Le départ d’Horacio Arruda m’a amené à réfléchir ces derniers jours à la pression, la maudite pression avec laquelle nous devons vivre au quotidien.

Publié le 16 janvier

De nos jours, personne n’est à l’abri. Tout le monde la subit.

Des milliers d’élèves vont la retrouver cette semaine, le personnel enseignant aussi, de même que les parents qui replongent dans le télétravail, les gestionnaires qui doivent diriger à distance, les médecins et les infirmières qui vont devoir composer avec le fameux « pic ».

Cette pression fait partie de nos vies, et c’est un peu notre faute. Nous l’avons banalisée, intégrée, je dirais même magnifiée. Nous sommes maintenant évalués en fonction de notre capacité à gérer la pression et nous trouvons cela tout à fait normal.

Nous avons créé des modèles suprêmes de pression. Combien de fois avons-nous entendu dire que Céline Dion était devenue la plus grande chanteuse au monde grâce à sa voix, mais aussi à sa façon de donner le meilleur d’elle-même dans des moments d’énorme pression ? Les Oscars, les Jeux olympiques d’Atlanta, le Stade de France… Chaque fois, Céline a galvanisé, électrisé. Céline a été une machine.

Les milliers d’athlètes qui s’apprêtent à converger vers Pékin sont conditionnés à vivre, à respirer, à transpirer avec la pression. Vous imaginez la charge de stress qu’ils encaissent ? Et les moyens qu’ils développent pour composer avec ça ?

On ne cesse de nous répéter qu’il y a du bon dans le stress et la pression. Alors, on accepte ça jusqu’à recevoir, sans qu’on le sache, une insupportable et néfaste pression.

La pression est un barème, vous disais-je. Et gare à ceux qui ne sont pas capables de la subir. À la fameuse question posée en entrevue, « êtes-vous capable de travailler sous pression ? », combien de personnes osent dire non ?

La pression qu’on nous inflige (ou que nous nous imposons) accompagne cette foutue obsession de l’évaluation du rendement. On a vécu notre enfance à espérer de petites étoiles dans nos cahiers. Maintenant adultes, on espère le plus grand nombre de likes pour une publication.

Cette « évaluite aiguë » dont nous sommes atteints frôle le délire. On nous demande d’évaluer la propreté des toilettes d’une station-service, mais au fond, c’est le travail de Jérémie, le jeune employé payé au salaire minimum qui a nettoyé les chiottes deux heures plus tôt, qu’on nous demande de juger.

La pression est plus présente dans notre vie parce que les occasions de comparer notre quotidien moche et ordinaire à celui qui paraît exaltant chez les autres se sont multipliées ces dernières années.

J’ai discuté de la chose avec la psychologue et auteure Arianne Hébert. Le stress et l’anxiété font partie de ses champs de prédilection. « Il y a quelques années, nos barèmes étaient les membres de notre famille, nos voisins et nos collègues de travail. C’était très limité. Aujourd’hui, on se compare avec tous les élèves avec lesquels on est allés au primaire qui sont nos amis Facebook. C’est beaucoup de monde. »

Comment mettre un frein à cette pression maudite ? Sans doute que vous êtes en mesure de trouver un moyen qui vous convient. De mon côté, j’avoue que j’aime bien la pensée de Fabrice Midal, qui a publié en 2017 Foutez-vous la paix !

Ce philosophe dit que la première étape est de laisser tomber les fameuses injonctions avec lesquelles on nous casse les oreilles : Sois zen… Carpe diem… Quand on a dit ça, on n’a rien dit, on n’a rien fait. Selon Midal, le secret réside dans une seule chose : se débarrasser de l’image à laquelle on croit correspondre. Ça paraît simple comme ça, mais c’est tout un chantier.

Dans ce contexte, il ne faut pas se surprendre d’assister en ce moment à un mouvement « antipression ». De plus en plus de gens osent prendre cette décision : refuser la pression.

Vous vous êtes habitué au terme « télétravail » ces derniers mois ? Vous allez devoir apprivoiser maintenant le « détravail ». Partout dans le monde, un mouvement s’installe.

En France, le Collectif Travailler Moins (CMT) prône la retraite à… 30 ans. Vous avez bien lu. Ceux qui font partie de ces groupes, dont la devise est « Travailler moins, c’est vivre mieux », expliquent que « détravailler » ne veut pas dire ne pas travailler, mais réfléchir à la place du travail dans notre vie.

Ce mouvement crée une certaine révolution. Et draine un lot de préjugés. Une médecin confiait récemment à un de mes amis qu’il était difficile de faire un commentaire à un jeune interniste, du genre qu’il était en retard. « On se fait coller une plainte pour intimidation, ce n’est pas long », a-t-elle dit.

Oh, les paresseux ! Oh, les Roger Bontemps ! Oh, ces jeunes qui ont la couenne sensible ! Il faut faire attention de ne pas sombrer dans la facilité.

Arianne Hébert observe la montée de ce mouvement dans son cabinet.

On dirait que ça arrive avec un désir de retrouver la nature. Ces gens ont vu leurs parents composer constamment avec des listes de tâches, et ils ne veulent pas répéter ce schéma.

Arianne Hébert, psychologue

C’est ici que vous vous dites : OK, c’est bien beau tout cela. Mais si on travaille moins, si on consacre moins d’heures par semaine à son emploi, la crise de pénurie de main-d’œuvre à laquelle on assiste va devenir très grave.

Vous avez raison. Elle va complètement changer nos structures. Et nos vies.

Le moment d’arrêt que nous force à prendre la pandémie accentue cette prise de conscience. « Tout à fait, poursuit Ariane Hébert. Si on s’était parlé il y a un an, mon discours aurait été très différent. La prolongation de la pandémie change beaucoup de choses. J’ai l’impression qu’on va sortir de ça comme si on avait vécu une guerre. »

Alors que nous consacrons beaucoup d’énergie à protéger nos hôpitaux, à dénicher des tests de dépistage et à mener des opérations de vaccination, on ne se rend pas compte de l’ampleur de la révolution que nous sommes en train de vivre.

Surtout, ne nous mettons pas de pression pour la décoder. Laissons-la venir.

La cabane dans l’arbre

J’ai finalement pu m’entretenir avec Tim Thomas, maire de Pointe-Claire, au sujet de la cabane dans un arbre construite par un résidant.

Lisez la chronique « Un arbre, une cabane et des fonctionnaires »

Vous avez été nombreux à me demander de vous tenir au courant. Le maire maintient sa position et souhaite qu’elle soit « relocalisée ». Il attend les avis du fédéral (l’arbre se trouve en partie sur une zone fédérale) et d’Hydro-Québec (des fils se trouvent à proximité de l’arbre). Des employés sont venus inspecter les lieux vendredi. À vue de nez, je crois qu’on se dirige vers une démolition. Bref, pas d’accommodements ou de souplesse à l’horizon.