Une pétition pour que les États-Unis « rendent » au Canada le territoire appelé l'Angle du nord-ouest du Minnesota, situé entre le Manitoba et l'Ontario, vient d'être lancée afin de corriger une erreur de cartographie historique.

Mis à jour le 6 janv. 2019
FANNY LÉVESQUE  LA PRESSE

« Rendez sa grandeur à l'Amérique en corrigeant cette erreur importante », est-il écrit dans le libellé du document, allusion au slogan employé par le président Donald Trump lors de sa campagne électorale. Mise en ligne le 30 décembre dernier par un auteur anonyme, la pétition compte pour l'heure un peu moins de 4000 signatures.

L'Angle du nord-ouest (Northwest Angle) est une parcelle de terre, la seule à l'exception de l'Alaska, qui se trouve au-dessus du 49e parallèle et est en territoire américain. Quelque 120 âmes habitent cette petite région à l'est du Manitoba. En hiver, les résidants sont d'ailleurs obligés de passer par le Canada pour atteindre le Minnesota.

« Il s'agit d'une anomalie frontalière, comme il y en a quelques-unes entre le Canada et les États-Unis, qui résulte d'un héritage historique », explique Frédéric Lasserre, professeur au département de géographie de l'Université Laval. 

« Quand on a commencé à tracer les frontières, au XVIIIe siècle, il y avait un continent immense à arpenter rapidement. »

- Frédéric Lasserre, professeur au département de géographie de l'Université Laval

Les limites du secteur appelé « l'Angle » ont été définies dans le traité de Paris, signé en septembre 1783, qui a mis un terme à la guerre d'Indépendance des États-Unis. Il a été négocié à l'époque que la frontière entre les deux pays passerait « par le lac des Bois jusqu'au point le plus au nord-ouest de ce dernier et, de là, sur un axe plein ouest jusqu'au fleuve Mississippi ».

« Sauf qu'on pensait alors que la source du Mississippi était beaucoup plus au nord qu'elle ne l'est vraiment », indique M. Lasserre. Les termes du traité de Paris s'appuyaient sur la carte de John Mitchell, qui indiquait à tort que le Mississippi avait un cours beaucoup plus long. « On a donc entériné cette erreur cartographique » en signant le traité, illustre le professeur.

Une anomalie parmi d'autres

Selon M. Lasserre, il est peu probable que le gouvernement des États-Unis cède « l'Angle » au Canada. « Je pense que c'est loin d'être une priorité tant pour le Canada que pour Washington », indique-t-il. Par ailleurs, il croit que de « rouvrir la question du traité frontalier » créerait un précédent puisque d'autres anomalies du genre ont été répertoriées. « On ferait quoi avec les autres ? », demande-t-il.

Il cite la ville de Pohénégamook, dans le Bas-Saint-Laurent, qui se situe sur la frontière avec le Maine, ou celle de Stanstead, qui est contiguë à la ville de Derby Line, au Vermont. Il y a aussi Point Robert, un territoire américain non incorporé, qui se trouve sur la pointe sud de la péninsule Tsawwassen à Vancouver, en Colombie-Britannique.

Reste que le cas peu commun de « l'Angle » suscite l'intérêt. La chaîne américaine CBS y avait déjà consacré un reportage en 2016.

Le quotidien français Le Monde s'est aussi intéressé à la pétition tout juste déposée sur la plateforme appelée We the People, sur le site de la Maison-Blanche.

Cette section du site lancée en 2011 permet à la population américaine de créer une pétition et d'obtenir un suivi officiel si le document parvient à réunir 100 000 signatures en 30 jours.