(Toronto) Doug Ford a reconnu mardi que son gouvernement pourrait en faire davantage pour atténuer les pressions sur le système de santé en Ontario. Mais dans son discours du Trône, il ne propose aucune nouvelle solution à ce problème qui a entraîné la fermeture temporaire de salles d’urgence cet été.

Mis à jour le 9 août
Allison Jones La Presse Canadienne

La lieutenante-gouverneure Elizabeth Dowdeswell a fait la lecture du discours du Trône du nouveau gouvernement Ford, qui marque le début d’une nouvelle session législative après l’élection de juin. Le gouvernement progressiste-conservateur soutient seulement qu’il travaille avec les différents intervenants du système de santé pour trouver des solutions.

M. Ford est premier ministre depuis 2018, et dans le discours du Trône, il vante ses réalisations passées dans le domaine de la santé, notamment l’ajout de milliers de lits d’hôpitaux et l’embauche d’infirmières, les investissements dans les soins à domicile et communautaires, l’introduction d’une subvention pour attirer des professionnels de la santé dans les régions rurales et éloignées, et le projet d’offrir 30 000 nouveaux lits de soins de longue durée.

« Ces investissements historiques ont contribué à soutenir le système de soins de santé de la province pendant la plus difficile période de l’histoire moderne, mais il ne fait aucun doute que, comme les systèmes de soins de santé de partout au Canada, il continue de subir des pressions importantes, y compris des effectifs épuisés et des salles d’urgence dont le niveau de stress est en croissance », indique le gouvernement dans le discours du Trône.

« Plus encore peut être fait. Votre gouvernement collabore activement avec ses partenaires du système de santé pour identifier les solutions urgentes et possibles et prendra toute mesure nécessaire pour atténuer les pressions immédiates tout en veillant à ce que la province soit prête à demeurer ouverte s’il y avait une flambée hivernale », ajoute le gouvernement Ford.

Les salaires des infirmières

Les salles d’urgence de plusieurs hôpitaux de l’Ontario ont dû fermer cet été pendant des heures, voire des jours, à cause d’une pénurie de personnel soignant, selon les observateurs.

Plusieurs intervenants ont exhorté le premier ministre Ford à abroger la « loi 124 » de 2019, qui plafonne à 1 %, pendant trois ans, les augmentations de salaire dans le secteur public. Ils estiment que cette loi nuit aux efforts de recrutement et de rétention des infirmières dans le réseau public.

Doris Grinspun, PDG de l’Association des infirmières autorisées de l’Ontario, aurait aimé que des mesures soient prises plus rapidement. « Ce qui a été fait, ce sont des petits pas de bébé, et nous avons besoin de pas de géant […] pour nous sortir de cette pénurie massive d’infirmières », a-t-elle déclaré après le discours du Trône.

Cathryn Hoy, présidente de l’Association des infirmières de l’Ontario, a estimé que M. Ford avait ignoré les solutions demandées par son organisation, notamment l’abrogation de la « loi 124 » et l’amélioration des conditions de travail des infirmières.

« Le discours du Trône et ce gouvernement prétendent que la crise est un problème à court terme et disent que les actions nécessaires pour faire face à la crise des soins de santé n’ont pas encore été déterminées, a déclaré Mme Hoy dans un communiqué.

« Cette crise est tout sauf temporaire, et le gouvernement doit prendre conscience de ce fait et écouter les solutions que nous avons proposées et qui existent. »

M. Ford indique seulement dans son discours du Trône que tout en s’efforçant de lutter contre les « facteurs de stress à courte échéance », il fera des investissements à long terme, mais « ne se laissera pas limiter par des modes de pensée conventionnels qui freinent l’innovation et préservent un statu quo ».

Personnes handicapées

Le discours du Trône précise également que le gouvernement Ford, comme il l’avait promis en campagne, augmentera de 5 % les prestations d’invalidité aux personnes handicapées et indexera les augmentations futures à l’inflation. Il a aussi fait une nouvelle promesse, qui sera incluse dans le budget : verser une somme additionnelle de 225 millions sur deux ans « en subventions directes aux parents qui aident leurs enfants à se rattraper » dans leur apprentissage.

Le ministre des Finances, Peter Bethlenfalvy, n’a pas voulu dire quels montants les parents recevraient, s’ils allaient être directement liés au tutorat ou s’ils allaient être soumis à des conditions de ressources financières. Les détails viendront plus tard, a-t-il dit.

Ces deux mesures seront financées par le fonds de prévoyance, a déclaré le gouvernement.

Le ministre Bethlenfalvy a réintroduit le budget immédiatement après le discours du Trône. Le document est inchangé par rapport à celui qui avait été déposé ce printemps, mais qui n’avait pas pu être adopté en Chambre avant le déclenchement des élections.

Les partis d’opposition ont d’ailleurs critiqué le gouvernement pour son manque de nouvelles propositions dans le discours du Trône ou de changements au budget de fin avril, malgré une inflation beaucoup plus élevée maintenant qu’elle ne l’était au printemps, et une crise dans le système de santé.

Par contre, les projections du gouvernement ont changé depuis : on prévoit maintenant un déficit de 18,8 milliards cette année, en baisse par rapport aux 19,9 milliards avancés par les conservateurs au printemps, en raison de recettes fiscales plus élevées que prévu.

Les recettes tirées de l’impôt des particuliers devraient augmenter de 941 millions, la taxe de vente de 597 millions et l’impôt des sociétés de 417 millions, estime le gouvernement. Toutefois, les revenus des droits de cession immobilière devraient diminuer de 787 millions, en raison du ralentissement du marché de l’habitation.

Le ministre Bethlenfalvy a déclaré qu’il était prudent d’utiliser 1,1 milliard pour réduire le déficit plutôt que pour les dépenses de programmes, compte tenu de l’incertitude économique mondiale.

Le discours du Trône a d’ailleurs commencé par évoquer un « sentiment grandissant d’insécurité » en Ontario comme partout dans le monde, au milieu de la COVID-19, d’une inflation élevée et de la guerre en Ukraine, en particulier de ses impacts sur les chaînes d’approvisionnement.

« Et les dépenses sans précédent pendant toute la pandémie ont créé de nouveaux défis fiscaux ici, en Ontario, et dans tout le Canada, qui nécessiteront une gestion économique prudente dans les mois et années à venir », prévient le gouvernement progressiste-conservateur.

« Pris ensemble, ces problèmes fiscaux et économiques qui surgissent ne peuvent être sous-estimés ou ignorés. Il faut y faire face. Et il n’y a pas de solution facile. »

Fiscalité

Le discours a aussi souligné la hausse des taux d’intérêt en réponse à une inflation élevée, et le gouvernement prévient que l’Ontario, comme le reste du pays, devait se préparer à la possibilité d’un ralentissement économique à court terme.

M. Ford s’engage à tracer une voie à suivre basée sur la croissance économique, « pas sur de douloureuses augmentations d’impôt ou réductions de dépenses ».

Le discours du Trône vante aussi largement les éléments clés du programme de M. Ford, notamment la construction d’autoroutes et d’autres infrastructures, l’attraction d’investissements dans la fabrication de véhicules électriques et une stratégie de métiers spécialisés qui vise à remédier à une pénurie de main-d’œuvre.

M. Ford promet aussi de confier plus de pouvoirs aux maires de Toronto et d’Ottawa, afin d’accélérer la construction de logements.