Le rôle des conseillers et planificateurs financiers est de fournir des recommandations à leurs clients. Or, certains conseils semblent rentrer par une oreille et ressortir par l’autre, comme le classique « Faites un budget » que la majorité ne fait pas. Voici cinq conseils qu’on ne suit pas et qui, pourtant, méritent notre attention.

Isabelle Dubé
Isabelle Dubé La Presse

1. Faites un plan financier « à 360 degrés »

« Quand on va à l’épicerie, on fait une liste pour ne rien oublier », illustre Catherine Laurin, CFA, vice-présidente et gestionnaire de portefeuille chez BMO Gestion Privée. C’est la même chose pour ses objectifs de vie : acheter une maison, la retraite, les études, une année sabbatique, des parents à charge, une succession. « Une fois qu’on connaît ses besoins, on détermine ses objectifs et la stratégie pour y arriver », dit-elle.

« Beaucoup nous disent : le plan est dans ma tête, observe Angela Iermieri, planificatrice financière au Mouvement Desjardins. Très peu font l’exercice de regarder leurs finances personnelles à 360 degrés en demandant l’aide d’un planificateur. Très peu savent, par exemple, de combien d’argent ils auront besoin à la retraite. Il est donc préférable d’avoir un plan que d’y aller grosso modo. Ça permet d’avoir une tranquillité d’esprit et de savoir si on est bien aligné pour aller à la bonne place. »

Les gens négligent aussi de prévoir un testament et un mandat d’inaptitude, ajoute Antoine Chaume, planificateur financier et conseiller en sécurité financière chez Lafond+Associés. « Avec les conjoints de fait et les familles reconstituées, ça peut causer des situations dramatiques lorsqu’il y a de jeunes enfants et pas d’entente de vie commune. »

2. Assurez-vous d’être bien assuré

Connaissez-vous bien la couverture qu’offrent les assurances collectives de votre employeur ? Le montant de l’assurance vie est-il de 25 000 $ ou de trois fois votre salaire ? Est-ce suffisant pour couvrir tous vos engagements financiers et les dépenses courantes du conjoint survivant et des enfants ? Et qu’en est-il des autres couvertures ?

PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, LA PRESSE

On pense souvent à l’assurance vie, mais c’est encore plus important d’assurer sa capacité à gagner des revenus avec l’assurance invalidité et l’assurance salaire longue durée. Sans assurance, ça peut créer une situation pire que le décès.

Antoine Chaume, planificateur financier et conseiller en sécurité financière chez Lafond+Associés

« Parfois, ajoute-t-il, on a l’impression qu’en ayant une assurance collective, on est bien assuré pour l’invalidité. Mais ce n’est pas toujours le cas, surtout pour les hauts salariés. »

« L’assurance locataire est aussi une chose à laquelle les gens ne pensent pas, parce qu’ils disent : “la bâtisse ne m’appartient pas”, constate Angela Iermieri. Mais il y a des biens à l’intérieur qui doivent être protégés en cas d’incendie ou de vol et une responsabilité si on cause un dommage. »

3. N’imitez pas le voisin

Le voisin dit avoir fait un bon coup avec ses derniers investissements. Or, vous ne connaissez ni son profil d’investisseur ni sa situation financière. Et il ne vous a sans doute pas tout dit… « Peut-être qu’il a eu un gros héritage, qu’il peut se permettre de perdre 5 %, parce qu’il a, par exemple, un fonds de pension à prestations déterminées, explique Catherine Laurin. Celui qui doit bâtir sa retraite ne va peut-être pas se sentir à l’aise de s’assujettir aux mêmes genres de risque. »

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Au cours de la dernière année, avec la frénésie des marchés boursiers, tout le monde a eu d’un coup un profil risqué et investissait dans ce qui était à la mode sans respecter sa tolérance au risque.

Angela Iermieri, planificatrice financière au Mouvement Desjardins

Le rôle du conseiller est alors d’expliquer aux clients que l’aubaine en question peut chuter de 10 à 50 % et avoir un impact sur leurs finances personnelles. Et que « se refaire », comme certains disent, peut prendre du temps. « Même si on dit que ce n’est pas une bonne option en fonction du profil d’investisseur, plusieurs y vont quand même en ouvrant un compte de courtage en ligne », observe Angela Iermieri.

4. Ne laissez pas l’émotion vous guider

Contrairement à nos habitudes de consommateurs qui nous poussent à acheter un article quand il est en solde, le réflexe n’est pas le même avec les marchés, observe Catherine Laurin. « Si le marché est à la baisse, l’investisseur ne veut pas racheter plus, alors que c’est souvent l’occasion de rééquilibrer en rajoutant des actions pour participer à cette reprise. »

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C’est notre responsabilité comme conseiller d’encourager notre client à suivre son plan. On peut se rattacher aux faits, à la stratégie, plutôt que de laisser l’émotion nous guider.

Catherine Laurin, CFA, vice-présidente et gestionnaire de portefeuille chez BMO Gestion Privée

« En tant que planificateur financier, on agit à titre de gardien de valeur pour les clients. On amène le côté rationnel dans des moments où les gens le sont moins », renchérit Antoine Chaume.

Le planificateur donne l’exemple d’un plan d’action d’épargne pour une année sabbatique ou la mise de fonds en vue d’acheter une maison dans 24 mois. Parfois, le client appelle trois mois plus tard sur un coup de tête pour acheter une maison ou arrêter de travailler. Le planificateur lui rappelle le plan et l’invite à réfléchir.

5. Accumulez un fonds d’urgence

Au cours de la dernière année, Angela Iermieri a constaté que 80 % des gens n’avaient pas suivi cette recommandation pourtant répétée ad nauseam sur toutes les plateformes. « Très peu de gens s’étaient dotés d’un fonds d’urgence, qui représente entre trois et six mois de dépenses courantes, et qu’il faut mettre de côté en cas d’imprévus comme une perte d’emploi, une maladie, une grosse dépense inattendue. »

Quand les gens n’en ont pas, ils sont tentés d’aller vers le crédit, l’endettement ou piger dans de l’épargne destinée à un autre projet. « Si on répare une situation pour nuire à une autre, ce n’est pas une bonne idée. Piger dans ses REER réglera la situation à court terme, mais pour le long terme, cela diminuera les revenus de placements. »

Conseils non suivis : que font les experts ?

Les experts doivent-ils jouer aux parents qui répètent inlassablement les mêmes consignes ? « Avec certains clients, on doit répéter les mêmes enjeux. C’est une question de personnalité, affirme Catherine Laurin. Certains vont chez le médecin et respectent toujours les conseils, alors que d’autres ne le font pas et reviennent avec les mêmes problèmes. »

« C’est notre rôle de rappeler aux gens l’importance de respecter certains points ou de mettre en place certaines choses pour mieux gérer leurs finances personnelles », renchérit Angela Iermieri.

« Si on demande l’aide d’un coach ou d’un thérapeute et qu’on ne suit pas ses conseils, illustre Antoine Chaume, ça ne fonctionne évidemment pas. »