Une étreinte virtuelle

Le Dr James Teh, PDG de T.Ware, tient... (PHOTO LIM YAOHUI, FOURNIE PAR THE STRAITS TIMES)

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Le Dr James Teh, PDG de T.Ware, tient une veste T.Jacket, le produit phare de sa société.

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Olivia Ho

L'auteur est journaliste pour le Straits Times (Singapour).

Avez-vous déjà rêvé de serrer dans vos bras un proche qui n'était pas là ?

James Teh y a pensé pour la première fois en 2009, quand il sortait avec une hôtesse de Singapour Airlines qui est aujourd'hui sa femme. « Elle me manquait quand elle parcourait le monde. Et je suis un scientifique : confronté à un problème, on tente de trouver une solution créative », affirme ce chercheur en informatique et en électrotechnique à l'université nationale de Singapour (NUS).

Son idée de départ s'est transformée en une veste qui peut « enlacer » à distance des personnes souffrant de certains troubles et qui ont besoin d'être apaisées ou consolées. Baptisée T.Jacket, cette veste, qui reproduit le contact par pression profonde, est équipée de coussins gonflables pour simuler une étreinte.

S'il existe des inventions similaires sur le marché, la T.Jacket est la seule au monde qui peut être commandée par une application de téléphone intelligent et grâce au système Bluetooth sur une portée de dix mètres.

Elle aide les personnes qui souffrent d'angoisses, de troubles du spectre de l'autisme, d'hyperactivité et de sénilité à gérer leur anxiété et à améliorer leur capacité de concentration.

« La veste peut être utilisée de façon très discrète et pratique, explique James Teh, 34 ans. On peut appliquer différents niveaux de pression afin d'aider les utilisateurs à mieux s'en sortir au quotidien. »

L'invention est le produit phare de la jeune entreprise singapourienne T.Ware, que James Teh a cofondée en 2011 avec deux autres diplômés de la NUS. À ce jour, environ 500 exemplaires ont été vendus.

Actuellement, la veste, fabriquée en Chine, est utilisée dans plus de huit pays et territoires, dont l'Australie, l'Indonésie et Taïwan.

Parmi sa clientèle singapourienne, on compte plus de 20 écoles spécialisées, maisons de retraite et centres de thérapie, gérés notamment par l'organisation Movement for the Intellectually Disabled of Singapore (MINDS, mouvement pour les déficients mentaux de Singapour) et l'Association For Persons With Special Needs (APSN, association pour les personnes ayant des besoins spécifiques).

James Teh estime que son invention est venue en aide à environ 600 personnes dans le monde, patients et personnel soignant confondus.

Au départ, son concept était plus modeste : il souhaitait concevoir une interface grâce à laquelle les parents pourraient « étreindre » leurs enfants quand ils travaillaient ou voyageaient à l'étranger.

Toutefois, il a eu l'occasion de visiter un centre pour autistes, qui l'a convaincu que sa technologie pouvait avoir une plus grande portée. « J'ai alors compris que mon concept était réel et utile aux autres », raconte James Teh, qui est le PDG de T.Ware.

Alex Liau, 32 ans, est le directeur clinique du centre de thérapie spécialisée Nurture Pods. Pour lui, la T.Jacket s'est avérée efficace pour certains des enfants avec lesquels il travaille. « Au début, ils sont surexcités, précise-t-il. Ils griffent et se pincent. Certains vont même jusqu'à se mordre. La veste applique une pression sur certains muscles, ce qui parvient à les apaiser. »

La polyvalence de la T.Jacket est ce qui la différencie des autres vêtements thérapeutiques, ajoute-t-il. Parmi les autres modèles existants, certains sont lestés par du plomb, un matériau lourd.

« Le but n'est pas de leur faire porter la veste en permanence. Une fois que le comportement de l'enfant s'améliore, nous pouvons réduire la pression jusqu'à ce qu'ils n'aient plus du tout besoin du vêtement, qui peut alors servir à d'autres. »

Parmi les patients se trouve Chow Jing Kai, 8 ans, qui souffre d'une forme légère d'autisme depuis un diagnostic réalisé quand il avait 2 ans. Avant, quand il était angoissé, il se roulait par terre, jetait des objets et se mettait à crier.

Au cours de ces crises, sa mère Annie Tan, 45 ans, l'enlaçait très fort, et la pression de son contact parvenait à le calmer. Toutefois, elle est responsable de clientèle et ne pouvait pas toujours être là pour son fils. Il y a plus d'un an, il a commencé à utiliser la T.Jacket. Son thérapeute ou son instituteur l'aide à l'activer, mais Chow Jing Kai peut aussi le faire lui-même.

« Cette veste est comme une personne qui l'étreint, explique Annie Tan. Il se sent en sécurité, et cela l'apaise très rapidement. En tant que parents, c'est aussi moins stressant pour nous. »

Il existe deux versions du produit. La plus simple coûte 549 $, alors que la version premium - permettant de mieux contrôler la pression - est vendue à 799 $. Grâce au parrainage de DBS Bank, T.Ware peut vendre son produit à 250 $ ou moins à ses partenaires locaux.

James Teh espère envoyer des « étreintes » à un plus grand nombre de personnes dans le monde. T.Ware, qui compte déjà des distributeurs à Singapour et au Japon, a trouvé des partenaires en Allemagne et en Belgique en mars 2015, et l'entreprise est sur le point de conclure un accord avec un distributeur en Suède pour les ventes en Scandinavie.

Aux États-Unis, des organismes publics réalisent des essais pour déterminer si la veste est susceptible d'aider d'anciens soldats souffrant du syndrome de stress post-traumatique. James Teh espère que l'entreprise pourra ouvrir son capital dans quatre ou cinq ans.

« En tant que Singapouriens, nous sommes fiers d'avoir conçu un produit aussi utile, affirme-t-il. Nous avons réellement le sentiment que l'idée est révolutionnaire. »

Visitez leur site : 

http://www.mytjacket.com/

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