Dans le ventre du bac!

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Pour les consommateurs, le mieux est de faire un sac avec des sacs de plastique (qui seront interceptés dans le pré-tri).

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Les pots de beurre d'arachides et les cartons de pizza souillés, ça passe ou pas? Les Publisac, faudrait-il les vider de leur contenu ? Et les boules de papier alu? Nous avons visité le Centre de tri de Joliette pour nous rappeler les bonnes pratiques. Lors de notre passage, nous avons aussi découvert de nouvelles méthodes de recyclage du verre qui font exploser sa valeur.

Des mythes tenacesOn entend dire toutes sortes de choses sur ce qu'on doit ou ne doit pas mettre dans son bac de recyclage. Pour en avoir le coeur net, nous avons visité le centre de tri de Saint-Paul de Joliette.

Les sacs de plastique

On entend souvent dire qu'ils sont le cauchemar des centres de tri étant donné leur légèreté. Ils peuvent en effet s'enrouler autour des séparateurs, causant l'arrêt des machines. Mais de façon générale, ça se passe bien, nous dit René Sylvestre, vice-président et copropriétaire de l'entreprise familiale EBI qui possède le centre de tri de Saint-Paul. Le mieux est de faire un sac avec des sacs (qui seront interceptés dans le pré-tri).

Le pot de beurre d'arachides

On a beau rincer le pot, le beurre d'arachides reste collé au fond et sur les parois. Parfois, on se dit qu'il est trop sale et on le jette. Erreur! Bien sûr qu'il faut vider et rincer vos pots et cartons avant de les déposer dans vos bacs, mais même s'il y a des résidus, cela ne pose pas problème. Après avoir été écrasés et mis en ballots, les pots seront déchiquetés, granulés et lavés par les recycleurs.

Le Publisac

Plusieurs d'entre nous prennent le sac qui contient toutes les circulaires de la semaine et le déposent dans le bac tel quel en se disant qu'on aide le centre de tri à classer ses feuilles... En fait, c'est le contraire qui se produit ! Des employés doivent vider le contenu de tous les sacs et cartons. C'est en vidant le sac et en laissant le contenu pêle-mêle que vous aidez les employés des centres de tri.

Les cartons de pizza souillés

Combien de fois s'est-on fait dire qu'on ne pouvait pas recycler les cartons souillés de pizza? René Sylvestre n'en revient pas. «C'est du très bon carton, même s'il est un peu souillé ou troué. Pourvu que vous ne laissiez pas deux pointes de pizza avec des frites, il n'y a aucune difficulté à recycler ces boîtes. Elles vont finir par être pressées et mises en ballots, même si elles sont tachées.»

Les cartons... remplis de déchets

Cela vous arrive de passer de longues minutes à remplir des boîtes de carton avec d'autres déchets? Et vous pensez que vous faites oeuvre utile ? Ne vous donnez pas cette peine! Des employés s'affairent tous les jours à les vider manuellement. Le principe d'un centre de tri est de séparer les matières. Le verre, le plastique, le métal, le carton, le papier, tout doit être séparé puis trié en sous-catégories.

L'aluminium

Qu'il s'agisse des petits plats d'aluminium de vos quiches préférées ou des feuilles de «papier alu» avec lesquelles vous avez formé une boule (sans laisser des aliments à l'intérieur!), tout cela se recycle parfaitement, nous dit René Sylvestre devant un immense bac d'aluminium. «Le tri permet de les isoler assez facilement. C'est de l'aluminium pur», nous dit-il. L'aluminium est en effet recyclable à l'infini, nous rappelle Recyc-Québec.

Le verre brisé

Vous avez des doutes sur le chemin que prendra votre bouteille de rosé en morceaux dans votre bac? Pas de souci, toutes les bouteilles et tous les contenants de verre (4500 tonnes par année, soit 16 % des matières recyclables) finissent par être pulvérisés de toute façon. Tous ces éclats de verre seront broyés par un granulomètre en deux catégories: les morceaux de moins de 12 mm et ceux de plus de 12 mm.

Les canettes consignées

Malgré la consigne des canettes et bouteilles de boissons et d'alcool, le centre de tri de Joliette récupère chaque année environ 1,5 million de ces contenants. «Nous avons la technologie qui nous permet de traiter cette matière, qui se revend très bien, nous dit René Sylvestre. La consigne existe, poursuit-il, mais elle a été mise en place avant la collecte sélective. Je crois qu'il faudrait revoir ce système.»

Les contenants en polystyrène

Les contenants en polystyrène expansé (ou styrofoam) ne sont acceptés que dans deux ou trois centres de tri au Québec (sur un total de 29). Autant dire qu'ils ne devraient pas se retrouver dans vos bacs. La raison? La matière de ces contenants est composée à 90 % d'air, indique Recyc-Québec. Sa faible masse fait en sorte qu'ils se retrouvent avec les papiers. Le polystyrène aurait tendance à se fragmenter et à attirer les contaminants.

