La vie souterraine des églises

Les Templiers de Montreal pratiquent des combats d'épée... (Photo Olivier Jean, La Presse)

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Les Templiers de Montreal pratiquent des combats d'épée dans le sous-sol de l'église Saint-Jean-Berchmans.

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La messe n'attire plus les fidèles comme avant, mais les églises ne sont pas toutes vides pour autant. Une activité communautaire intense se poursuit dans le sous-sol de plusieurs de ces vastes bâtiments implantés dans tous les quartiers. Louer des espaces est même une question de survie pour ces églises.

L'église Saint-Jean-Berchmans, située sur le boulevard Rosemont... (PHOTO CATHERINE LEFEBVRE COLLABORATION SPÉCIALE) - image 1.0

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L'église Saint-Jean-Berchmans, située sur le boulevard Rosemont

PHOTO CATHERINE LEFEBVRE COLLABORATION SPÉCIALE

Vie sociale, survie pastorale

« Il faut louer le sous-sol, sinon, on ferme », tranche Bernard Breault, marguillier de l'église Sainte-Louise-de-Marillac, située à proximité du métro Honoré-Beaugrand. L'église est souvent vide : seulement quatre messes y sont dites chaque semaine. Par contre, au sous-sol, il y a du monde pratiquement tous les jours : rencontres d'ex-prisonniers, groupes de prières, club de retraités, exposition de voitures miniatures, l'endroit sert à toutes sortes d'activités sociales.

« On serait fermé si on n'avait pas les revenus de location », insiste le marguillier, qui a même placé une annonce sur le site Kijiji qui vante un sous-sol « chaleureux », doté de trois cuisinières et de deux frigos, de tables de ping-pong, qu'il offre pour des cours de toutes sortes, des soirées de danse ou des fêtes familiales. Puisque les revenus tirés de la quête diminuent depuis 15 ans, la location du sous-sol est une bouée de sauvetage : elle rapporte 60 % des revenus de cette église, selon M. Breault.

« Il y a moins de monde qui vient à la messe, moins de dons, moins de ressources et l'église est un bâtiment qui coûte cher à entretenir »

- Melvin Martin, qui gère la location des espaces disponibles à l'église Saint-Jean-Berchmans

« La location fonctionne bien, semble-t-il. « Il y en a, de l'activité, ici ! se réjouit M. Martin. Il n'y a pas une journée où il ne se passe rien ! »

Les espaces situés au sous-sol de cette église, située sur le boulevard Rosemont. servent à plusieurs groupes d'entraide (les Alcooliques anonymes, par exemple), à des unités scoutes, à de l'aide aux devoirs, à des bazars, mais aussi à des combats à l'épée d'adeptes de jeux de rôle médiévaux. Un peu partout sur le territoire du diocèse de Montréal, des cours de karaté, de taï-chi et une foule d'autres activités sportives ou communautaires se déroulent dans les sous-sols d'église.

Dans Hochelaga-Maisonneuve, il y en a même un qui accueille régulièrement des galas de lutte !

TROUVER L'ÉQUILIBRE

Mgr Roger Dufresne, vicaire épiscopal au diocèse de Montréal, confirme que la location du sous-sol, et parfois même du presbytère, donne un coup de pouce financier non négligeable à bien des églises. L'utilisation de ces espaces est, selon lui, un reflet du dynamisme d'une paroisse. Là où il y a un grand nombre de fidèles, les lieux servent à des cours de catéchèse et à des groupes de prière. Si l'église est associée à une communauté culturelle, elle ne joue pas qu'un rôle pastoral, elle devient souvent un point d'ancrage communautaire.

« Si on peut fonctionner sans être obligé de louer nos locaux pour des choses commerciales, c'est sûr qu'on les utilise au maximum pour des activités communautaires, des organismes et des gens », assure-t-il. Une église du quartier Hochelaga sert de halte chaleur pour les itinérants durant l'hiver, par exemple, et une autre située dans Centre-Sud prête ses locaux pour une distribution hebdomadaire de nourriture aux jeunes de la rue.

« On n'est pas là pour les étouffer, au contraire, on est là pour les aider, dit aussi Yves Côté, intervenant pastoral à l'église Saint-Pierre-Apôtre, à propos des organisations qui louent ou utilisent ses espaces. C'est notre mission. » Il précise par ailleurs que plusieurs groupes d'aide bénéficient d'un tarif préférentiel, voire « purement symbolique » pour tenir des rencontres. Là comme ailleurs, certains ne paient même rien du tout.

De nombreux groupes scouts de l'île de Montréal, par exemple, ont encore accès à des sous-sols d'église sans payer de loyer. Souvent, une entente de service informelle est perpétuée depuis longtemps : en remerciement pour l'accès à un local de réunion, les scouts donnent un coup de main pour le nettoyage du terrain, font de menus travaux ou fournissent des bénévoles pour des activités tenues par l'église.

« L'une des valeurs du scoutisme, c'est de faire des bonnes actions », souligne François Caron-Melançon, cochef au 229e groupe scout Notre-Dame-des-Neiges. Même si le mouvement est désormais laïque, « rendre service à la communauté » et « aider son prochain » font partie des valeurs que les jeunes scouts continuent de mettre en pratique.

OUVERTE À TOUS, OU PRESQUE

Mgr Dufresne dit que les églises sont très ouvertes en ce qui a trait à la location. « C'est très rare qu'on refuse, à moins que ce soient des choses qui sont vraiment contre l'Église », assure-t-il, citant en exemple le cas hypothétique d'un groupe qui prônerait la violence. Bernard Breault, de Sainte-Louise-de-Marillac, confirme qu'il aborde la location de ses locaux avec ouverture. Même si les gens ne sont pas catholiques.

