L'Institut de recherche en électricité d'Hydro-Québec (IREQ) a beaucoup fait parler de lui. Mais pas toujours pour les bonnes raisons. L'épisode du moteur-roue TM4, dont les résultats n'ont pas connu le succès escompté, en est un exemple probant. Pourtant, ce centre de recherche est parmi l'un des plus importants dans le monde. Et le commun des mortels n'a pas idée de tout ce qui s'y fait en matière d'innovation. Nous en avons discuté avec Denis Faubert, docteur en physique et directeur principal de l'IREQ depuis 2007.

Stéphane Champagne, collaboration spéciale LA PRESSE

Q - Pouvez-vous nous parler tout d'abord de l'IREQ?

R- L'IREQ a été fondé en 1967 et il est officiellement installé à Varennes, le long de l'autoroute 30, depuis 1970. C'est le développement d'une expertise dans les lignes de haute tension de 735 kV qui nous a mis au monde. Environ 500 personnes, dont 275 scientifiques et 100 techniciens, travaillent à Varennes et à Shawinigan, où nous avons d'autres installations. Nous avons un budget d'exploitation de 100 millions par année qui provient majoritairement d'Hydro-Québec. En Amérique du Nord, Hydro-Québec est la seule entreprise d'énergie à posséder son propre centre de recherche. Et nous sommes parmi les cinq plus importants centres de recherche en électricité dans le monde. Ce n'est pas rien!

Q- Quel rôle joue l'IREQ au sein d'Hydro-Québec?

R- Notre but est d'innover en recherche et développement pour améliorer les opérations d'Hydro-Québec. Que ce soit en matière de production, de transport ou de distribution, qui sont en fait les trois divisions d'Hydro-Québec. Nous aidons par exemple à prévoir, donc à réduire, les pannes. Nous avons développé des logiciels pour ce faire. Nous faisons aussi beaucoup de tests pour différents produits qui nous sont confiés par des entreprises d'un peu partout dans le monde. À force de tester des choses, nous sommes devenus une source de vigie importante.

Q- Comment aborde-t-on l'innovation à l'IREQ?

R- La gestion de projets se fait selon un modèle de Stage-Gate classique. À chaque passage de portes (ou de gate), on remet l'existence du projet en cause. On le divise en cinq étapes et entre chaque étape, on se pose la question: on arrête ou on continue? Se donner le choix d'arrêter en cours de route est, à mon avis, la meilleure façon de gérer le risque. Jusqu'en 2000, la façon de faire de l'IREQ n'était peut-être pas aussi structurée qu'aujourd'hui. Nous nous basons maintenant sur les besoins de chaque unité d'affaires, soit la production, le transport et la distribution, qui dans ce cas-ci compte deux divisions: le réseau et la clientèle. Il y a donc quatre équipes plateforme (une pour chaque unité) composées d'un noyau opérationnel de trois personnes, dont deux de l'IREQ. Ces équipes sont là pour voir à la conception et au potentiel de commercialisation des innovations. Les idées viennent donc de la base. Nous avons 125 projets de R&D qui roulent en même temps. Nous faisons également de l'innovation ouverte. Nous sommes attentifs à ce qui se fait à l'extérieur de nos murs. Nous avons par exemple acheté des brevets de l'Université du Texas sur les batteries au lithium-ion, ce qui a nous a permis de nous démarquer dans ce secteur. Nous avons des ententes de partenariats avec 150 universités, centres de recherches et entreprises dans le monde. Si nous sommes parmi les meilleurs, c'est parce que nous travaillons avec les meilleurs.

Q- Avez-vous des exemples d'innovation émanant de l'IREQ?

R- Je pense à tous les travaux qui nous ont permis d'être un leader dans les matériaux de batterie lithium-ion. Grâce à une série d'ententes et de droits d'utilisation, nous avons reçu l'an dernier 26 millions en redevances de ceux et celles qui utilisent nos matériaux de batteries. Sinon, dans le domaine de la production, nous avons développé le robot Math, dont le travail consiste à changer la courbe des aubes dans les turbines. Cela nous a permis d'augmenter de 1% la puissance de nos turbines, ce qui est énorme. Dans le transport de l'énergie, nous avons développé le robot LineScout. Nous en avons six. Nous les accrochons sur les lignes de transport à 735 kV, où ils mesurent, entre autres, la résistance des jonctions. Nous les avons présentés en Inde, en France et en Angleterre, où il y a de l'intérêt pour ce type de produit. Toujours dans le transport, nous avons développé le logiciel Hypersim. La Chine l'utilise actuellement pour simuler ses réseaux de 1200 kV, une technologie sur laquelle nous avons la chance de beaucoup apprendre grâce à notre collaboration avec les Chinois. L'IREQ effectue également beaucoup de tests sur des produits qu'elle n'a pas développés, mais qu'elle approuve. Par exemple, un chauffe-eau à trois éléments (plutôt que deux). Il permet de chauffer l'eau plus souvent, mais moins intensivement, ce qui permet de déplacer les périodes de pointe.