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REER ou hypothèque? Réponse: épargne études

Marc Tison
La Presse

Une idée répandue il y a quelques années, dans une campagne publicitaire télévisée, veut qu'on contribue à son REER et qu'on verse le remboursement d'impôt en paiement de l'hypothèque. Fausse logique, rétorque Éric Brassard.

«Que la piastre provienne d'un remboursement d'impôt ou que je l'aie trouvée par terre, peu importe, dit-il. Une piastre est une piastre. S'il est plus payant de la verser dans le REER, la même logique s'applique à la piastre qui provient du remboursement d'impôt.»

 

Éric Brassard suggère une autre avenue: le régime enregistré d'épargne études. Son rendement est lui aussi à l'abri de l'impôt, et surtout, pour chaque tranche de 100$ qui y est versée, les gouvernements ajoutent 30$ en subventions. En outre, les cotisations au REEE sont limitées dans le temps, d'où une certaine urgence à en profiter.

Le planificateur Pierre Larose suggère à ce propos une stratégie intéressante. Notre couple peut verser ses 900$ d'économies annuelles dans les REEE de ses enfants et bénéficier des subventions. Lorsque les enfants entreprendront leurs études, le couple pourra récupérer le capital versé au fil des ans et le placer dans ses REER, avec un remboursement d'impôt conséquent. «Le même dollar m'aura procuré deux retours», lance M. Larose.

Retraite précoce, épargne atroce

L'impression qu'il faut une montagne de dollars dans son REER est en bonne partie fondée sur des exemples de retraite à 60 ans ou moins.

«Une retraite n'est pas trop difficile à financer, insiste Martin Dupras, vice-président au Groupe Aon. C'est prendre sa retraite tôt qui coûte terriblement cher.»

Il en fait la démonstration pour une personne qui gagne 40 000$ par année. Il suppose que les cotisations au REER commencent à 30 ans pour cesser à la retraite, à 65 ans, avec un rendement réel de 3% (après inflation). Il utilise le barème courant d'un revenu de retraite équivalant à 70% du revenu de vie active.

Pour atteindre ce seuil, notre travailleur devra épargner chaque année 5,7% de son salaire, soit 2280$. C'est un effort, mais ce n'est pas l'Himalaya. S'il veut prendre sa retraite à 60 ans, il devra plutôt épargner chaque année 11% de son revenu. Liberté 55? Il faut alors prévoir un Everest de 20%!

Selon Martin Dupras, le planificateur financier devrait montrer à son client quelles sont les exigences d'épargne liées aux différentes options de retraite. Même démonstration à l'égard des autres outils financiers qui sollicitent son épargne - REEE, assurance vie, etc.

Plutôt que de se voir brandir des cibles idéales mais simultanément hors de portée, le consommateur pourra établir ses objectifs et utiliser ses ressources en connaissance de cause.

La règle des 70%

C'est une autre source de frustration: comment accumuler l'épargne nécessaire pour produire un revenu de retraite égal à 70% de celui de la vie active?

«Ce chiffre ne vaut rien!» assure Éric Brassard. «Il provient des 35 années multipliées par 2% par année des régimes de retraite. Pour beaucoup de fonctionnaires, c'est même trop.»

En fait, malgré l'horreur que suscite le mot budget, la meilleure stratégie consiste encore à établir clairement ses dépenses actuelles, et à calculer de combien elles se trouveront réduites à la retraite. Enfants envolés, hypothèque payée, une voiture en moins, pas de cotisations au REER...

En faisant l'exercice, on découvrira peut-être qu'il faut en fait 50% des revenus de la vie active. «Il faut regarder sa situation, ses valeurs, avise M. Brassard. Certains ne ressentent pas le besoin de dépenser.»

Une maison à la mesure du budget (plutôt que l'inverse)

Idéalement - et nous disons bien idéalement -, il faudrait prévoir une épargne minimale dans le budget et acheter une maison de prix conséquent. «Souvent, les gens se font autoriser des prêts hypothécaires avant de magasiner, souligne la coordonnatrice de l'ACEF de la Rive-Sud de Québec, Thérèse Richer. L'autorisation est soi-disant évaluée en fonction de leur capacité de payer, mais dans la vraie vie, s'ils sont au maximum de leur capacité financière, ils n'ont pas le droit de connaître de malchance, leurs revenus ne doivent pas diminuer et il ne faut pas que la famille grossisse trop.»

Le couple qui nous a écrit aurait peut-être pu acheter une maison plus modeste. Mais reconnaissons qu'il y a un seuil au-dessous duquel la modestie s'appelle insalubrité. Depuis huit ans, le prix des maisons a grimpé beaucoup plus vite que les revenus. Dans la région métropolitaine, le prix médian des maisons unifamiliales a doublé, entre 2000 et 2008, passant de 143 500$ à 290 000$.

En 2000, le ménage médian de la région de Montréal devait payer trois fois ses revenus annuels pour se procurer une maison ordinaire. En 2008, elle vaut probablement près de 4,5 fois le revenu médian (une approximation, car le revenu médian pour 2008 n'est pas disponible).

Un peu de psychologie à deux sous

Il n'est pas possible d'épargner comme vous le voudriez - ou comme certains voudraient que vous le fassiez - pendant les années d'intense activité familiale? Pas de panique. Pas de culpabilité. «Si on n'a pas de surplus d'argent, on mange quand même trois fois par jour. Ça se fait encore au Québec, vous savez», ironise le planificateur financier Pierre Larose. «Je suis locataire et il y a des gens qui le sont toute leur vie. L'essentiel est de bien vivre sans faire d'excès.»

C'était l'objectif du conseiller budgétaire Bertrand Rainville, qui a toujours travaillé dans le milieu communautaire (pas spécialement réputé pour sa rémunération somptuaire), qui a élevé quatre enfants, et qui atteindra bientôt la retraite sans régime de retraite et sans angoisse. «Tu es tributaire de tous tes choix de vie, quand tu approches de ta retraite, dit-il. J'y arrive et ça ne me stresse pas du tout.» Cette sérénité repose tout de même sur une épargne dosée et mesurée. «On dit souvent à nos clients d'oublier l'épargne pendant deux ou trois ans, relate le comptable et planificateur Éric Brassard. L'objectif est d'avoir un train de vie stable, mais ça ne veut pas dire que l'épargne doive être au même niveau, année après année.»

C'est aussi la philosophie professée par Pierre Larose. «Très peu de gens parlent de qualité de vie avec leurs clients, souligne-t-il. Si un couple de 32 ans avec deux enfants se trouve devant l'alternative de mettre 2500$ dans les REER ou de faire un voyage à Cuba avec ses deux jeunes enfants, je préférerais qu'il aille à Cuba. Ça évitera peut-être une dépression dans trois ans.» Pas de panique, d'accord. Mais comme le dit le planificateur Martin Dupras, «le réflexe d'épargner est pratiquement toujours sain».

 




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