L'actualité du dernier mois a mis en relief de belle façon les risques et les avantages associés à l'infonuagique. Entre deux pannes de service, les entreprises spécialisées en solutions d'affaires continuent de miser sur cette technologie afin d'aider les plus petites entreprises à se donner des airs de multinationales.

Mis à jour le 18 mai 2011
Alain McKenna, collaboration spéciale LA PRESSE

Le mois dernier, des serveurs de la société Amazon ont flanché. Fournisseur de services d'hébergement en nuage particulièrement prisé par les jeunes entreprises de la Silicon Valley en particulier et du web en général, Amazon n'a pas pu passer sous silence cette défaillance technique.

En fait, des services web bien connus, comme Foursquare, HootSuite et Reddit ont subi les contrecoups de cette panne, devenant eux aussi temporairement hors service. En revanche, d'autres, comme le service de vidéo sur demande Netflix, reposant lourdement sur la location mensuelle des serveurs d'Amazon, n'ont jamais été affectés.

La différence? Les experts en TI de Netflix ont pris le temps de lire les fameux petits caractères, et n'ont pas négligé de faire des doubles de leurs données stockées en nuage.

Important: bien choisir son fournisseur

«Quand ils font le saut vers le nuage, plusieurs gestionnaires négligent l'aspect sécurité de toute l'affaire. Pourtant, ils devraient considérer l'infonuagique comme une autre forme d'impartition, et suivre le même raisonnement: ce n'est pas parce qu'on confie les données ou l'infrastructure informatique de son entreprise à un tiers qu'on doit cesser de s'en occuper», résume Doug Jones, qui dirige la division infonuagique d'IBM Canada.

M. Jones, qui supervise la création d'un important centre d'hébergement de données infonuagiques à Toronto, offert exclusivement aux clients d'IBM, admet qu'aucune technologie n'est à l'épreuve des failles. En fait, il compare le risque de l'infonuagique à l'aviation. «Une panne de service infonuagique, c'est comme un écrasement d'avion: ça arrive très rarement, mais ça peut faire beaucoup de dégâts.»

C'est pourquoi les utilisateurs doivent prévoir l'imprévu, en quelque sorte. Il existe différents niveaux d'informatique en nuage. Certains n'incluent aucun service de sécurité des données. Alors que les grandes sociétés ont l'habitude de ces situations, les PME, elles, doivent s'assurer de bien choisir leur fournisseur selon ce type de besoins, conclut M. Jones.

Le conseil d'IBM Canada trouve écho un peu partout dans l'industrie. En fait, ce n'est rien de bien nouveau, mais comme les vendeurs insistent sur le haut degré de sûreté des services web en tout genre, certains utilisateurs tournent les coins ronds en matière de protection de leurs données.

Une panne du service de messagerie peut survenir sans avoir d'impact concret sur les affaires de l'entreprise, mais une panne du serveur hébergeant son site web entier? Si c'est la principale place d'affaires de l'entreprise, ça prend des allures de cauchemar.

«Même si l'entreprise utilise des services en nuage, ça lui prend une stratégie de sécurité des données. Ce n'est pas parce qu'on confie nos données à l'externe qu'on peut s'en laver les mains», réitère Benoit Descary, de DCE Solutions, qui conseille les entreprises en matière de choix technologiques.

Mobilité et infonuagique vont de pair

Reconnu pour être un spécialiste en déploiement de solutions mobiles au sein des entreprises, M. Descary voit d'ailleurs un parallèle intéressant entre l'émergence de la mobilité informatique et de l'infonuagique: les entreprises québécoises ne semblent pas particulièrement pressées d'adopter ces deux nouvelles technologies, même si elles promettent un gain de productivité, d'une part, ou une façon efficace de réduire des dépenses superflues, d'autre part.

«Les statistiques sur le sujet en témoignent: les entreprises québécoises sont plus lentes que leurs homologues nord-américaines», dit-il, ajoutant qu'elles ont aussi parfois tendance à trop en limiter l'utilisation.

«Des PME vont fournir des appareils mobiles, des téléphones BlackBerry ou iPhone à leurs employés, mais elles vont bloquer l'accès aux données à l'extérieur du bureau. Elles risquent de faire la même chose avec les services infonuagiques.»

C'est fort probable, puisque les deux technologies sont liées de près. Le déploiement de services web est grandement aidé par l'émergence de la mobilité informatique. Normal: c'est quand on peut accéder à ses données de plusieurs endroits et de plusieurs appareils différents qu'on réalise l'utilité de les installer sur un serveur distant, accessible de partout par l'internet.

Les entreprises québécoises qui tardent à lorgner du côté de la mobilité risquent de trouver le saut vers l'infonuagique assez long, estime en somme M. Descary. «La mobilité va aider les services infonuagiques à prendre leur essor, puisqu'elle nécessite un accès continu et universel aux données critiques pour le travail. En retour, la mise en marché de nouveaux produits mobiles, comme la tablette PlayBook, de Research in Motion, contribuera à accélérer la transition des entreprises vers des services et des applications web.»