Toutes les bouteilles et tous les contenants de... (Photo Edouard Plante-Fréchette, La Presse) - image 2.0

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Toutes les bouteilles et tous les contenants de verre (4500 tonnes par année, soit 16 % des matières recyclables) finissent par être pulvérisés.

Photo Edouard Plante-Fréchette, La Presse

Nouveaux marchés pour le verre recyclé

Depuis la fermeture, il y a quatre ans, de l'usine Klareco, qui recyclait jusqu'à 70 % du verre du Québec, la majorité des 150 000 tonnes de verre récupérées annuellement a pris le chemin des sites d'enfouissement. Mais grâce à un projet pilote mené par Éco Entreprises Québec, le verre trouve de nouvelles vocations et de nouveaux marchés.

Le projet d'Éco Entreprises Québec (EEQ), estimé à 1,5 million de dollars, a permis au Centre de tri de Joliette de moderniser ses équipements le printemps dernier afin d'éliminer les contaminants (étiquettes, bouchons, métal, etc.) qui se mêlaient au verre. Résultat: un verre granulé avec un taux de pureté d'au moins 95 % qui a vite trouvé de nouveaux débouchés.

«Le problème avec le recyclage traditionnel du verre, c'est qu'il reste toujours environ 20 % de contaminants, nous explique Virginie Bussières, directrice des communications de EEQ. Donc, jusqu'à récemment, on l'acheminait vers des conditionneurs, qui devaient le décontaminer avant de s'en débarrasser ou de le recycler. Ce verre-là avait peu d'intérêt pour eux.»

Depuis la faillite de Klareco en 2013 (qui recyclait le verre en laine minérale), les débris de verre recyclé se sont en effet accumulés dans les centres de tri du Québec, qui n'avaient d'autre solution que de les transporter dans des sites d'enfouissement. Des entreprises ont accepté de les reprendre - mais vu le coût élevé de la décontamination, la transaction était loin d'être avantageuse pour les centres de tri...

En 2016, Éco Entreprises Québec a eu le mandat de trouver une solution au recyclage du verre, en baisse dans les bacs. Un mandat consigné dans le plan Verre l'innovation.

«On a appris que la Grande-Bretagne et l'Australie, qui font aussi des collectes pêle-mêle, utilisaient une technologie d'implosion du verre. C'est cette technologie, qui facilite le retrait des étiquettes et des collets de bouteilles et qui arrondit les coins, qu'on a choisi de tester ici - à Joliette, mais aussi à Grande-Rivière, Terrebonne, Québec et Thetford Mines», explique Virginie Bussières, directrice des communications de EEQ.

Les quelque 4500 tonnes de verre récupérées annuellement à Joliette sont maintenant acheminées au Groupe Bellemare. L'entreprise s'en sert comme abrasif, pour le nettoyage à jet (décaper des navires, par exemple), les filtres de piscines ou l'aménagement de paillis de verre dans les jardins, nous dit Virginie Bussières.

Ce verre granulé, qui peut être réduit en poudre (micronisé), intéresse également les fabricants de béton, qui peuvent s'en servir comme substitut du sable, de plus en plus difficile à se procurer. Le ministère des Transports commence également à s'y intéresser pour ses infrastructures routières - routes, trottoirs, murs antibruit -, mais aussi pour les îlots de chaleur, puisque le béton mélangé à la poudre de verre est plus blanc.

Un produit décontaminé

Concrètement, une fois le verre isolé, un séparateur magnétique permet d'enlever l'acier présent dans les particules fines du verre brisé et d'évacuer les matières légères. Une intervention humaine est ensuite nécessaire pour enlever les morceaux de bois, d'aluminium ou de papier déchiqueté qui se mêlent au verre. Un imploseur de verre permet enfin de pulvériser la matière.

Le nouveau convoyeur du Centre de tri de Joliette mène ce verre vers son ultime destination: un système de tamisage qui classe le verre en deux catégories: des morceaux de moins de 12 mm et des morceaux de plus de 12 mm. «C'est ce qui nous permet de diversifier l'utilisation qu'on en fait», explique Éco Entreprises Québec.

Virginie Bussières nous parle également du verre cellulaire, utilisé en Europe, mais qui n'est pas encore produit au Québec.

«C'est de la poudre de verre mélangée avec un additif minéral. Une fois cuit, ça prend l'aspect d'une pierre ponce avec des bulles de gaz, nous explique-t-elle. C'est très léger et drainant, donc ça peut être intéressant pour des toits végétalisés, par exemple, ou l'isolation de sous-fondations. Nous croyons que ce produit a un fort potentiel de commercialisation.»

