Six organismes communautaires s’unissent et dénoncent à leur tour le caractère « démesuré » et « violent » de l’opération de démantèlement du campement Notre-Dame, survenue lundi dans le quartier Hochelaga-Maisonneuve. La Ville, de son côté, réitère qu’elle n’avait pas d’autre choix, vu les circonstances.

Henri Ouellette-Vézina Henri Ouellette-Vézina
La Presse

« Mobiliser 250 policiers à cheval, en vélo, en voiture, avec des anti-émeutes et même un hélicoptère, c’était complètement démesuré. Ils ont même menacé les campeurs d’arrestation, en les obligeant à quitter. C’est inacceptable », explique la responsable de la mobilisation du comité BAILS, Marine Armengaud.

En matinée, mardi, son groupe a appelé la Ville au dialogue, au côté de plusieurs autres organismes, dont l’Anonyme, Dopamine, le Réseau d’aide aux personnes seules et itinérantes (RAPSIM), la Table des organismes communautaires montréalais de lutte contre le sida (TOMS) ainsi que Chez Stella.

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La veille, la mairesse Valérie Plante avait avoué avoir été ébranlée par l’incendie qui s’est déclaré samedi matin dans une tente sur le site du campement. C’est cet incident qui a mené au démantèlement, car les risques de sécurité étaient trop grands, selon les autorités. « Près des flammes, il y avait une bonbonne de propane qui aurait pu exploser. Moi, ça m’a bouleversée », a souligné Mme Plante.

Mais cet argument ne passe pas dans le réseau communautaire, dit Mme Armengaud. « Ces motifs ne sont pour nous qu’un prétexte pour cacher l’itinérance. Plusieurs organismes avaient demandé à la Ville d’offrir des formations, ou d’offrir des installations plus sécuritaires. Rien de ça n’a jamais été fait », scande-t-elle.

On isole encore davantage ces personnes. Elles s’établiront dans d’autres campements, ou mourront dans la rue. […] Chaque jour, il y a des risques d’incendie dans des appartements, et on ne vide par des logements pour autant.

Marine Armengaud, porte-parole du comité BAILS

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La Ville ouverte à discuter

Interpellé à ce sujet, le cabinet de Valérie Plante assure qu’il entend les préoccupations. « Nous souhaitons continuer de travailler avec eux et le réseau de la santé pour trouver des solutions. Les besoins des personnes en situation d’itinérance sont multiples », répond l’attachée de presse, Geneviève Jutras, qui reconnaît que l’opération de démantèlement était « complexe et délicate, notamment en raison des manifestations ». « Il fallait agir rapidement pour éviter une catastrophe humaine », lâche-t-elle toutefois.

La directrice de l’Anonyme, Sylvie Boivin, se dit « choquée » par l’opération policière. « Il est totalement inacceptable qu’on ait refusé l’accès au site aux intervenants qui offrent un soutien psychosocial aux campeurs depuis plusieurs mois dans ces moments difficiles », a-t-elle dénoncé. Au RAPSIM, l’organisatrice communautaire Laury Bacro a aussi demandé des investissements conséquents. « Les campements se multiplient sur l’île de Montréal et des réponses urgentes sont demandées », a-t-elle lancé.

Montréal soutient que la situation illustre surtout la nécessité d’investir davantage dans la construction de logements sociaux, et demande à Québec de la soutenir. Quelque 25 000 ménages sont sur une liste d’attente pour obtenir un logement social actuellement. « Ce sont des gens qui sont à risque de tomber dans l’itinérance », s’est inquiétée lundi la mairesse Plante, en assurant qu’il y aurait de la place pour tous les anciens campeurs de la rue Notre-Dame dans l’hôtel Place Dupuis, réaménagé en refuge cet automne.