(Montréal) Un organisme communautaire dénonce la manière dont l’opération de démantèlement du campement de la rue Notre-Dame est gérée, critiquant notamment le recours au gaz poivre. Valérie Plante rétorque que la Ville n’avait pas le choix d’intervenir.

Véronique Lauzon Véronique Lauzon
La Presse

Isabelle Ducas Isabelle Ducas
La Presse

À la suite d’un incendie à l’intérieur d’une des tentes samedi, le Service de sécurité incendie de Montréal (SIM) a ordonné l’évacuation du campement de sans-logis situé près de la rue Notre-Dame Est, dans le quartier Hochelaga-Maisonneuve, où se trouvait encore une soixantaine de tentes.

Tôt lundi matin, le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) a ainsi installé un périmètre de sécurité autour du campement pour commencer l’évacuation.

Louise Desrosiers, chef de section au SIM, a précisé lundi vers 11 h que tout se passait « dans le calme » et que les autorités avaient déjà évacué une vingtaine de personnes. « Il nous en reste environ une quarantaine. Donc, on prévoit passer une partie de la journée ici pour s’assurer que tout se passe bien dans le respect de nos citoyens. »

Démantèlement du campement Notre-Dame

  • PHOTO PATRICK SANFAÇON, LA PRESSE

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Tout près du périmètre de sécurité, des manifestants exprimaient leur désaccord. « Évincez le SPVM », pouvait-on lire sur une affiche. « Soutien aux campeurs », lisait-on sur une autre. Devant eux, des agents du Groupe d’intervention s’assuraient qu’ils ne pénétraient pas à l’intérieur du périmètre de sécurité.

Loin de considérer que tout se passait « dans le calme », Laury Bacro trouvait plutôt « terrible » et « extrêmement problématique » la manière dont l’opération était gérée. « À 7 h 30, j’étais sur Notre-Dame avec une trentaine de personnes qui étaient là en solidarité. On a été poussés et poivrés par les policiers », a dit l’organisatrice communautaire du Réseau d’aide aux personnes seules et itinérantes de Montréal (RAPSIM).

Elle a déploré également que les travailleurs sociaux ne puissent avoir accès au site pour collaborer avec les policiers. « Les organismes communautaires, qui sont en relation avec ces personnes depuis des mois, ne peuvent pas avoir accès aux campeurs. Il n’y a donc aucun soutien qui est possible. Les campeurs sont vraiment isolés. »

Comme l’a expliqué Mme Desrosiers, du SIM, lorsque les citoyens sont évacués, les autorités numérotent leur tente pour que leurs effets personnels soient ensuite entreposés. Pour ce qui est des campeurs, « ils sont pris en charge par des organismes en collaboration avec des partenaires avec la Ville. On prend soin d’eux pour s’assurer qu’ils soient dans un endroit sécuritaire et qu’ils aient tout le nécessaire pour les jours à venir », a expliqué Louise Desrosiers.

Encore quelques campeurs pliaient et rangeaient leur tente, lundi en fin d’avant-midi. Près d’un campement, un drapeau de pirate se trouvait à côté de la porte d’entrée. Un autre avait une affiche « Au moins une place au frête criss ! » Tout près d’un sapin de Noël, un chien tournait autour de son maître qui rangeait lentement ses effets personnels.

« On n’a pas mis de barrière de temps. Ça va durer le temps que ça va durer, a ajouté Mme Desrosiers à propos du démantèlement qui pourrait prendre plusieurs heures. On va le faire comme il faut, dans le respect de nos citoyens. »

Valérie Plante « bouleversée »

En conférence de presse, la mairesse de Montréal, Valérie Plante, a avoué avoir été ébranlée par l’incendie qui s’est déclaré samedi matin dans une tente sur le site Notre-Dame, ce qui a mené à l’opération démantèlement de lundi.

PHOTO MARTIN TREMBLAY, LA PRESSE

La mairesse de Montréal, Valérie Plante

La décision d’ordonner l’évacuation des lieux a été difficile à prendre, a-t-elle admis, mais les risques pour la sécurité étaient trop grands, selon elle.

« Près des flammes, il y avait une bonbonne de propane qui aurait pu exploser, a-t-elle souligné. Moi, ça m’a bouleversée. Alors quand le service des incendies a décidé que le site n’était plus sécuritaire, qu’il fallait évacuer, j’ai entériné cette décision avec le ministère des Transports. »

Mme Plante a rappelé que la Ville de Montréal demande depuis longtemps au gouvernement du Québec d’investir des sommes supplémentaires pour la construction de logements sociaux, ce qui est une solution à long terme au problème de l’itinérance.

« On a 25 000 ménages qui sont sur une liste pour avoir un logement social, a-t-elle lancé. Ce sont des gens qui sont à risque de tomber dans l’itinérance en attendant qu’on leur trouve un logement. »

Valérie Plante a assuré que, dans l’immédiat, il y avait de la place pour tous les anciens « campeurs » de la rue Notre-Dame au refuge aménagé dans l’hôtel Place Dupuis cet automne, ou dans d’autres ressources pour sans-abri.

« Dès ce soir, il va y avoir de la place pour tous ceux qui étaient au camping Notre-Dame », a-t-elle assuré. « Notre volonté à la Ville, c’est de s’assurer que tout le monde ait un toit au-dessus de sa tête. C’est sûr que des gens vont dire qu’ils seraient mieux dans leur tente que dans une chambre double, je comprends. Mais on ne peut pas laisser des gens dormir dehors cet hiver. »