Source ID:; App Source:

Prudence avec les banques et les télécoms

Charles Marleau est président et gestionnaire de portefeuille... (PHOTO OLIVIER JEAN, LA PRESSE)

Agrandir

Charles Marleau est président et gestionnaire de portefeuille chez Gestion Palos à Montréal.

PHOTO OLIVIER JEAN, LA PRESSE

Richard Dufour

Chaque dimanche, un financier répond à nos questions. Il donne sa lecture des marchés, offre son point de vue sur la Bourse et lance quelques conseils d'investissement. Cette semaine, Charles Marleau, de la firme Gestion Palos à Montréal.

Quel a été l'événement le plus significatif des derniers jours en Bourse?

La mise à jour de l'indice des prix à la consommation, mardi, ainsi que les tensions en Russie, en Ukraine et en Palestine. L'indice des prix à la consommation est significatif puisqu'il présente une image de l'état de l'économie américaine et de sa croissance. Une accélération dans le taux d'inflation pourrait potentiellement inciter des changements dans les taux d'intérêt et avoir des répercussions sur les marchés.

Malgré l'apparence des résultats, les chiffres nous présentent un taux d'inflation relativement stable qui n'accélère pas. Cela renforce notre conviction qu'il reste du chemin à faire pour l'économie américaine et qu'il y a beaucoup de place pour de plus en plus d'expansion et de croissance.

Le 17 juillet, nous avons eu un aperçu de l'impact qu'un incident peut avoir sur les marchés lorsque la triste nouvelle du vol de Malaysia Airlines a résonné à travers le monde. Ce jour-là, le VIX (indice qui mesure la volatilité du marché financier américain en se basant sur le S&P 500) a connu une hausse de près de 40 %.

D'autre part, lorsque les Nations unies sont arrivées à Gaza, lundi, dans le but de renouveler un cessez-le-feu, un sentiment d'espoir s'installa, et la même impression était présente, mercredi, lorsque la Russie sembla adoucir sa position envers l'Ukraine.

Quel indicateur suivez-vous le plus attentivement?

À travers l'abondance d'indicateurs, nous suivons de très près l'emploi, l'inflation, l'activité économique reflétée par le produit intérieur brut (PIB) et le Wicksellian Differential (indicateur qui fournit une approximation de l'ampleur du déséquilibre dans l'économie).

Ces indicateurs sont souvent dévoilés avec des subtilités qui viennent influencer l'opinion des analystes. Je prends par exemple les données sur l'emploi aux États-Unis d'il y a deux semaines. Un très bon chiffre statistiquement qui a de loin surpassé les prévisions des économistes, mais lorsqu'on regarde de plus près, on réalise que le gain s'est fait dans des secteurs à temps partiel. Le taux de participation n'a pas changé depuis trois mois, et il n'y a pas d'accélération dans l'augmentation des salaires. Il faut toujours faire attention et se faire sa propre idée sur les données.

Que feriez-vous avec plusieurs milliers de dollars à investir?

J'investirais dans Canadian Energy Services, Aecon Group et Inter Pipeline. Nous les détenons tous dans nos portefeuilles.

J'aime Canadian Energy Services parce que la compagnie fournit les produits chimiques utilisés dans le forage des puits, le « fracking » en anglais, la récupération des liquides et l'anticorrosion. Je suis d'avis qu'on s'apprête à voir une grande demande pour ces produits, et l'entreprise est prête à en tirer avantage.

Aecon est un titre qui se transige à un bel escompte relativement à ses concurrents. L'équipe de gestion exécute bien les projets en place, et la compagnie a un carnet de commandes de qualité. Les marges se sont nettement améliorées, le ratio de dette nette sur BAIIA (bénéfice avant impôts, intérêts et amortissement) tourne autour de 1. C'est excellent, et tous les signes pointent vers une amélioration des profits.

L'histoire d'Inter Pipeline est aussi celle d'une compagnie qui s'est bien positionnée pour prendre avantage de ce qui se passe dans la zone Viking dans l'Ouest canadien. Il y a un manque d'infrastructures, et les compagnies n'ont pas le choix de transporter leur pétrole par camions, ce qui est cher et inefficace. L'entreprise vient de signer des contrats avec cinq compagnies de production dans la zone Viking. Un investissement d'environ de 100 millions de dollars est prévu.

Quel placement évitez-vous à tout prix?

J'évite les banques qui ont une grande concentration de leur chiffre d'affaires dans les prêts aux consommateurs. L'endettement des particuliers est très élevé. Je reste loin des banques comme la CIBC et la Banque Laurentienne. Je suis donc sous-pondéré dans le plus gros secteur du TSX. Je ne suis pas confortable avec les niveaux d'endettement et je préfère déployer mon argent dans certaines compagnies financières spécialisées comme, par exemple, CI Financial, Element Financial et Canaccord Genuity.

Un autre placement que j'évite en ce moment est le secteur entier des télécommunications. Le gouvernement canadien souhaite élargir les possibilités et permettre à des compagnies étrangères de s'installer au Canada. La concurrence va s'intensifier, et il y aura plus de pression sur les prix. Je vois beaucoup de risques dans ce secteur et je m'en éloigne pour le moment. Je revisite cependant le secteur régulièrement pour tirer profit des opportunités qui vont éventuellement se présenter.

Qu'est-ce que les marchés sous-estiment le plus?

Il y a un mouvement qui est en train de se produire aux États-Unis concernant l'industrie du pétrole, et les marchés ne lui accordent pas l'attention nécessaire en ce moment. Lorsqu'un pays se dirige très rapidement vers l'autonomie en termes de production comme nous voyons présentement chez nos voisins au sud, les opportunités sont énormes.

Je pense que les marchés n'ont pas encore pris en compte les 600 à 800 milliards de dollars qui viendront contribuer au PIB du pays dans les 6 prochaines années, ni ce qui vient avec. Beaucoup de nouvelles infrastructures et de développements seront requis très bientôt. Non seulement cela va créer des emplois directement reliés à l'industrie du pétrole, de son exploitation et de sa production, mais il faudra des magasins, des centres d'achats pour accommoder les nouvelles régions qui vont devoir se développer et offrir des services à leurs occupants.

Pour prendre avantage des changements importants qui s'en viennent, de 40 à 50 % des revenus des compagnies canadiennes que nous détenons en portefeuille viennent directement des États-Unis. Il y a un vent de changement qui s'en vient et qui va bouleverser les marchés. Je dirais même au niveau mondial, et nous sommes positionnés pour en profiter.

***

Charles Marleau est président et gestionnaire de portefeuille chez Gestion Palos à Montréal. L'actif sous gestion de la firme s'élève à 170 millions de dollars.




Les plus populaires : Affaires

Tous les plus populaires de la section Affaires
sur Lapresse.ca
»

Autres contenus populaires

La liste:-1:liste; la boite:219:box; tpl:html.tpl:file
image title
Fermer