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Investir dans le vin: votre retraite dans le cellier?

Faire de l'argent avec les grands crus n'est... (Photo David Boily, Archives La Presse)

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Faire de l'argent avec les grands crus n'est pas une mince affaire. Il faut choisir les bonnes bouteilles, les acheter, les assurer, les conserver dans les conditions idéales et les revendre au bon moment.

Photo David Boily, Archives La Presse

La valeur des grands crus a explosé depuis quelques années. L'indice Liv-ex Fine Wine 100, qui enregistre les variations de prix des 100 vins les plus recherchés au monde, a grimpé de 300 % au cours des 10 dernières années, comparativement à 86 % pour les actions à la Bourse de Toronto.

Les investisseurs devraient-ils choisir le vin plutôt que la Bourse? « Ce n'est pas une stratégie que je recommande », répond Benoit Chouinard, conseiller en placement pour RBC Dominion Valeurs mobilières, pourtant grand amateur de vin.

C'est que faire de l'argent avec les grands crus n'est pas une mince affaire. Il faut choisir les bonnes bouteilles, les acheter, les assurer, les conserver dans les conditions idéales et les revendre au bon moment. Étant donné le monopole de l'État sur le commerce de l'alcool au Québec, l'achat et la vente sont soumis à des contraintes sévères, qui limitent les possibilités de gains.

Quelques passionnés affirment pourtant que leur cellier prend plus de valeur que leur portefeuille boursier. « Mon fonds de pension, il est dans ma cave à vins!», lance un jeune entrepreneur oenophile, qui a une réserve de quelques centaines de bouteilles. Mais ces investisseurs sont marginaux.

« La plupart des amateurs achètent pour leur propre consommation », dit William Molson, responsable du marketing pour la firme de gestion privée Saguenay Strathmore Capital (et membre de la célèbre famille de brasseurs), qui a un cellier de 3000 bouteilles dans sa maison de Westmount. « Lorsque l'on décide d'en vendre, c'est pour des raisons d'espace ou parce que nos goûts ont changé. Pas pour faire de l'argent. »

Des transactions coûteuses

Les spéculateurs n'ont d'ailleurs pas la partie facile. « Les prix fluctuent selon plusieurs facteurs : l'offre et la demande, les critiques, le déroulement des encans », note le sommelier et auteur François Chartier. Sur le marché mondial, les millionnaires russes et chinois ont fait grimper en flèche les prix des grands crus. Et plusieurs cas de fraude ont été mis au jour - des étiquettes prestigieuses ont été apposées sur des bouteilles de piquette.

Au Québec, la mainmise de la SAQ sur le commerce du vin complique encore les choses. Un particulier peut vendre des bouteilles à un autre, « mais la transaction doit se faire par l'intermédiaire de la SAQ », explique Linda Bouchard, porte-parole de l'organisme. Elle prélève au passage les taxes de vente de 15 %, plus une taxe spécifique de 1,12 $ le litre. Des transactions entre particuliers se concluent sous le manteau - on trouve même des bouteilles dans les petites annonces - mais ce négoce est illégal.

Des vins se vendent aussi par l'intermédiaire de Iegor - Hôtel des encans, mandaté par la SAQ. Mais cette option est coûteuse : pour le vendeur, le prix obtenu est amputé de 20 % (10 % pour la SAQ, 10 % pour l'encanteur), et l'acheteur doit à son tour ajouter des frais d'encan de 20 %, en plus de la TPS et de la TVQ (15 %). François Chartier y a d'ailleurs vendu environ 1000 bouteilles ces derniers mois, parce qu'il déménageait et manquait d'espace, « pas dans l'optique de faire un profit », précise-t-il.

La SAQ projette depuis quelques années une plate-forme électronique pour la vente entre individus, mais le projet progresse lentement.

Reste que certains collectionneurs sont convaincus que leurs grands crus leur assureront une retraite confortable. « J'ai deux bouteilles de Pétrus 2005, payées 3500 $ chacune il y a cinq ans, confie un amateur. Les mêmes bouteilles se sont vendues 6500 $ à la SAQ dernièrement. Peut-être vaudront-elles 12 000 $ dans 20 ans !»

« Ce sont des placements risqués, mais au pire, si on n'arrive pas à les vendre au prix voulu, on peut toujours les boire », lance Claude Roy, expert en gestion privée chez Raymond Chabot Grant Thornton (RCGT).

Des titres plutôt que des bouteilles

S'il est trop complexe d'acheter des bouteilles, peut-on profiter de l'appréciation du divin nectar en achetant des titres de fonds d'investissement en vins ? Au Canada, Accilent Capital Management, de Toronto, en offre un. Il en existe plusieurs en Europe et aux États-Unis. Ces fonds achètent de vraies bouteilles, qui sont entreposées et prennent de la valeur. Les capitaux des investisseurs sont donc immobilisés pour quelques années.

