Sylvie Bernier: la quête ultime de la pureté

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De toute évidence, Sylvie Bernier n'est pas le genre de femme qui donne flanc à la controverse ou que l'on imagine mettre le feu aux réseaux sociaux. N'empêche, quand l'affaire Aubut a éclaté, elle a cru nécessaire de parler.

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Louise Leduc
La Presse

En 1984, à Los Angeles, Sylvie Bernier devenait la première Canadienne à remporter l'or en plongeon et la première Québécoise à atteindre la plus haute marche du podium à des Jeux olympiques. Loin d'être réduite à ce moment qui aurait pu la figer dans le temps, elle est plus présente que jamais et elle s'est retrouvée cette année là où on ne l'attendait pas, à participer à la mise en nomination de futurs sénateurs et à commenter l'affaire Aubut.

« Pas de retouches, s'il vous plaît ! » Alors que certaines vedettes font tout pour camoufler rides, teint blafard et kilos qu'elles imaginent avoir en trop, Sylvie Bernier s'inquiète du contraire pendant la séance de photo.

Non, la photo ne sera pas retouchée, la rassure-t-on. Ce n'est pas le genre de la maison et ce serait particulièrement inapproprié (et très inutile) de le faire pour le visage très public de Québec en Forme.

À 52 ans, Sylvie Bernier, ambassadrice des saines habitudes de vie, se présente comme elle s'affiche : un esprit sain dans un corps sain.

Son image est lisse, sans faille. On lui donnerait le bon Dieu sans confession. Elle ne cache pas avoir été souvent pressentie pour faire de la politique. Elle a toujours dit non.

« Je sais ce que c'est que d'avoir une vie publique, je l'ai appris plutôt brutalement ! Pendant des années, j'ai été seule dans ma piscine. Personne ne me connaissait, mis à part quelques journalistes. Du jour au lendemain, avec ma médaille, ma vie a complètement changé !

«La notoriété, ce n'est pas quelque chose que j'ai recherché», affirme Sylvie Bernier.Mais au fil du temps, elle a appris à apprivoiser la bête et à s'en servir pour décrocher ces victoires de longue haleine qu'elle recherche aujourd'hui.

De toute évidence, Sylvie Bernier n'est pas le genre de femme qui donne flanc à la controverse ou que l'on imagine mettre le feu aux réseaux sociaux. N'empêche, quand l'affaire Aubut a éclaté, elle a cru nécessaire de parler.

Elle a alors dit qu'elle aussi avait été harcelée par Marcel Aubut, qui avait eu « un comportement un peu rustre » à son égard, lui faisant des commentaires sur son apparence.

« Plutôt que d'ignorer ces commentaires, est-ce que je n'aurais pas pu répondre pour protéger les autres aussi ? C'est là que ça me touche beaucoup parce que je suis mère de trois grandes filles. Je me dis, avec le recul : est-ce que j'aurais pu faire plus et voir ce qui se passait à l'interne ?

« À 30 ans, ou peut-être même il y a six mois, dit-elle aujourd'hui, je n'aurais peut-être pas été capable d'oser dénoncer, vu la vulnérabilité que cela suppose. Mais là, je me suis dit que ça pourrait peut-être aider. »

Des leçons à tirer

L'affaire Aubut a beau avoir eu l'effet d'un tremblement de terre sur le Comité olympique canadien, juridiquement, aucune suite n'est prévue pour Marcel Aubut. Des leçons doivent cependant être tirées, selon Sylvie Bernier, qui s'emploie à ce qu'on s'attaque au problème de façon beaucoup plus large.

Car si les employés du Comité ne craignent plus rien dans l'immédiat, les athlètes, eux, sont aussi vulnérables que toujours. Elle évoque le cas de Geneviève Jeanson, celui, aussi, de l'ex-entraîneur de ski Bertrand Charest, qui a été accusé d'avoir agressé sexuellement 11 athlètes de haut niveau.

Tout cela témoigne, rappelle-t-elle, « du pouvoir immense des entraîneurs sur la carrière, voire sur la vie des athlètes qui commencent leur vie sportive à un très jeune âge et qui sont particulièrement à risque d'être victimes d'abus de pouvoir ».

Certes, à quelques mois des Jeux de Rio, Sylvie Bernier sait bien que ce n'est pas la plus grande urgence du Comité olympique canadien, mais elle fait le suivi. « J'ai eu récemment au téléphone Tricia Smith [présidente du Comité]. Nous nous sommes parlé pendant deux heures et elle s'est montrée déterminée à changer les choses. Est-ce qu'une meilleure protection de l'athlète passera par un ombudsman ? Par une ligne téléphonique de dénonciation ? Tout cela reste à voir. »

Le renouveau du sénat

Sur un tout autre front, Sylvie Bernier a aussi été désignée par le gouvernement fédéral pour participer à la nomination de futurs sénateurs. Ça, elle ne l'avait pas du tout vu venir. Son mandat : en gros, suggérer des noms de personnes admirables. Quel genre de personnes trouve-t-elle admirables, justement ?

« En fait, l'objectif de base, c'est d'aller chercher des gens qui apportent une autre voix et qui veulent faire changer des choses, sans être nécessairement connues », répond-elle en se gardant bien de donner quelque indice que ce soit sur le profil recherché plus précisément.

Ce qui est particulier, c'est que Sylvie Bernier ressurgit au haut de l'affiche après une longue parenthèse.

Si les femmes retournent pour la plupart sur le marché du travail après avoir eu leurs enfants, Sylvie Bernier, elle, a décidé de ralentir considérablement ses activités professionnelles pour rester à la maison avec ses trois filles.

Elle a bien été chef de mission ou chef de mission adjointe de la délégation canadienne aux Jeux de Turin, de Pékin et de Londres, mais jusqu'à récemment, sa vie professionnelle arrivait loin derrière sa famille.

À 46 ans, ses trois filles étant devenues grandes, elle est retournée sur les bancs de l'école pour faire une maîtrise en gestion à l'Université McGill. Elle en est ressortie très outillée et déterminée à décrocher une victoire ultime sur la malbouffe et l'inactivité physique. Rien de moins.

« Il y a encore quelques années, il était normal de fumer dans les avions et un peu partout. Ça ne l'est plus. Pour y arriver, on ne s'est pas contenté de dire que le tabac, c'était mauvais pour la santé. On s'est attaqué au problème par des règles, par des lois, de mille façons. Pour la malbouffe et l'activité physique, il faut faire de même. »

L'objectif est ambitieux, reconnaît-elle. « Je me suis donné un horizon de 10 ans, dit-elle. Peut-être est-ce en raison de mes années d'entraînement en plongeon, mais en tout cas, je n'ai pas besoin de résultats instantanés. Je suis capable de visualiser les victoires à long terme. L'obésité et les problèmes de santé coûtent tellement cher à la société et l'activité physique est tellement importante - à commencer par les enfants qui doivent développer leur motricité - qu'il faut s'attaquer au problème. »

À petits pas, elle croit donc pouvoir modifier les mauvaises habitudes des Québécois, comme elle croit au renouveau du Sénat et de l'olympisme avec un grand O. À l'olympisme comme il s'est vécu à Lillehammer ou à Turin, donnera-t-elle comme exemples.

Au-delà de tous les scandales, « je suis peut-être naïve, je suis peut-être candide, mais j'ai encore cet idéal d'un olympisme pur, ramené à une forme plus modeste ».

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