Les économistes se sont gourés, une fois de plus. Remarquez que je ne leur en veux pas, puisque l’ampleur du choc de la pandémie sur l’économie était difficile à prévoir.

Publié le 26 juin 2021

Je leur en veux d’autant moins qu’ils ont péché par excès de prudence. Et qu’aujourd’hui, le boom économique apporte son lot de bonnes nouvelles, notamment la forte révision à la baisse des déficits budgétaires des gouvernements.

Mercredi, le gouvernement du Québec a ainsi allégé son déficit pour la troisième fois en trois mois, du jamais vu. La baisse de 2 milliards annoncée mercredi s’ajoute aux deux autres d’avril et de mai, qui totalisaient 3 milliards.

Au bout du compte, une fois tous les impôts collectés et les dépenses calculées, le déficit pour l’année terminée le 31 mars 2021 sera donc de 10 milliards au lieu de 15 milliards. Cet écart de 5 milliards, ou 33 %, est majeur. Et il est de bon augure pour les années à venir.

En mars, le ministre des Finances, Eric Girard, avait avisé les électeurs que le gouvernement ne serait pas en mesure de retourner à l’équilibre budgétaire avant sept ans. Et que le déficit passerait à 12,3 milliards durant l’exercice 2021-2022 (cette année), avant de reculer éventuellement à 6,5 milliards au cours des années suivantes.

Le ministre considérait ces 6,5 milliards comme structurels, c’est-à-dire indépendants de la conjoncture économique, essentiellement. Et il parlait d’« écart à résorber » de l’ordre de 1,3 milliard par année pendant quatre ans. Traduction : il faudra des mesures douloureuses pour l’effacer… après les élections, bien entendu.

Or, aujourd’hui, avec les 5 milliards de moins de 2020-2021, tout laisse croire que les « écarts à résorber » seront plus légers. D’autant que le Québec recevra de nouveaux chèques d’Ottawa pour le financement de son système de garderie, si tout va comme prévu.

À terme, les chèques pour les garderies feraient passer le déficit structurel annuel de 6,5 milliards à moins de 5 milliards. Et maintenant, qui sait ce que deviendront ces prévisions avec le boom économique des derniers mois.

En entrevue à Radio-Canada mercredi, Eric Girard a dit qu’il était prématuré d’évoquer des déficits moindres pour les prochaines années. Il a parlé des possibilités d’une quatrième vague de COVID-19 à l’automne, qui aurait des impacts économiques. Une mise à jour sera faite à l’automne, comme d’habitude.

Qu’est-ce qui explique le rebond budgétaire, au juste ? En combinant les baisses de déficit des trois derniers mois, on peut séparer l’embellie de 5 milliards en trois parties.

D’abord, le boom économique a permis au gouvernement d’engranger 2 milliards de plus de recettes que prévu. Ces recettes viennent de l’impôt des particuliers, de l’impôt des sociétés et des taxes à la consommation, notamment.

Ensuite, la pandémie a eu pour effet de réduire certaines dépenses qui étaient tout de même restées dans les livres. Par exemple, de nombreux travaux ont été reportés en raison des confinements, qu’on pense à ceux sur les routes ou pour les logements, par exemple. Total économisé : 1,8 milliard.

Enfin, le gouvernement n’a pas eu besoin d’utiliser sa provision pour risques économiques de 1,3 milliard.

À la fin de mai, Ottawa avait fait le même genre d’annonce. Ainsi, le déficit fédéral de 2020-2021 ne sera pas de 399 milliards, comme on le craignait pendant un certain temps, ni même de 354 milliards, comme annoncé lors du budget d’avril 2021, mais plutôt de 314 milliards. Une fois de plus, l’écart est majeur, et il s’explique par la résilience de l’économie, entre autres.

Boom économique

Pour vous donner une idée de cette résilience, jetons un œil sur les prévisions des économistes, justement.

En février, le Mouvement Desjardins prévoyait que le PIB réel du Québec serait en croissance de 4,5 % au Québec en 2021, et la Banque Nationale, de 3,9 %. Or, le boom économique des derniers mois a obligé les deux institutions financières à ajuster leurs flûtes. Leurs prévisions respectives pour 2021 sont ainsi passées à 7,2 % et à 6,5 %. Il s’agit d’un écart majeur en si peu de temps.

Pour sa part, le ministère des Finances avait prévu dans son budget un PIB réel en croissance de 4,2 % en 2021, après le recul de 5,3 % de 2020. Le ministère des Finances ne change pas ses prévisions entre ses énoncés économiques ou budgétaires (1). « Les mesures sanitaires en début d’année ont été moins mordantes qu’on pouvait s’y attendre. Les entreprises ont réussi à s’y adapter plus facilement », m’explique Deren King, de la Banque Nationale.

L’économiste rappelle qu’en début d’année, la campagne de vaccination accusait des retards au Canada, notamment en raison des livraisons, laissant craindre qu’il faille plus de temps pour un retour à la normale.

L’économiste Francis Généreux, de Desjardins, affirme pour sa part que « l’économie a mieux réagi aux deuxième et troisième confinements un peu partout dans le monde. L’effet négatif sur l’économie a été pas mal moins important que durant le premier confinement ».

Bref, non seulement la pandémie semble tirer à sa fin au pays, mais l’économie connaît une poussée qui ne semble pas près de s’arrêter, avec la réouverture des restaurants et autres activités jusque-là proscrites. Youppi !

1. Le fort rebond économique du premier trimestre de 2021 se reflète pour un trimestre dans l’année financière 2020-2021 du gouvernement du Québec, terminé le 31 mars 2021.