Pour certains, la saison des impôts est un dur moment à passer. Pour d’autres, comme Manon Robillard et Guy Campagna, c’est l’occasion de rendre service aux autres tout en se réalisant. Rencontre avec deux aficionados des impôts pour qui la fiscalité est synonyme de plaisir.

Stéphane Champagne
Stéphane Champagne Collaboration spéciale

Rien ne saurait empêcher Manon Robillard de remplir des déclarations de revenus. Pas même un lourd handicap visuel. À 56 ans, elle souffre de rétinite pigmentaire. La Granbyenne n’a pratiquement plus d’acuité visuelle. « C’est comme si je regardais dans une paille de McDonald’s », illustre-t-elle.

Au lieu de se morfondre, Manon Robillard s’est donné les moyens de continuer à faire ce qu’elle aime : de l’administration. Son outil de prédilection pour compenser son handicap visuel : une télévisionneuse branchée à son écran d’ordinateur. Elle peut ainsi grossir cinq fois les caractères d’un document et y inscrire des informations si elle le souhaite.

Outillée de la sorte, elle réussit à remplir entre 250 et 300 déclarations de revenus par année. Et elle trouve ça grisant ! Les mois de février, mars et avril sont pour elle un véritable marathon. Manon Robillard y bosse sept jours par semaine.

Le reste de l’année, elle effectue les tâches administratives de deux entreprises et d’un dynamique OBNL pour non-voyants de la région de Granby.

Détail techno : pour faciliter sa lecture de données, Manon Robillard n’a pas le choix d’utiliser la technique de « vidéo inversée », c’est-à-dire que les caractères affichés à son écran sont blancs sur fond noir.

À 40 $ la déclaration, cette détentrice d’un DEP de commis-comptable et d’une attestation collégiale en administration travaille pour trois fois rien. « C’est presque du bénévolat, dit-elle. C’est ma façon de redonner à la société. Je le fais pour les autres, mais aussi parce que j’en retire beaucoup de satisfaction. »

Aux yeux de Manon Robillard, il n’y a pas de petites économies. « Même si on va chercher ne serait-ce que 50 $, c’est ça de plus dans la poche du client », explique celle qui connaît bien la filière des frais médicaux remboursables.

Activité sociale

Guy Campagna, 74 ans, n’a jamais étudié en administration ou en comptabilité. Mais cet ancien technicien en chimie-teinture des textiles a toujours adoré remplir des déclarations de revenus. « Ç’a toujours été facile pour moi », affirme-t-il.

À sa retraite, il s’est joint au Centre d’action bénévole (CAB) de Granby pour y remplir les déclarations de revenus d’une clientèle à faible revenu. Après 12 ans de loyaux services, M. Campagna est désormais coordonnateur du service des impôts du CAB. En dépit de ses responsabilités, il arrive encore à remplir une cinquantaine de déclarations. Il veut garder la main.

Bon an, mal an, lui et une équipe de 30 bénévoles – tous passionnés d’impôt à leur manière – remplissent 2500 déclarations de revenus. Pour être admissible aux services gratuits du CAB, un célibataire doit gagner moins de 25 000 $ et un couple sans enfants, moins de 30 000 $.

« Je le fais pour donner au suivant, explique Guy Campagna. En fait, nous sommes tous là pour cette raison. Je vois ça comme une activité sociale. Je passe deux mois très occupés avec mon équipe. Ça crée des amitiés. »

Lorsque la saison des impôts prend fin, Manon Robillard est heureuse de pouvoir de nouveau profiter de ses week-ends. De leur côté, Guy Campagna et sa bande dressent un bilan de la saison, puis se réunissent pour prendre un pot et jaser dans la bonne humeur. Certains se revoient plus tard pour jouer au golf. D’autres se redonnent rendez-vous le printemps suivant pour un nouveau marathon d’impôt.

Enregistrements requis

Il va sans dire que Manon Robillard et l’équipe de bénévoles dirigée par Guy Campagna sont dûment enregistrés auprès de l’Agence du revenu du Canada (par l’entremise du service automatisé TED) et de Revenu Québec (ImpôtNet). Ils doivent également utiliser des logiciels autorisés.

À partir d’un certain seuil, une personne qui remplit des déclarations de revenus pour le compte d’autrui doit obligatoirement être enregistrée dans les systèmes TED et ImpôtNet, lesquels permettent électroniquement de préparer et de transmettre aux deux ordres de gouvernement les déclarations de revenus des particuliers.

Trois conseils importants à retenir

Dire toute la vérité

« Je demande toujours à mes clients si quelque chose d’important a eu lieu au cours de l’année. Si on vend sa maison, il faut le dire. J’ai un client qui avait fait faillite et qui avait oublié de me le dire. J’ai aussi un couple qui est venu me voir, mais qui a oublié de me dire qu’il avait rompu. Ce genre d’informations peut changer bien des choses », explique Manon Robillard.

Conserver ses documents

Selon Guy Campagna, trop de gens égarent les documents importants en lien avec leur déclaration de revenus. « Je pense entre autres au Relevé 31 que les locataires reçoivent, dit-il. Ce relevé permet d’obtenir un plus gros crédit d’impôt de solidarité. Si on oublie de le fournir, ça peut représenter quelques centaines de dollars de moins dans ses poches. Il faut bien gérer sa paperasse. »

Des frais médicaux remboursables

Selon Manon Robillard, plusieurs frais médicaux qu’on croyait irrecevables sont en fait remboursables. « Si, dit-elle, une assurance collective ne couvre que 80 % des frais médicaux, il est parfois possible d’inscrire dans sa déclaration les 20 % résiduels. Aussi, certains frais de déplacement sont remboursables pour un rendez-vous médical à 40 km de sa résidence. Je demande donc à mes clients d’apporter toutes leurs factures. Mieux vaut en apporter plus que pas assez. »