisque nous travaillons sur chaque modèle. »

Planche à neige

Alors que Guillaume Carle enchaîne souvent les semaines de travail de 60 heures dans les périodes occupées, il doit trouver des moyens de décrocher du boulot de temps en temps. Ce qu’il préfère : dévaler les pentes de Lake Tahoe et Squaw Valley en planche à neige. « Étonnamment, la qualité de la neige est très bonne ici. » Il fait aussi beaucoup de randonnées. « Je travaille fort, mais quand je quitte le travail, je suis en plein air. »