Stéphane*, 43 ans, marié et père d’un enfant de 10 ans, est prêt pour un grand ménage du printemps dans ses finances. Non seulement il juge sa planification financière et fiscale fort peu optimisée, mais encore, il se confesse de beaucoup trop dépenser. Au-delà de ce que lui rapporte sa profession libérale bien rémunérée.

Isabelle Dubé Isabelle Dubé
La Presse

La situation

« Il est clair que nous sommes privilégiés et que nous n’économisons pas assez, écrit-il. Nous avons tendance à dépenser l’ensemble de nos revenus. Pour vous donner un exemple, depuis 2019 j’ai dépensé autour de 25 000 $ pour l’achat d’articles de sport. »

Malgré tout, Stéphane se demande s’il a besoin de ses REER, car il a un régime de retraite à prestations déterminées. À 65 ans, il obtiendra une pension qui correspond à 70 % de ses cinq meilleures années de salaire. C’est d’ailleurs l’objectif à atteindre, si sa santé le lui permet.

« J’ai accumulé des REER dont je ne prévois pas avoir besoin pour assurer mes vieux jours, dit-il. En plus, comme mes revenus actuels et ceux que je toucherai à ma retraite ne seront pas susceptibles d’être imposés différemment, je me demande si je devrais encaisser immédiatement mes REER. »

Stéphane voudrait investir cet argent dans son CELI ainsi que dans les cryptomonnaies.

« Je veux optimiser mes placements, mes actifs et minimiser la facture fiscale sur ces placements. Actuellement, je passe à côté du CELI et je trouve que ce n’est pas l’idéal du tout. »

« Les cryptomonnaies m’intéressent beaucoup. Pas seulement pour les rendements stratosphériques et hautement spéculatifs, mais aussi pour les enjeux sociaux, les changements que ces méthodes de paiement pourraient engendrer, les incidences fiscales, les aspects techniques et technologiques », explique-t-il.

Stéphane souhaiterait également acheter une résidence secondaire pour faire du ski l’hiver. À la retraite, le couple envisage d’avoir le même train de vie tout en faisant des voyages.

Les chiffres

Stéphane*, 43 ans
Salaire annuel : 160 000 $
Régime de retraite : prestations déterminées
REER : 125 000 $
CELI : 100 $ (ouverture de compte seulement)
REEE : 15 000 $
Investissements en cryptomonnaies : 18 000 $

Sophie*, 45 ans
Salaire annuel : 130 000 $
Régime de retraite : prestations déterminées
REER : 25 000 $
Résidence : valeur de 710 000 $ (hypothèque de 375 000 $)
Marge de crédit : 20 000 $
Coût de vie estimé : 85 000 $

Revenus prévus à 65 ans

PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, ARCHIVES LA PRESSE

Charles Rioux Rousseau, analyste principal en planification financière chez R. E. G. A. R. Gestion financière

Charles Rioux Rousseau, analyste principal en planification financière chez R. E. G. A. R. Gestion financière, a tout d’abord calculé le revenu que Stéphane recevra à sa retraite, à 65 ans, avec son régime de retraite à prestations déterminées et sa rente du Régime de rentes du Québec.

« Il pourra financer un coût de vie de 75 000 $, ce qui correspond à ses revenus après impôts, relate Charles Rioux Rousseau. Le problème, c’est qu’il voulait financer le même coût de vie que maintenant, qu’il estime à 85 000 $, alors que c’est nettement plus, puisqu’il affirme tout dépenser son revenu actuel. »

« La solution est simple : soit il dépense moins maintenant, soit il décide de moins dépenser à la retraite. C’est à lui de vérifier ses objectifs, mais son régime de retraite et la pension du gouvernement provincial ne pourront pas financer son coût de vie actuel. Surtout s’il a des projets de voyage et l’envie d’acheter une résidence secondaire. Même s’il a de bons revenus, il doit choisir ses dépenses et faire un budget. »

Encaisser ou non ses REER avant la retraite

Le principal avantage des REER est de cotiser quand notre taux d’impôt est très élevé et de décaisser quand notre taux d’impôt est moins élevé, rappelle Charles Rioux-Rousseau. Dans ce cas-ci, en encaissant les régimes de retraite prévus, Stéphane risque d’être dans un taux d’imposition toujours aussi élevé à la retraite.

« Selon mes calculs, il y a 97 000 $ qui proviennent de son régime de retraite plus 14 000 $ du Régime de rentes du Québec, explique Charles Rioux-Rousseau. On arrive donc dans les mêmes taux. »

L’analyste a aussi calculé, à l’aide d’un logiciel, que d’encaisser tous les REER maintenant sera plus avantageux à long terme.

« Actuellement, son taux d’imposition est d’à peu près 50 %. À la retraite, en ayant des revenus d’environ 111 000 $, son taux d’imposition sera de 48 %. En ajoutant la Sécurité de la vieillesse, il aura un impôt de récupération de 15 %, parce que ses revenus dépassent 80 000 $. C’est pour cette raison qu’à la retraite Stéphane paiera plus d’impôts sur ses REER que s’il les retire cette année. »

L’écart n’est pas énorme, précise cependant l’analyste. À l’âge de 94 ans, il aura 30 000 $ de plus, soit 130 000 $ plutôt que 100 000 $.

En faisant certains scénarios, Charles Rioux-Rousseau a constaté qu’il était plus avantageux de les décaisser sur quatre ans, car à partir de 200 000 $, le taux d’imposition grimpe encore.

L’autre aspect, non négligeable, est psychologique. Retirer 150 000 $ de REER deviendra, après impôts, un placement de 60 000 $ pour Stéphane. Peu importe s’il le place dans un CELI ou ailleurs.

Charles Rioux-Rousseau rappelle que, contrairement au CELI, quand on retire ses REER, on ne récupère pas les droits l’année suivante.

Cryptomonnaies

Stéphane a un intérêt, dit-il, pour les bitcoins et les autres cryptomonnaies. Dans l’éventualité où il choisirait de sortir ses REER et de mettre cet argent dans son CELI, devrait-il investir ses épargnes futures dans les cryptomonnaies ?

« Comme il a un régime de retraite garanti à vie, la partie de revenus fixes prend une grande proportion de son portefeuille. Il pourrait donc en consacrer une infime partie aux cryptomonnaies. Je lui conseille cependant d’investir moins de 5 % de son portefeuille tout en étant prêt à perdre son investissement. »

« Je vois les cryptomonnaies comme une expérience pour connaître la technologie et voir comment ça fonctionne. En principe, ce n’est pas admissible au REER et au CELI, mais il y a maintenant des fonds communs qui en ont d’inclus. »

* Bien que le cas mis en lumière dans cette rubrique soit réel, les prénoms utilisés sont fictifs.

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