Le militant Will Prosper a toujours été très critique face à l’action de la police. Il s’est fait connaître dans la foulée de la mort de Fredy Villanueva, en 2008, à Montréal-Nord, aux mains de la police.

Publié le 20 août 2021

Charismatique, éloquent et informé, Prosper nommait des réalités décoiffantes. Une partie de sa crédibilité venait du fait qu’il avait porté l’uniforme, qu’il avait été policier. Il connaissait la culture de la police de l’intérieur.

Mais dès 2008, des policiers faisaient courir le bruit que Prosper avait quitté la Gendarmerie royale du Canada (GRC) dans des circonstances moins qu’honorables. Je n’avais jamais pu faire confirmer cela. Prosper étant très critique de la police, j’avais mis ces rumeurs sur le compte de ragots non fondés visant à saper sa crédibilité. Ça arrive plus souvent qu’on pense.

Sauf que… c’était vrai.

Le Journal de Montréal a mis la main sur la décision disciplinaire qui a scellé le sort du policier Prosper en 2001. Les faits révélés jeudi sont très troublants.

Alors en poste au Manitoba, Will Prosper a consulté en 1999 une banque de renseignements criminels au sujet de trois suspects d’un meurtre commis à Montréal.

Ces trois suspects étaient des amis d’enfance de M. Prosper, désormais membres d’un gang de rue.

Et dans les minutes qui ont suivi les recherches du policier Will Prosper, il a appelé l’un des suspects à Montréal. A-t-il informé son ami d’enfance de ce que la police savait à son sujet ? L’enquête disciplinaire n’a pas pu établir ce que M. Prosper a dit à son ancien ami, désormais soupçonné de meurtre.

La police de Montréal a rapidement appris qu’un policier de la GRC en poste au Manitoba avait cherché des renseignements confidentiels sur des suspects d’une enquête à Montréal. Une enquête disciplinaire a été ouverte sur Will Prosper, au terme de laquelle le policier a démissionné.

Et s’il n’avait pas démissionné, Will Prosper aurait été destitué.

M. Prosper, désormais candidat à la mairie de Montréal-Nord sous la bannière de Projet Montréal, n’a jamais été accusé au criminel de quoi que ce soit à la suite de cette affaire.

Mais sa conduite – et ses explications jugées insuffisantes par la GRC en 2001 – l’a rendu inapte à servir comme policier. Ce n’est pas anodin, ce qui fut reproché à Will Prosper.

Will Prosper est un militant progressiste qui pose des questions déplaisantes sur la police. La police n’est pas au-dessus de la critique, c’est une institution importante dans la société, c’est une institution dont les rapports avec les communautés marginalisées sont compliqués, ici et ailleurs. Sans les questions de militants comme Will Prosper, ici et ailleurs, la police ne changera jamais.

La question n’est pas de savoir si les enjeux soulevés par Will Prosper deviennent caducs maintenant qu’on sait les circonstances qui ont mené à son éjection de la police fédérale. Ce sont des questions légitimes qui sont posées par un spectre très large de militants pour la justice sociale.

La question est ailleurs : si les faits qui ont mené à la démission de Will Prosper avaient été connus en 2008, est-ce qu’il aurait été invité à s’exprimer sur la police, sur autant de tribunes ?

La réponse est simple : non.

Ces faits exhumés par Le Journal de Montréal torpillent la crédibilité de Will Prosper comme critique de la police, forcément. Je pense que Will Prosper croit sincèrement que la police a besoin de réformes et que les problèmes sociaux ne se règlent pas avec des policiers…

Mais les faits qui ont mené à son éjection de la police teintent désormais ses critiques de la police.

Or, c’est par ces critiques que Will Prosper s’est imposé comme un leader social, ce qui a fait de lui, une décennie plus tard, un candidat de choix pour Valérie Plante.

Le passé est une bête bizarre. Il peut revenir hanter les personnages publics si leurs gestes passés éclairent le présent différemment. À la perfection nul n’est tenu, bien entendu, mais le corollaire de la vie publique est qu’une énorme loupe scrute les actions actuelles et passées de ceux qui jouissent de tribunes. Et Will Prosper n’est pas le premier à être scruté de la sorte.

Les actions politiques de l’ex-ministre Claude Morin ont été éclairées fort différemment quand on a su qu’il avait été un informateur de la GRC alors même qu’il était dans l’équipe de René Lévesque. La nomination de Michaëlle Jean comme gouverneure générale a pris une tournure bizarroïde quand on a su les liens que son mari et elle avaient jadis entretenus avec des felquistes. Le comédien Jean-Louis Roux a été éjecté de son poste de lieutenant-gouverneur du Québec quand on a su qu’il avait manifesté, dans sa jeunesse, des décennies plus tôt, avec un brassard nazi. La candidate péquiste Michelle Blanc a été plombée par de vieux tweets incendiaires et bizarres.

Bref, la liste des personnalités publiques qui se font faire une jambette par leurs propres actions passées est sans fin. M. Prosper vient d’inscrire son nom sur cette liste.

Les milieux militants jugeront si M. Prosper peut encore critiquer la police et prendre la parole sur des enjeux de justice sociale. L’action militante répond à des diktats différents de ceux de l’action politique…

Mais politiquement, Will Prosper est devenu radioactif, jeudi.

Dans un contexte où de jeunes criminels se tirent dessus dans les rues de la ville à un rythme inquiétant, la présence dans les rangs de l’équipe de Valérie Plante d’un ex-policier éjecté de la GRC pour avoir appelé dans des circonstances obscures un jeune criminel soupçonné de meurtre ne sera pas facilement oubliée.

Valérie Plante a choisi d’appuyer M. Prosper, au nom du droit à une deuxième chance. D’un point de vue humain, c’est noble. Mais politiquement, la mairesse vient de s’attacher un sacré boulet à la cheville.