Tous les mois, un peu partout au Québec, des femmes d’affaires se regroupent en cellule d’entraide de 12 à 15 participantes pour partager difficultés, bons coups et expériences de vie. Des regroupements qui ont la cote aujourd’hui : une liste d’attente attend celles qui désirent se joindre à l’un de ces clubs relativement secrets.

Martin Primeau Martin Primeau
Collaboration spéciale

Kathleen Neault ne fait pas partie du nombre. L’ingénieure et présidente de Réfri-Ozone, à Granby, a rejoint sa cellule en 1995 à l’âge de 23 ans. Depuis, elle ne l’a jamais quittée.

La femme d’affaires peut témoigner des bienfaits de pareille organisation. Quelques mois après avoir intégré sa cellule, elle perdait son père dans un accident et prenait la tête de l’entreprise familiale.

À 25 ans, je me suis retrouvée avec une grosse dette à financer. Je devais soudainement convaincre des banquiers de me prêter entre 400 000 et 500 000 $.

Kathleen Neault, présidente de Réfri-Ozone

Alors que les clients et les collaborateurs désertaient, Mme Neault a profité du soutien des membres de sa cellule d’entraide pour s’entourer à nouveau. « Ton réseau de contacts se forme à vitesse grand V avec l’aide de la cellule », dit-elle. L’opération s’est avérée fructueuse. Depuis, son entreprise est passée de 6 à 12 employés.

Briser l’isolement

Chaque cellule est assemblée de façon à y regrouper des expertises variées. On y retrouve des entrepreneures, mais aussi des avocates, des comptables et des spécialistes des ressources humaines, notamment. Des femmes qui partagent aussi des défis communs, comme la gestion du travail et de la famille.

Voilà d’ailleurs ce qui a amené Valérie P. La Brèque à se joindre à l’un de ces groupes il y a cinq ans. Présidente du Centre éducatif Babibulle, elle gère aujourd’hui deux garderies en plus de jongler avec son rôle de mère. « À un certain moment, c’est devenu trop, confie l’entrepreneure. J’étais dans une impasse et je n’étais plus capable. »

Au fil des rencontres avec les membres de sa cellule, Mme La Brèque a trouvé oreille aux défis qu’elle rencontrait au quotidien. « Ça permet vraiment de briser l’isolement », dit-elle. L’expérience lui a aussi permis de rallumer une flamme qui s’était éteinte. « Être entrepreneur, ça ne vient pas avec un mode d’emploi », ajoute-t-elle.

Trente ans

Le Québec compte aujourd’hui une vingtaine de ces cellules d’entraide nées d’un projet du Réseau des femmes d’affaires du Québec (RFAQ). L’organisme a fondé sa première voilà 30 ans, à la suite des demandes répétées de ses membres qui cherchaient un espace où discuter entre elles et où les masques pouvaient tomber.

Les participantes de chaque cellule sont d’ailleurs sélectionnées de façon à éviter les conflits d’intérêts. Chacune s’y engage en signant une entente de confidentialité après que la coordonnatrice du réseau, seule personne à connaître l’identité des membres de chaque cellule, leur assigne un groupe. « Ce qui se passe dans la cellule, reste dans la cellule », lance en rigolant Ruth Vachon, présidente du RFAQ.

« On veut que ce soit un lieu d’échange libre et où l’on peut se parler franchement », ajoute-t-elle, comparant chaque groupe à un comité consultatif d’entreprise.

Afin de répondre à la demande, le RFAQ prévoit créer jusqu’à cinq nouvelles cellules cette année. Le service est offert gratuitement à chacun de ses membres.