6435. C’est le nombre de kilomètres qui séparent Laval de Vienne, l’ancienne vie de Pierre Bourgouin de sa nouvelle. Le météorologue et gentleman-farmer a quitté emploi, terre et pays pour une nouvelle carrière, cette fois à la Commission préparatoire de l’Organisation du traité d’interdiction complète des essais nucléaires. Portrait d’un « retraité » hors du commun.

Emilie Laperrière Emilie Laperrière
Collaboration spéciale

Pierre Bourgouin a passé sa carrière à Environnement Canada, où il a travaillé dans différentes équipes à Montréal, à Toronto et à Edmonton. Il a notamment consacré neuf ans à la Section de la réponse aux urgences environnementales, vouée à la modélisation de la dispersion atmosphérique des différents polluants. Ses collègues et lui ont par exemple dû estimer la hauteur et l’étendue géographique du panache de polluants après la tragédie de Lac-Mégantic. 

En parallèle, il s’est lancé dans les affaires en 2000 avec sa femme. « On a acheté une maison à Laval avec un grand terrain pour produire et vendre des annuelles et des vivaces. On a fait ça pendant 15 ans. Ç’a été toute une aventure puisqu’on partait de rien. » La plantation rapportait à peu près le salaire minimum à Johanne, tandis que c’était plutôt une expérience pour lui. « On ne gagnait pas une fortune, mais ça nous donnait beaucoup de satisfaction. »

La fin d’une époque

En 2015, Pierre Bourgouin et sa femme ont réalisé qu’ils arrivaient à la fin d’un cycle. « On avait poussé notre commerce aussi loin qu’on le pouvait. On ne rajeunissait pas non plus. On avait atteint un plateau. Le plan, c’était de prendre ma retraite et de cesser le commerce. »

Une offre d’emploi a rapidement fait dérailler le plan de celui qui, à 58 ans, se trouvait un peu jeune pour tout arrêter.

On a reçu une offre d’emploi de la Commission préparatoire de l’Organisation du traité d’interdiction complète des essais nucléaires [OTICE] à Vienne. Je l’ai transmise à ma gang au bureau, mais après, je me suis dit que ça pourrait être le fun pour moi. J’en ai parlé à ma femme le vendredi et j’ai postulé le lundi suivant. J’ai finalement été retenu.

Pierre Bourgouin

D’octobre à janvier, tout a déboulé. Un de leurs fils est resté à la maison, mais ils ont fermé boutique et déménagé en Autriche.

Une nouvelle carrière

Au bout du fil, alors qu’il explique sa nouvelle carrière, sa voix s’anime. « Le mandat de l’organisme est de détecter tous les types d’essais nucléaires sur la planète. Mon rôle est de trouver à quel endroit a été fait un test au moyen des mesures sismiques, infrasons, hydro-acoustiques et radionucléides. Il y en a eu deux depuis que je suis ici, tous les deux en Corée du Nord. »

Le passionné aime particulièrement l’aspect international de son travail. « Dans les stations de l’OTICE, on prend des mesures dans des endroits souvent isolés. On veut rendre ces données disponibles à l’ensemble de la communauté. Je suis donc en pourparlers avec plusieurs juridictions. Cette semaine seulement, j’ai échangé avec des bureaux de météorologie un peu partout dans le monde. J’ai réglé à distance des problèmes à Pékin, à Tokyo et à Melbourne. »

La vie autrichienne

Pierre Bourgouin passe du bon temps à Vienne. « Je marche tous les jours et je trouve encore la ville magnifique. Tous les mois ou presque, je fais aussi un voyage avec ma femme. On a, par exemple, passé le jour de l’An en Grèce et on est allés à Stockholm récemment. »

« Une des raisons de venir ici était la possibilité de voyager, et nous avons établi immédiatement un budget raisonnable pour le faire », ajoute-t-il. Pour économiser, le couple visite des destinations hors saison et attend les bonnes offres. « Les vols à l’intérieur de l’Europe sont très abordables, surtout lorsqu’on réserve à l’avance. Nous voyageons aussi en auto et en train avec des amis. »

Selon lui, le logement est assez cher en Autriche, mais le coût de la vie est semblable à celui de Montréal. De plus, l’OTICE offre une petite compensation pour les conjoints. Les deux Québécois habitent néanmoins dans un petit appartement au centre-ville. On est bien loin du terrain de 65 000 pieds carrés qu’ils avaient à Laval.

Le mal du pays

Tout n’est cependant pas rose dans la nouvelle vie de Pierre Bourgouin. Après près de trois ans à l’étranger, la Belle Province lui manque. « On a découvert la beauté du Québec. Il y a de petits irritants, mais le vivre-ensemble est vraiment bien au Québec. À Vienne, la langue et la culture sont différentes. C’est difficile de s’adapter. On s’ennuie aussi beaucoup de la famille et des amis. Je me suis fait offrir une extension de contrat de deux ans, mais je ne sais pas encore si je vais l’accepter. »

À suivre…