Chère Louise,

Publié le 22 juin 2021

Cette chronique est le résultat d’un complot ourdi dans votre dos, à votre insu. Le secret tient au fait que les témoignages qui s’y trouvent sont un cadeau pour ce jour bien spécial, celui de votre retraite de l’enseignement, en ce 22 juin 2021.

Il fallait donc vous garder la surprise.

C’est l’idée de vos enfants, Louis-Mathieu, Nicolas et Marie-Audrey Houle, qui voulaient souligner la fin de votre carrière d’enseignante atypique. Sans oublier votre vie de maman, imbriquée dans cette carrière.

Chers lecteurs : Louise Guévremont enseigne en maternelle à l’école Vinet-Souligny de Saint-Constant. Aujourd’hui, c’est son dernier jour d’enseignement dans la classe 013, une des classes de maternelle. Elle a 68 ans. Il faut dire que Madame Louise est arrivée à l’enseignement sur le tard, à 44 ans.

Chef de famille monoparentale, elle a élevé ses trois enfants seule (avec l’aide de ses propres parents). Les enfants étaient encore jeunes quand Louise a décidé de jeter les bases de son rêve : enseigner.

Avec trois enfants, dont Louis-Mathieu qui est handicapé, Louise Guévremont a donc entrepris un bac qu’elle a achevé plus lentement que ses jeunes camarades. Elle étudiait et faisait ses travaux quand ses enfants, le soir, allaient au lit. Elle bûchait souvent jusqu’à tard dans la nuit.

Marie-Audrey : « Ma mère a trouvé l’énergie je-ne-sais-où-ni-comment de compléter son baccalauréat en enseignement lorsque nous étions au primaire et au secondaire. Je me souviens qu’elle rédigeait ses travaux de nuit, une fois mes grands frères couchés. En décembre 1997, après six ans d’études, elle a enfin obtenu son diplôme qui allait lui permettre de vivre son rêve d’être enseignante de maternelle. »

PHOTO FOURNIE PAR MARIE-AUDREY HOULE

Louise Guévremont, en 1997

Nicolas : « Quand on revenait de l’école, elle faisait devoirs et leçons avec nous, avec l’aide de nos grands-parents. L’éducation, pour ma mère, c’était la clé. Et après, elle faisait ses propres travaux, le soir, la nuit. En plus de gérer la maison, elle faisait son bac. Ça lui a pris six ans… »

Louise Guévremont prend sa retraite aujourd’hui, à 68 ans. Elle a été une enseignante aimante et attentive, qui n’a jamais voulu enseigner ailleurs qu’à la maternelle. « Vous devriez l’entendre rire, s’émerveiller et se mettre à genoux pour entrer dans le monde des petits, raconte Marie-Audrey. J’étais fière de partager ma mère parce que je savais que ces petits auraient un bon départ dans la vie grâce à elle. »

À cause de son âge, Madame Louise aurait pu rester chez elle pendant la pandémie. Louise Guévremont a plutôt fait le choix d’être dans la classe 013 de l’école Vinet-Souligny, avec ses 20 élèves. Elle aurait aussi pu prendre sa retraite plus tôt, mais elle a continué à enseigner, par passion, parce que dans son cœur, Madame Louise a 5 ans… comme ses élèves.

Nadine Girard, enseignante à la maternelle à la même école que Louise Guévremont : « Parfois, elle allait chercher des enfants au service de garde, après les classes, pour réviser avec eux des éléments qu’ils ne maîtrisaient pas. Comme Louise le dit : “C’est important que les choses soient faites et bien faites” ! »

Lorraine Mongenais est la grande amie de Louise Guévremont. Elles se connaissent depuis les années 1970 : « Je ne sais pas comment elle a fait pour concilier les études en enseignement et ses trois enfants. Louise a une énergie considérable… »

Et Mme Mongenais me raconte une anecdote, qu’elle juge révélatrice. Son amie lit tous les livres qu’elle fait lire à ses élèves, en classe, pour s’assurer de certains critères : « Elle veut s’assurer par exemple que les enfants vont comprendre les mots, que l’histoire est intéressante, que la traduction est bonne… C’est une personne vraiment spéciale. »

Madame Louise quittait souvent l’école Vinet-Souligny, en soirée, occupée qu’elle était à préparer les tâches des journées à venir. « C’est important pour elle de bien varier les thèmes, les activités », relate son fils Nicolas.

Les enfants ont été la grande priorité de sa vie, l’étoile Polaire qui a guidé ses journées, ses semaines, ses mois, ses années. D’abord, les siens, Louis-Mathieu, Nicolas et Marie-Audrey. Ensuite, j’allais dire « les enfants des autres », mais Madame Louise n’a jamais considéré ses élèves comme autre chose que « ses » enfants.

Femme occupée, elle n’a pas eu le temps pour grand-chose d’autre que les enfants. Je cite Marie-Audrey : « Ma mère n’a jamais refait sa vie, après la séparation. Ne lui parlez pas de Louise, la femme : elle n’existe pas. »

Après 23 ans d’enseignement, 23 ans à se consacrer à cette passion, Louise Guévremont prend donc sa retraite aujourd’hui. Comme pour des milliers d’autres profs, la retraite de Madame Louise aura malheureusement lieu dans une relative discrétion, à cause des mesures sanitaires.

C’est pour ça que Marie-Audrey m’a envoyé cette belle lettre écrite par ses frères et elle, pour que la retraite de sa mère – ainsi que celle de tous les profs qui vont prendre la leur – ne passe pas inaperçue, en cette année pandémique. Elle trouve qu’il y a quelque chose de triste là-dedans.

Marie-Audrey : « Le 22 juin, ma mère tournera la page d’un chapitre marquant de sa vie. Elle retournera seule chez elle avec ses crayons de couleur… »

Je vais contredire Marie-Audrey, ici : une femme qui a marqué des centaines d’enfants n’est-elle jamais vraiment « seule » ? J’aime penser que non.

Madame Louise, cette chronique était un cadeau de retraite de la part de tous ceux qui vous admirent et qui vous aiment. Ce que vous avez fait, en classe, était d’une importance capitale…

Merci.