Il loue déjà à des groupes de prière évangéliques. « Je serais prêt à accueillir un groupe musulman s'ils en faisaient la demande », dit d'ailleurs le marguillier. En revanche, si le sous-sol était demandé pour fêter un mariage homosexuel, le marguillier affirme qu'il irait vérifier « si le curé est d'accord ». « Quand ça peut poser un problème du point de vue religieux, je passe par le curé », précise-t-il.

Yves Côté, dont l'église est située en plein dans le Village gai, n'aurait pas ce scrupule. Le mariage proprement dit ne peut avoir lieu à l'église, mais la fête, pourquoi pas ? « 80 % des gens qui fréquentent l'église Saint-Pierre-Apôtre sont homosexuels, dit-il. Je ne me verrais pas leur refuser une salle, ce sont nos paroissiens. »

Par ailleurs, quand le sous-sol est demandé pour une activité qui doit se terminer aux petites heures, il s'assure de savoir à qui il a affaire. Oui, il lui est arrivé de refuser de louer. Même à des clients payants. Il pense entre autres au promoteur d'un événement... fétichiste.

L'attrait des sous-sols d'église, c'est souvent leur accessibilité - il y en a partout - et leur prix. « Je n'ai pas fait d'étude de marché approfondie, mais à ce que j'ai vu, le prix est un peu en bas du marché dans le Plateau Mont-Royal », avance Alexandre Gagné, de la Coopérative des professeurs de musique de Montréal, qui loue un grand espace au sous-sol de l'église Saint-Jean-Baptiste, sur la rue Rachel. Et il n'est pas seul : parmi ses voisins, il y a une entreprise de communication, une association polonaise et une garderie. « C'est un vrai petit village, ici ! »

SECONDE VOCATION: MUSIQUE, SCOUTS ET KARATÉ

Des activités sociales de toutes sortes se déroulent toujours dans les sous-sols d'église, à Montréal comme ailleurs. Coup d'oeil.

ÉGLISE SAINT-ANTOINE-MARIE-CLARET

10 660, avenue Larose, MontréalDes 52 groupes scouts actuellement en activité dans le district de Montréal, 28 tiennent leurs réunions hebdomadaires dans un sous-sol d'église. C'est le cas du 230e groupe Saint-Antoine-Marie-Claret (notre photo). « Pour la plupart, c'est gratuit, contre des services rendus à l'église », explique Lauréline Manassero, commissaire scoute adjointe aux communications. Il est déjà arrivé que la situation financière d'une église ou sa vente ait eu pour effet d'évincer des groupes scouts. « Il n'y a pas de groupe scout qui est victime de ça en ce moment, mais c'est arrivé par le passé, dit-elle. C'est toujours un risque. [Un local dans une église], ce n'est pas forcément un acquis. »

ÉGLISE SAINT-JEAN-BAPTISTE

4230, rue Henri-Julien, Montréal

Après avoir passé plusieurs années dans un petit local de la rue Saint-Denis, la Coopérative des professeurs de musique de Montréal s'est installée dans un vaste espace situé au sous-sol de l'église Saint-Jean-Baptiste, au coeur du Plateau Mont-Royal. Alexandre Gagnier, directeur de la coopérative, explique ce choix par le prix abordable, l'espace disponible et l'accessibilité de la chapelle Saint-Louis pour donner de petits concerts. « C'est la porte à côté », dit-il. Un autre détail a pesé dans la balance : « On peut faire de la musique, ici, alors que dans des immeubles commerciaux où il y a des bureaux, ça peut déranger », explique-t-il.

ÉGLISE SAINT-MARTIN

4080, boulevard Saint-Martin Ouest, Laval

Les loisirs Saint-Martin, dans l'ouest de Laval, utilisent depuis près de 20 ans le sous-sol de l'église Saint-Martin pour des activités sportives. Des cours de zumba, de karaté, de maniement de lames japonaises (kobudo) et de taï-chi s'y donnent bon an, mal an. « C'est un espace immense, avec des miroirs », dit Sonia Cordenons, responsable des cours de taï-chi à cet endroit depuis plusieurs années. D'autres activités communautaires qui se déroulent au même endroit sont plus classiques. Le sous-sol de l'église accueille des bazars et des activités d'un club de l'âge d'or.

ÉGLISE SAINT-JEAN-BERCHMANS

1871, boulevard Rosemont, Montréal

Il ne manque pas de monde au sous-sol de l'église Saint-Jean-Berchmans, selon le responsable de la location des salles, Melvin Martin. En plus de nombreux groupes d'entraide, les locaux sont utilisés par des scouts, l'école voisine et un bazar privé piloté par Maurice Simard. Des adeptes de jeux de rôle grandeur nature louent également l'espace pour s'entraîner aux combats d'épée ! Les Templiers de Montréal se réunissent à cet endroit depuis une dizaine d'années, selon l'une des membres du groupe, Lise St-Vincent, et y ont déjà tenu des banquets médiévaux.

ÉGLISE SAINT-EPHREM

3155, boulevard Cartier Ouest, Chomedey

« C'est quasiment un centre d'art martial ! », s'exclame Jean-Pierre Gendron, qui donne des cours de karaté depuis plus de 20 ans au sous-sol de l'église Saint-Ephrem, à Laval. En plus des quatre cours hebdomadaires qu'il offre, d'autres spécialistes en arts martiaux enseignent en effet le jiu-jitsu et l'aïkido au même endroit. « L'espace est vaste, on peut y faire plus de courses et des entraînements plus complets », se réjouit l'entraîneur.




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