J’aime l’impôt. Malgré tous ses défauts, il reste l’outil par excellence pour redistribuer la richesse, réduire les iniquités et financer les interventions de l’État. Avec la pandémie, vous aimez l’impôt de plus en plus, vous aussi. Ou, si vous préférez, vous le détestez un peu moins.

Stéphanie Grammond Stéphanie Grammond
La Presse

Alors que les gouvernements font pleuvoir des milliards de dollars pour lutter contre la COVID-19, la sempiternelle impression de payer trop d’impôts n’a jamais été aussi faible chez les Québécois.

Dans la plupart des domaines, à commencer par celui de la santé, la population juge que les gouvernements devraient dépenser davantage, plutôt que de resserrer les cordons de la bourse. Une majorité de contribuables sont même prêts à payer plus d’impôts pour obtenir de meilleurs services.

PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, ARCHIVES LA PRESSE

Dans la plupart des domaines, à commencer par celui de la santé, la population juge que les gouvernements devraient dépenser davantage, plutôt que de resserrer les cordons de la bourse. Une majorité de contribuables sont même prêts à payer plus d’impôts pour obtenir de meilleurs services.

« Il y a une espèce de prise de conscience de la nécessité d’un filet social », constate Jean-Herman Guay, professeur titulaire à l’École de politique appliquée de l’Université de Sherbrooke.

Manifestement, la pandémie est en train de changer la vision que les Québécois ont du rôle de l’État, si je me fie à un sondage Léger réalisé au début de mai pour le compte de la Chaire en fiscalité et en finances publiques (CFFP).

Ce coup de sonde lancé en plein confinement exprime notre désir collectif de mieux entretenir nos infrastructures, d’offrir des services de meilleure qualité et d’accepter que le gouvernement nous protège davantage. Pour peu, on se croirait revenus à l’époque de Keynes, cet économiste anglais qui prônait l’intervention de l’État pour sortir l’économie de la Grande Dépression.

Holà ! pas si vite.

« La question est de savoir : est-ce que ce qu’on voit est une bulle ou un changement de fond dans les attitudes ? » nuance Antoine Genest-Grégoire, coauteur d’une étude diffusée mardi par la CFFP qui s’intéresse aux opinions fiscales des Québécois en temps de pandémie.

On voit bien que le sentiment de la population fluctue au gré des événements qui font les manchettes. Il y a près de 10 ans, pas moins de 70 % des Québécois jugeaient que leurs impôts étaient trop élevés. Rappelez-vous le contexte… En 2011, la commission Charbonneau grattait les scandales de corruption dans la construction et les services publics.

Ce pourcentage a fondu à 44 %, maintenant que les gouvernements soignent les gens atteints de la COVID-19 et mettent en place des mesures d’urgence pour aider les ménages et les entreprises à passer à travers la crise.

Signe des temps, 55 % des répondants seraient disposés à payer encore plus d’impôts pour permettre de mieux financer des services. Même chez ceux qui considèrent déjà payer trop d’impôts, une bonne proportion (21 %) est prête à en payer davantage, indique Luc Godbout, professeur de fiscalité à l’Université de Sherbrooke.

D’abord et avant tout, les Québécois souhaitent un réinvestissement en santé, un poste de dépenses qui occupe déjà la moitié du budget de la province.

Environ les trois quarts des répondants voudraient voir un meilleur financement des hôpitaux et cliniques (69 %), de maisons de retraite et des CHSLD (78 %) ainsi que des soins à domicile pour les aînés (73 %).

Il faut dire que la pandémie a révélé au grand jour les failles du système, à commencer par la pénurie de personnel. Comment rester de glace quand on voit des gens sacrifier leur vie pour une paie franchement maigrichonne ?

« Habituellement, les fonctionnaires et les employés du secteur public ne sont pas les chouchous du public. Mais s’il y a un moment où ils le sont, c’est aujourd’hui », estime M. Genest-Grégoire.

Bien entendu, le salaire que le gouvernement peut accorder aux travailleurs de la santé dépend directement de notre contribution fiscale.

D’autre part, il semble que les conducteurs veulent encore plus de cônes orange sur les routes ! Presque la moitié de la population (49 %) souhaite des dépenses accrues pour le réseau routier.

Je suis la première à convenir que nos rues aux allures de Bagdad ont besoin d’amour, mais j’ai parfois l’impression que nous sommes moins verts qu’on voudrait se le faire croire.

Alors que les manifestants ont marché par milliers pour protéger la planète, seulement un tiers (32 %) de la population veut que l’État investisse davantage dans les transports en commun, un pourcentage qui grimpe toutefois à 45 % chez ceux qui utilisent ce service.

Mais dans l’ensemble, les gens ne votent pas pour leur poche. Le clientélisme, très peu pour eux. Au contraire, ils ont plutôt une pensée altruiste.

« La volonté d’augmenter les budgets ne semble pas vraiment liée à l’usage [des différents services]. Les gens ne font pas un calcul personnel et intéressé, ce qui est une bonne nouvelle », souligne M. Guay.

Par exemple, même si seulement 7 % ont un proche dans un CHSLD, tous s’entendent pour dire qu’il faut en faire plus pour les aînés. Un climatiseur en pleine canicule serait un bon début.

> Consultez l’étude de la CFFP