Il y a de quoi être mêlés. La semaine dernière, une manchette de l’Agence France-Presse nous a mis en garde : « La pandémie est ‟loin d’être terminée”, selon le patron de l’OMS ».

Publié le 25 janvier

À peine cinq jours plus tard, nouvelle manchette, même agence : « Avec Omicron, une fin de la pandémie en Europe est ‟plausible”, dit l’OMS ».

Confusion, puis lueur d’espoir dans nos cœurs confinés. Oh, toute mince, la lueur. Aussi fugace que cette lumière au bout du tunnel dont parle souvent François Legault.

Parce qu’il faut bien le dire, l’Organisation mondiale de la santé n’a pas le monopole des messages contradictoires par les temps qui courent.

François Legault nous promet une fois de plus cette fameuse lumière au bout du tunnel. Christian Dubé, lui, nous prévient sombrement que les travailleurs de la santé sont au bout… du rouleau.

Lui-même à bout de patience, le ministre Dubé a d’ailleurs lâché récemment que si les gens refusaient de se faire vacciner, alors « qu’ils restent chez eux ! ! ! »

Lundi, pourtant, son collègue Lionel Carmant a assuré qu’on les prendrait par la main, ces non-vaccinés, pour les convaincre gentiment, patiemment, un à un s’il le fallait…

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Oui, il y a de quoi être mêlés. Pour faire bonne mesure, nos dirigeants ne se gênent pas pour nous renvoyer nos propres contradictions au visage.

On ne peut pas dire qu’il faut écouter la science, d’une part, et refuser de suivre les directives de la Santé publique quand elles ne font pas notre affaire, d’autre part, a grincé le premier ministre en point de presse, la semaine dernière.

La pandémie est pleine de paradoxes, comme ça.

Celui-ci, par exemple : plus les vaccins sont efficaces à prévenir les morts et les formes graves de la maladie, plus il est difficile de convaincre les sceptiques de leur utilité, puisque ces derniers observent que, de toute façon, les symptômes ne sont pas si graves…

Autre paradoxe : ces manifestations, abondamment couvertes par les médias, où les participants se plaignent à tous les micros d’être victimes d’une censure absolue.

Il y a aussi ceux qui disent qu’un entrepreneur, comme la désormais célèbre pâtissière de Jonquière, ne devrait pas payer pour les ratés du système de santé. Ça se défend, bien sûr. Mais alors, qui paiera pour ces ratés, pour le délestage, si on laisse le virus circuler et les hôpitaux déborder ?

Ceux qui paieront, ce sont ceux qui auront le malheur de tomber malades. Vous, moi, n’importe qui. Des chômeurs, des entrepreneurs. Peut-être même des pâtissières.

Et puis, il y a ceux qui sont contre la vaccination obligatoire, qui se traduirait par l’imposition d’une amende ou d’un impôt quelconque aux non-vaccinés, mais qui sont en faveur d’une contribution santé, qui se traduirait par l’imposition d’une amende ou d’un impôt quelconque aux non-vaccinés.

Pour ma part, je ne suis ni pour ni contre, bien au contraire.

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Est-ce le début de la fin d’Omicron ?

Est-ce qu’on entre effectivement dans une nouvelle phase de la pandémie, où l’on apprendra à traiter la COVID-19 comme une maladie endémique ? Comme la grippe ?

On se le souhaite. Maintenant que le Québec semble avoir atteint le sommet de la vague, on aspire à un retour rapide à la normalité. Le problème, c’est que personne ne sait ce que nous réserve la queue de cette vague. Elle pourrait s’écraser rapidement. Ou traîner longtemps.

Les scientifiques nous mettent d’ailleurs en garde : il est trop tôt pour annoncer la phase endémique de la COVID-19. Le virus reste imprévisible et instable. Il met toujours les systèmes de santé sous pression. On n’en est pas au niveau de la grippe saisonnière. Pas encore.

Il y a les optimistes qui pensent que l’explosion des contaminations par Omicron permettra à la population mondiale d’atteindre l’immunité collective.

Il y a les pessimistes qui rétorquent que cette explosion permettra plutôt au virus de se répandre et de générer des tas de nouveaux variants.

Ceux-ci préviennent qu’on risque d’avoir à apprendre un paquet de nouvelles lettres grecques au cours des prochains mois, voire des prochaines années…

Omega sera-t-il moins virulent qu’Omicron ? Peut-être. Mais peut-être pas. Peut-être résistera-t-il aux vaccins.

La vérité, c’est que personne ne le sait.

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On peut cependant prédire une chose : les gestes que nous ferons dans les prochaines semaines façonneront en partie la forme que prendra l’autre versant de la montagne Omicron. Court et escarpé ou en longue, en interminable pente douce.

Le pic passé, on voudra croire la crise derrière nous. On laissera tomber les masques, on se permettra quelques incartades. Le nombre de contaminations dépendra de l’ampleur du relâchement.

Alors, on fera face à ce dernier paradoxe : plus on voudra sortir rapidement de cette pandémie, plus on risque de s’y embourber longtemps.