La Parisienne Victoria Butin rêvait de devenir médecin depuis sa tendre enfance, mais le jour où elle a découvert l’aviation, plus rien ne pouvait détourner son attention. À 18 ans, elle a traversé l’océan pour étudier en génie aérospatial à Polytechnique.

Samuel Larochelle
Collaboration spéciale

Le coup de foudre s’est produit à 15 ans. « J’essayais de comprendre comment les avions, qui pèsent plusieurs tonnes, faisaient pour décoller et voler. J’ai alors fait des recherches sur l’aéronautique et j’ai obtenu une bourse pour commencer à piloter des avions légers. »

Elle aurait pu tout miser sur une carrière de pilote, mais puisqu’une simple inaptitude médicale peut empêcher un pilote de pratiquer son métier, la jeune Française a choisi de diversifier ses connaissances. Un livre écrit par un pilote formé comme ingénieur l’a aiguillée. Puis, un article sur Carole Pilon, diplômée de Polytechnique qui travaille comme pilote d’essai chez Bombardier, l’a convaincue de suivre ses pas.

Cap sur Montréal

La jeune femme est partie loin de sa zone de confort et du giron familial. « Je suis partie vers l’inconnu. Mais comme j’ai débuté avec l’année préparatoire au bac, j’étais entourée de gens qui viennent tous de l’étranger, et ça m’a donné une grande ouverture d’esprit. »

Sans oublier de précieux partenaires d’étude.

« La matière est extrêmement ardue. C’est important de se mettre à plusieurs sur des exercices qu’on n’arrive pas à résoudre seul. En France, je travaillais surtout en solo, c’était un peu la mentalité là-bas. Ici, je travaille presque exclusivement en équipe. »

— Victoria Butin

Elle profite néanmoins d’un avantage, puisque ses habiletés en pilotage lui donnent une compréhension pratique des notions enseignées en classe. « En première année, durant le cours sur les caractéristiques des aéronefs, j’avais presque déjà tout vu durant ma formation en pilotage privé. Et en aérodynamique, je maîtrisais déjà plusieurs notions sur la portance, la traînée et certaines équations. »

Avec des amis, elle a d’ailleurs formé le comité étudiant Polyair pour regrouper les passionnés d’aviation de Polytechnique. « On propose un cours théorique de pilotage. On organise des conférences, des formations sur le pilotage de drone et des activités pour découvrir des sports aériens [planeur, hydravion, parachutisme]. »

Toulouse et après, le monde

À l’été 2018, durant un stage chez Bombardier, elle a participé à des essais en vol sur un CS300 (aujourd’hui A220-300) avec des pilotes d’expérience. Ce qui a renforcé sa volonté de rejoindre le milieu, au terme de son baccalauréat en 2020. « Je veux d’abord postuler pour un double diplôme à l’école ISAE Supaéro de Toulouse, pour me spécialiser en essais en vol. Ensuite, je veux forger mon expérience sur le terrain. »

Ouverte à l’idée de travailler un peu partout dans le monde et très consciente que les places comme pilote d’essai sont rares, elle veut débuter comme ingénieure d’essais en vol. Quand on la questionne sur le cycle perpétuel d’embauches et de mises à pied en aéronautique, elle nuance la réalité. « Il ne faut pas oublier qu’en ingénierie aérospatiale, tous nos cours sont du génie mécanique. On peut travailler sur plusieurs systèmes sans soucis. De toute façon, l’industrie des transports aériens est en croissance. Les entreprises auront besoin de beaucoup de main-d’œuvre. Ça ne me stresse pas tant que ça. »