Ce sont des mots extraordinaires que le commissaire de l’UPAC, Frédérick Gaudreau, a prononcés jeudi, en présentant ses excuses au député Guy Ouellette, arrêté en 2017 de façon « injustifiée » au terme d’une enquête décrite comme « fautive ». 

Publié le 12 juin 2021

Déjà, en 2017, l’arrestation du député libéral de Chomedey, ancien enquêteur de la SQ, sentait mauvais. C’était lui qui posait les questions les plus pointues au sujet de l’UPAC. C’était lui qui était l’épine parlementaire dans le pied du commissaire de l’époque, Robert Lafrenière.

C’est ce qui avait poussé le président de l’Assemblée nationale Jacques Chagnon à lancer, le 31 octobre 2017, ces mots célèbres, qui allaient plus tard constituer le titre du livre de M. Ouellette : « Qu’on accuse ou qu’on s’excuse. »

Guy Ouellette n’a jamais été accusé.

Quand ses avocats ont contesté des mandats de surveillance et de perquisition obtenus par l’UPAC, les procureurs de la Couronne ont choisi de ne pas les défendre. Ça donne une idée de la qualité des arguments des enquêteurs de l’UPAC pour coffrer Guy Ouellette.

Les mandats ont été déclarés nuls. Et, partant de là, la cause criminelle contre Guy Ouellette n’avait plus d’assise.

Dans cette saga, Guy Ouellette a-t-il commis une faute éthique ? A-t-il commis une erreur de jugement dans ses interactions avec des enquêteurs de l’UPAC ? On l’ignore. Des textos encore sous scellés pourraient offrir une réponse. Mais ce qu’on sait, c’est que l’UPAC n’avait pas de motifs pour l’arrêter.

Jeudi, ces excuses du successeur de Robert Lafrenière à la tête de l’UPAC ont scellé l’entente à l’amiable avec Guy Ouellette pour régler la poursuite au civil d’un demi-million de dollars qu’il avait lancée contre l’État pour les agissements de l’UPAC.

Il faut souligner que M. Gaudreau est allé lui-même présenter ces excuses à M. Ouellette. L’UPAC aurait pu publier un communiqué de presse désincarné. Ce ne fut pas le cas.

Mais le mystère ici reste entier : la police chargée d’enquêter sur la corruption au Québec a arrêté un parlementaire qui – méchant hasard – lui posait les questions les plus décoiffantes.

Or, non seulement ce parlementaire n’a jamais été accusé, mais les motifs invoqués pour le surveiller et le perquisitionner étaient si pourris qu’un juge n’a même pas eu à statuer sur leur légalité : la Couronne a déclaré ces mandats nuls !

J’ai écrit plusieurs fois à la fin des années 2000 et au début des années 2010 sur le caractère politique de la police au Québec. C’était au début de ces enquêtes journalistiques qui montraient les intersections entre le fric, le politique et les contrats publics de construction.

Ces révélations ont commencé à tomber comme neige en janvier et, en recoupant des témoignages publics et pas si publics, en analysant le laxisme policier au fil des décennies, une évidence s’était imposée à mes yeux : en refusant d’enquêter sur la classe politique, notre police était politique.

J’ai commencé à utiliser cette expression, « police politique », pour décrire le laxisme policier de l’époque. Je l’ai remisée au placard depuis des années, parce que la police enquête désormais sur la classe politique.

Mais l’affaire Guy Ouellette me force à la remettre au goût du jour, cette expression : la police est (encore) politique. L’arrestation de Guy Ouellette soulève des questions qui n’ont pas encore trouvé de réponse.

Pourquoi a-t-on ciblé un élu de l’Assemblée nationale ?

Quelle a été la participation du commissaire de l’UPAC Robert Lafrenière dans cette enquête ?

Quels étaient les motifs invoqués par l’UPAC dans ces mandats de surveillance et de perquisition visant Ouellette ? Pourquoi ont-ils été désavoués par la Couronne ? A-t-on menti sciemment aux juges qui ont autorisé ces mandats ? Pourquoi aller à Granby pour trouver un juge qui signerait un mandat ? Ça arrive souvent de soumettre des motifs biodégradables à des juges pour obtenir des mandats ?

L’arrestation « fautive » de Guy Ouellette est extrêmement grave et ressemble à s’y méprendre à une façon de faire qui a été utilisée par exemple au SPVM, pour mettre hors d’état de nuire des policiers : on lance une enquête interne sous des motifs bidon, on les arrête, ils sont suspendus et…

Et qu’ils soient accusés ou pas est au final superflu : ils sont hors jeu, leur crédibilité en lambeaux. Après, un départ est négocié.

Guy Ouellette, après son arrestation, a été éjecté de la surface de jeu. Il a été mis hors d’état de nuire, politiquement et publiquement, par l’UPAC de Robert Lafrenière qui était – méchant hasard – la cible des questions pointues du député Ouellette.

Biffez les noms, biffez l’État où cela survient et c’est un scandale typique de démocraties pas encore matures, ou alors carrément de pays où l’État de droit n’existe pas.

Robert Lafrenière, lui, a démissionné en catimini le jour des élections du 1er octobre 2018. Depuis, il se terre dans le silence.

Il y a quelque chose de pourri au royaume de la police, au Québec. Des scandales ont ébranlé ces dernières années le SPVM, la SQ et l’UPAC, scandales qui ont souvent eu comme trame narrative des histoires de règlements de comptes entre clans de policiers rivaux.

Dans la foulée des affaires d’espionnage de journalistes – qui ont révélé des histoires de rivalités toxiques entre flics et l’appel du maire Coderre à « son » chef de police parce qu’il n’aimait pas les questions que je posais à son sujet –, il y a eu une commission d’enquête publique sur la protection des sources journalistiques dans le cadre d’enquêtes de la police.

Cette enquête a fait œuvre utile et a fait avancer cette protection. Mais je me souviens de m’être dit, pendant les travaux de cette commission, à mesure que sortaient les histoires hallucinantes de coups fourrés de la police, qu’on aurait bien besoin d’une vraie commission d’enquête publique sur les ratés de la police au Québec.

Malgré la fin de l’affaire Ouellette, les zones d’ombre subsistent, il est évident que la police a besoin d’être passée aux rayons X.

Une telle commission permettrait de poser des questions sous serment à l’énigmatique ex-commissaire de l’UPAC, M. Lafrenière…

C’est sous son leadership qu’un acte digne d’une république bananière, l’arrestation injustifiée d’un député, s’est produit.

Ce serait l’fun d’avoir des explications.