La valeur du dollar canadien pourrait reculer jusqu’à 70 cents US d’ici la fin de l’année, anticipent les économistes de la Banque Nationale dans leur plus récente analyse du marché des devises.

Gravitant actuellement autour de 74 cents US, le dollar n’a flirté avec les 70 cents US que très peu de temps en mars 2020, au moment du Grand Confinement.

De l’avis des économistes de la Nationale, la principale cause de cette dévalorisation du huard par rapport au dollar américain pourrait être une baisse de taux d’intérêt par la Banque du Canada afin d’éviter que s’aggrave le ralentissement de l’économie, et alors que sa lutte contre l’inflation semble pratiquement accomplie.

Dans l’énorme et très dynamique marché des devises, une baisse du taux d’intérêt dans une monnaie comme le dollar canadien signifie souvent pour les investisseurs une réduction du rendement potentiel de cette monnaie par rapport aux autres devises comparables, et donc une réduction de son attrait.

Dans le cas du dollar canadien, ce principal concurrent dans le marché des devises n’est nul autre que le puissant dollar américain.

Les économistes de la Banque Nationale notent dans leur plus récente analyse du marché des devises que la conjoncture économique aux États-Unis demeure plus dynamique que celle du Canada.

Avec la persistance de l’inflation à un niveau plus élevé que la cible de la Réserve fédérale américaine, la possibilité d’une baisse de taux d’intérêt aux États-Unis continue d’être reportée de mois en mois. Et ces reports successifs contribuent au maintien d’une plus-value attribuée au dollar américain par rapport aux autres devises du monde industrialisé, dont le dollar canadien.

« Cette faible performance du dollar canadien par rapport aux autres monnaies peut être attribuée à des données économiques décevantes au Canada. En fait, la politique monétaire restrictive [taux d’intérêt élevé] de la Banque du Canada ne se justifie plus », indique Stéfane Marion, économiste en chef de la Banque Nationale.

Par conséquent, « nous continuons de penser que les baisses de taux seront plus agressives de ce côté-ci de la frontière. Nous voyons le taux de change du dollar canadien avec le dollar américain dépasser le seuil du 1,40 $ CAN/1 $ US [ou sous 71 cents US/1 $ CAN] au second semestre de 2024. »

Si elle s’avère, cette prévision d’un dollar canadien en repli à 70 cents US en fin d’année de la part des économistes de la Banque Nationale pourrait signaler des pressions haussières sur le coût des importations de biens et de services pour les consommateurs et les entreprises au Canada.

Entre autres, le coût final des carburants qui se négocient en dollars américains pourrait augmenter. De même que le coût final en dollars canadiens des nombreux aliments importés des États-Unis et achetés par les consommateurs canadiens.

Aussi, le coût total en dollars canadiens des dépenses de voyage à l’étranger des Canadiens – aux États-Unis en particulier – pourrait subir des pressions haussières en conséquence d’une éventuelle baisse de la valeur du dollar canadien sur le marché des devises.

Mais avant d’en venir là, il faudra évidemment que se réalise la prévision des économistes de la Banque Nationale d’un dollar canadien abaissé à 70 cents US d’ici la fin de l’année.

Pour le moment, cette prévision apparaît très audacieuse en comparaison des plus récentes perspectives du marché des devises qui ont été mises à jour par les économistes des principales institutions bancaires au Canada.

En moyenne, leurs prévisions du taux de change du dollar canadien par rapport au dollar américain d’ici la fin de l’année le situent encore aux environs de 75 cents US. Entre-temps, les fluctuations du taux de change d’un trimestre à l’autre devraient se limiter aux environs de 74 cents US.

Son de cloche différent chez Desjardins

De l’avis des économistes du Mouvement Desjardins, « l’évolution des attentes à l’égard des politiques monétaires risque encore d’alimenter beaucoup de mouvements à court terme [des taux de change]. Les devises des pays où les taux directeurs seront pressentis d’être abaissés plus rapidement pourraient connaître plus de faiblesse », indiquent-ils dans leur plus récent rapport de « Prévisions des devises ».

Mais à la différence de leurs vis-à-vis à la Banque Nationale, les économistes de Desjardins signalent que leur « scénario de base mise sur une assez grande homogénéité dans la réduction des taux directeurs parmi les principales banques centrales en 2024 ».

Entre-temps, « même si le risque de report des baisses de taux apparaît plus grand aux États-Unis, nous prévoyons que les données économiques continueront de se modérer prochainement » en faveur d’une baisse de taux par la Fed.

Par conséquent, anticipe Jimmy Jean, vice-président et économiste en chef chez Desjardins, « à travers tout ça, notre dollar canadien devrait probablement se maintenir près de 74 cents US dans les prochains mois ».

Ensuite, conclut Jimmy Jean, « une reprise de l’activité économique mondiale en seconde moitié de 2024 et en 2025 avec une remontée des prix des matières premières devrait aider le dollar canadien à se réapprécier quelque peu » par rapport au dollar américain.