Benoit Chouinard souligne que ces produits financiers sont récents et n'ont pas encore fait leurs preuves. « Il faut être un investisseur patient, mais le rendement peut être intéressant », souligne quant à lui Claude Roy. RCGT entend d'ailleurs offrir éventuellement des fonds d'investissement dans des produits de collection, tels que le vin et les oeuvres d'art, indique l'expert.

William Molson a déjà investi plusieurs milliers de dollars dans le Wine Investment Fund britannique et a été satisfait de sa performance. « Mais j'ai déjà assez d'investissement en vin dans ma cave, dit-il. Et je suis plus intéressé à le boire qu'à faire de l'argent avec !»

En chiffres...

Hausse des prix de 1996 à 2009

Vins les plus vendus à l'encan aux États-Unis : +149 %

Vins de Bordeaux : +198 %

Vins du Rhône : +296 %

Premiers crus : +448 %,

Indice Russell 3000 (mesure le comportement boursier des 3000 plus grandes entreprises américaines) : +42 %.

Source: Levez votre verre: l'investissement dans le vin et la crise financière, par les économistes Philippe Masset, professeur à l'École hôtelière de Lausanne, et Jean-Philippe Weisskopf, chercheur à l'Université de Fribourg.

LE PORTRAIT

Alice, 39 ans

Salaire : 85 000 $

REER : 56 000 $

Cotise à un fonds de pension à prestations déterminées

Valeur de la cave à vin : 5000 $

*

Josiane, 38 ans

Salaire : 75 000 $

REER : 20 000 $

Placements non enregistrés : 20 000 $

Cotise à un fonds de pension à prestations déterminées

REEE pour leur fille de 3 ans : 6000 $

Hypothèque : 250 000 $, pour une résidence d'une valeur de 400 000 $

LE PROBLÈME

Alice s'est mise à s'intéresser au vin à l'exemple de son père. « Lors de mon premier voyage en France, je suis tombée en amour avec les vins de Bourgogne, raconte la jeune femme, qui travaille dans le domaine des communications. Petit à petit, j'ai élargi mes connaissances sur le vin au point d'étudier en sommellerie et de monter ma propre cave. » Elle participe à des dégustations avec des amis, dévore les blogues, livres et magazines sur le sujet. Elle dépense environ 1500 $ par année pour garnir son cellier, qui contient une centaine de bouteilles, dont certaines payées près de 200 $.

Pour le moment, ces bouteilles sont destinées à sa consommation personnelle - et à ceux avec qui elle partage sa passion. Mais elle se demande si elle ne devrait pas mettre à profit ses connaissances dans ce domaine. Elle saurait sans doute sélectionner des vins susceptibles de prendre de la valeur. « De toute façon, mon REER a un rendement pathétique de 2,88 % depuis cinq ans », dit Alice. Les flacons de sa cave ont sûrement pris plus de valeur au cours de la même période. « Mon problème, c'est que la tentation serait grande de boire ces vins plutôt que de les laisser vieillir, note-t-elle. Il faudrait que j'achète des bouteilles que j'aime moins pour être certaine de les conserver. Mais comme les vins en demande sont terriblement et dramatiquement chers, ça amputerait mon budget pour acheter ceux que j'aime. »

Mais y a-t-il trop de risques à placer une partie de son épargne retraite dans son cellier ?

LA SOLUTION

Même si les bons vins ont pris énormément de valeur depuis quelques années, Benoit Chouinard, conseiller en placement pour RBC Dominion Valeurs mobilières et grand amateur de vin, ne recommande pas à des particuliers d'investir dans les grands crus à des fins strictement financières. « Je ne crois pas que le vin rapporte plus que d'autres types de placement, dit-il. Il n'y a pas tant de vins qui ont le potentiel de prendre beaucoup de valeur, seulement les grands vignobles. Ils sont très chers, et il faut vraiment bien connaître le fonctionnement du marché pour avoir du succès. »

Selon le conseiller en placement, qui signe aussi une chronique sur le vin dans le magazine Lambert, distribué sur la Rive-Sud de Montréal, même les plus grands oenophiles, qui connaissent très bien la valeur des bouteilles, n'achètent pas dans le but de faire des profits. « Le vin, on l'achète pour le boire !», lance-t-il.

« Et ceux qui disent que leurs placements prennent moins de valeur que leurs vins, c'est parce qu'ils ont un mauvais conseiller, ou une mauvaise stratégie de placement !»




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