Alors que les grandes entreprises et les gouvernements commencent à tâter de l'informatique en nuage, ou infonuagique, les petites et moyennes entreprises canadiennes, elles, prennent un moment de réflexion. Simple passage nuageux ou cellules orageuses à l'horizon?

Alain McKenna, collaboration spéciale LA PRESSE

Deux études menées auprès des PME canadiennes au cours des dernières semaines semblent indiquer un certain plafonnement de l'adoption de l'informatique en nuage dans ce créneau, pourtant perçu comme celui qui a plus à gagner en passant au nuage. La conclusion: les adopteurs précoces de nouvelles technologies auraient déjà tous été conquis.

Une étude réalisée à la fin 2010 par la firme Angus Reid, auprès de 1005 chefs de petites ou moyennes entreprises canadiennes, indique que 47% d'entre elles utilisent déjà des services web associés à l'infonuagique. Ce sont des services simples, comme le courriel, la messagerie instantanée ou le stockage de documents.

Cette même étude indique que seulement 4% des répondants n'ayant pas déjà adopté cette technologie comptaient le faire en 2011, un ralentissement prononcé de l'adoption de services qui, pour la plupart, n'existaient pas vraiment il y a trois ans à peine.

«Au début, les PME étaient notre clientèle cible, mais on a vu récemment que les grandes entreprises étaient plus réceptives, explique André Giroux, qui dirige la société montréalaise SimplicitTI, qui offre des services indépendants de consultation en intégration de solutions infonuagiques en entreprise. On passe plus de temps à essayer de vendre des solutions à 10 000$ à une PME qu'à vendre une solution 10 fois plus payante à une grande entreprise. C'est un peu pourquoi on a recentré notre offre.»

Les responsables du sondage concluent que l'informatique en nuage attire surtout les entreprises évoluant elles-mêmes dans le secteur technologique. Au Canada, une bonne part de ces entreprises offrent elles-mêmes des services d'impartition informatique à de plus grandes sociétés, principalement situées au Canada et aux États-Unis.

Devant ces statistiques, Leyland Brown, vice-président de Hewlett-Packard Canada, principal commanditaire de l'étude d'Angus Reid, tire la même conclusion que M. Giroux: c'est désormais l'adoption de l'infonuagique par les grandes entreprises qui stimulera la croissance dans ce domaine.

«Le rythme d'adoption de ces solutions s'accélérera à mesure que les grandes entreprises tenteront d'économiser en se concentrant sur leur secteur d'activité principale, dit-il. C'est aussi ce qui mènera de nouvelles PME à s'ajuster et à adopter cette technologie pour satisfaire leurs clients.»

Les PME canadiennes ont l'infonuagique dans la peau

Si les statistiques font état d'un essoufflement de la demande de la part des PME, ça n'empêche pas le Canada d'être un des pays où l'adoption des services web est la plus généralisée, note une autre étude, celle-là faite ce printemps, pour le compte de la société Microsoft.

Ainsi, mondialement, seulement 29% des PME dans le monde utilisent des services infonuagiques, sensiblement moins qu'au Canada. Cette proportion devrait doubler, d'ici 2014, mais les petites entreprises demeurent prudentes par rapport à ce phénomène, constate Marco Limena, vice-président responsable des services aux entreprises pour Microsoft, à Redmond.

«L'adoption de l'informatique en nuage sera graduelle et les PME continueront d'opérer, pour le moment, selon un modèle hybride avec de plus en plus de combinaisons associant des infrastructures sur site et des infrastructures hors site.»

C'est d'autant plus vrai que plus les services infonuagiques sont sophistiqués, moins ils sont populaires. On passe rapidement de 29 à 14% lorsqu'il est question de progiciels de gestion, d'applications de relation avec la clientèle ou d'outils de communication de pointe, comme la téléphonie par internet.

Ce que constate toutefois Microsoft, c'est qu'une fois qu'on a la piqûre, on en redemande. Les entreprises déjà rompues à l'infonuagique seront celles qui adopteront le plus rapidement de nouveaux services hébergés sur l'internet: alors qu'elles utilisent en moyenne deux services du genre en ce moment, elles devraient doubler la mise, au cours de la prochaine année, et en utiliser entre trois ou quatre.