L’heure n’est plus à faire croître son capital, mais plutôt à le préserver. Voilà ce qui ressort d’un récent sondage effectué par l’Economist Intelligence Unit pour le compte de RBC Gestion de patrimoine.

Jean Gagnon
Collaboration spéciale

Le sondage, mené auprès de gens fortunés qui possèdent au moins 1 million de dollars d’actifs investis, révèle que pour 53 % des répondants, le plus important est la pérennité du capital, alors que 34 % seulement estiment que c’est son accroissement. Ont-ils raison de penser ainsi ?

La réponse à cette question est liée de près à l’âge de l’investisseur, explique Jean Duguay, chef des placements pour le Groupe Eterna, une firme de gestion de patrimoine de Québec. « Les gens à la retraite ou près d’y arriver adoptent généralement une approche plus prudente dans la gestion de leur portefeuille, dit-il. Leur tolérance au risque est plus faible, et on peut les comprendre », ajoute-t-il.

Par ailleurs, préserver son capital devient un exercice beaucoup plus difficile maintenant que les taux d’intérêt sont très bas, croit M. Duguay. « Pour préserver son capital, il faut que le rendement obtenu égale au moins la hausse du coût de la vie, ce que la détention passive d’obligations n’assure plus maintenant à cause du faible niveau des taux d’intérêt », dit-il.

L’incertitude économique

Au fil de ses rencontres avec des investisseurs, Brigitte Felx, première directrice régionale, RBC Gestion mondiale d’actifs, constate que l’incertitude économique est la principale préoccupation des investisseurs. « Cette inquiétude est légitime, et il convient de se préparer en conséquence, dit-elle. Dès que la volatilité réapparaît sur les marchés, les investisseurs se souviennent alors des crises qu’ils ont connues. »

Bien que le sondage ait révélé que les changements fiscaux au Canada et la hausse du coût de la vie égalaient l’incertitude économique mondiale en tête des préoccupations des gens fortunés, Daniel Chartier, gestionnaire de portefeuilles chez Valeurs mobilières Desjardins, croit que l’incertitude économique est celle qui mérite vraiment notre attention.

Le sondage nous apprend également que 76 % des Canadiens fortunés s’entendent quant au fait que les marchés d’aujourd’hui exigent des investisseurs qu’ils soient plus souples et réactifs. Mais est-ce possible ?

Il faut être conscient que sur les marchés financiers, il est bien difficile de prévoir ce qui va se passer.

Daniel Chartier, gestionnaire de portefeuilles chez Valeurs mobilières Desjardins

Fiduciaire du patrimoine

Ce qui explique la conclusion du sondage, à propos du fait que les gens fortunés se préoccupent plus de la pérennité du capital que de son accroissement, c’est que probablement plusieurs des gens sondés ont atteint l’âge et la fortune pour conclure qu’ils en ont suffisamment accumulé, et que l’importance maintenait est de préserver leur capital, croit Daniel Chartier. « L’inquiétude provient de la peur d’en manquer », dit-il.

Si la préoccupation devient la pérennité du capital, c’est aussi parce que l’investisseur se sent à un moment donné le fiduciaire du patrimoine qu’il veut laisser à ses héritiers, explique le gestionnaire de Desjardins. « Cela apporte une certaine fierté aux individus qui préservent ainsi le capital au profit de leurs héritiers », dit-il. « Et ils développent un plaisir certain à gérer ces actifs de façon stable et académique », conclut-il.