Si le Québec a lutté efficacement ces dernières décennies contre la pauvreté, « la maltraitance des enfants est un gros raté ».

Louise Leduc Louise Leduc
La Presse

C’est ce qu’estime le psychologue Camil Bouchard, auteur de Un Québec fou de ses enfants, un rapport-choc qui, en 1991, a proposé 53 recommandations pour prévenir la détresse des enfants et des jeunes.

La maltraitance des enfants doit devenir un « enjeu prioritaire de santé publique » et il faut mettre fin « à ce déni collectif » qui est le nôtre, a dit M. Bouchard mardi après-midi dans son témoignage à la Commission spéciale sur les droits des enfants et la protection de la jeunesse.

« Nous avons échoué à offrir à nos enfants des environnements qui auraient pu assurer leur sécurité bien avant qu’ils soient l’objet de signalements [à la DPJ] », regrette M. Bouchard.

Le Québec est capable de grandes choses et au cours des dernières décennies, il a mis en place des mesures que nous envient plusieurs pays, a rappelé M. Bouchard, citant en exemple les services de garde à prix réduit, la perception automatique des pensions alimentaires, le régime d’assurance parentale, le congé de paternité, etc.

La pauvreté a été réduite, le décrochage scolaire aussi. On a beaucoup fait aussi pour les tout-petits de 0 à 5 ans.

« Nous ne sommes pas des impuissants finis », a rappelé M. Bouchard.

Seulement voilà, avec le nombre de nouveaux signalements à la DPJ, « on serait en mesure de remplir chaque jour cinq autobus scolaires pleins ».

Et les enfants ne sont pas également protégés partout. Sur la Côte-Nord et en Gaspésie, les DPJ sont particulièrement assiégées, a expliqué M. Bouchard.

Dans certaines régions, les distances à parcourir sont énormes et trop d’enfants d’endroits reculés sont laissés pour compte. Dans ces régions, il faut être particulièrement inventif pour parvenir à rejoindre les enfants.

Et partout au Québec, « il faut agir de façon intense, rigoureuse, soutenue » auprès des familles à risque.

Des chiffres qui explosent comme c’est le cas des signalements à la DPJ, « tolèrerait-on cela dans un autre domaine de la santé ? Pour la rougeole ? La tuberculose ? »

Encore là, M. Bouchard ne se montre pas totalement sombre. Il évoque à quel point la Côte-Nord prend le problème de front, à quel point ses élus municipaux se mobilisent pour améliorer les choses.

M. Bouchard espère une mobilisation citoyenne partout au Québec et du gouvernement en place, une amélioration des services de premières lignes.