La phase deux du projet pilote d'Éco Entreprises Québec consistera à tester l'efficacité des nouveaux équipements et à documenter ces différents débouchés pour le verre recyclé. En attendant que les autres centres de tri modernisent leurs équipements, il n'est pas exclu que EBI, propriétaire du Centre de tri de Joliette, traite de plus grandes quantités de verre récupéré.

Éco Entreprises Québec

Il s'agit d'un organisme privé à but non lucratif agréé en 2005 par Recyc-Québec en vertu de la Loi sur la qualité de l'environnement. EEQ est financé par environ 3400 entreprises qui mettent sur le marché contenants, emballages et imprimés. La contribution de ces entreprises est établie en fonction de la quantité et du type de matières générées sur le marché québécois. L'organisme assure ainsi le financement de la collecte sélective des municipalités du Québec. Le plan Verre l'innovation de l'EEQ prévoit des investissements de 6,7 millions pour la modernisation de centres de tri du Québec.

Les cordes de toutes sortes sont à proscrire.... (Photo Edouard Plante-Fréchette, La Presse) - image 3.0

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Les cordes de toutes sortes sont à proscrire. Non seulement elles ne sont pas recyclables, mais elles s'emmêlent dans les séparateurs (encore plus que les sacs en plastique!), qui doivent être arrêtés de trois à quatre fois par jour.

Photo Edouard Plante-Fréchette, La Presse

Les rejetsParmi les quelque 600 tonnes de déchets recyclés chaque semaine au centre de tri de Saint-Paul de Joliette, environ 10 % sont rejetés, la plupart parce qu'ils ne sont tout simplement pas recyclables. Voici quelques exemples d'objets qui ne devraient pas se retrouver dans vos bacs.

Les cordes de toutes sortes sont à proscrire. Non seulement elles ne sont pas recyclables, mais elles s'emmêlent dans les séparateurs (encore plus que les sacs en plastique!), qui doivent être arrêtés de trois à quatre fois par jour.

Les jouets en plastique ne sont pas recyclables. La raison? Ils contiennent plusieurs matières difficiles à séparer: différentes sortes de plastique (incluant le PVC, non recyclable), avec des composants de métal, des vis, etc. Idem pour les reliures à anneaux.

Ce n'est heureusement pas si fréquent, mais le centre de tri de Joliette reçoit parfois des vêtements, des souliers et même des couches souillées! Des peluches sont également mises dans le bac de recyclage. À tort.

Les seringues souillées (pour diabétiques, entre autres...) sont nombreuses à prendre le chemin des bacs de recyclage. Tout comme les vieux CD. Tous finiront dans la pile des rejets.

Ce n'est pas parce que les ampoules, les néons ou les lumières de Noël sont recouverts de verre qu'ils sont recyclables. Ils ne le sont pas. Tout comme les miroirs, les chaises en PVC et les tuyaux d'arrosage.

Les bonbonnes de gaz propane ne sont pas recyclables. Mais elles sont réutilisables! Il faut plutôt les rapporter dans les commerces où vous les avez achetées, qui les rempliront et les remettront en circulation. Quant aux vieilles raquettes de tennis : poubelle.

En chiffresRecyc-Québec vient de rendre publiques ses plus récentes données compilées en 2015. 

996 000 tonnes : Matières recyclées en 2015. Une baisse de 9 % par rapport à 2012. Causes principales: diminution des journaux imprimés et de l'utilisation du verre.

9,1 % : Rejets des 29 centres de tri du Québec. En 2012, le taux de rejets était de 7,9 %.

11 % : 46 000 tonnes de matières plastiques ont été vendues en 2015. Une hausse de 11 % par rapport à 2012, attribuable à l'accroissement de la fabrication de contenants de plastique (types de plastique PS#6 ou PET#1).

-187 % : En 2015, 23 000 tonnes de verre ont été «revendues», une baisse de 187 % par rapport à 2012. Cette décroissance est à l'origine des recherches faites pour trouver de nouveaux débouchés au verre.

39 % : Seuls 39 % des matières vendues étaient destinées aux recycleurs et conditionneurs québécois (à l'exception du verre). Le reste est exporté, principalement en Chine. En 2012, 48 % des matières récupérées se sont retrouvées chez des recycleurs québécois.

54 % : C'est la part des matières recyclables que l'on recycle à la maison! En 2012, ce taux était de 59 %. L'objectif du plan d'action 2011-2015 était de 70 %. Il n'a donc pas été atteint. Une des raisons: en 2010, la moitié du verre était acheminée au recyclage (53 %). Cinq ans plus tard, c'est 14 % du verre qui prenait le chemin des centres de tri.

Source: Recyc-Québec




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