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Les Cendrillon des Philippines se servent de leur beauté pour conquérir le monde

Janicel, 19 ans, est la recrue de choix... (PHOTO NOEL CELIS, AFP)

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Janicel, 19 ans, est la recrue de choix d'un camp de formation aux concours de beauté de Manille.

PHOTO NOEL CELIS, AFP

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Joel GUINTO
Agence France-Presse
MANILLE

Lorsqu'elle était petite, Janicel Lubina pataugeait dans la boue des rizières. Aujourd'hui, elle défile pour le plus grand couturier des Philippines et espère être célébrée comme l'une des plus belles femmes du monde.

Janicel, 19 ans, est la recrue de choix d'un camp de formation aux concours de beauté de Manille, où de gauches adolescentes venues de campagnes lointaines se métamorphosent en jeunes femmes rayonnantes, capables de parler de la paix dans le monde juchées sur de hauts talons.

Ces concours sont très courus des jeunes Philippines, qui y voient le moyen d'accéder à une vie luxueuse, à la réussite sur les podiums et les plateaux de cinéma.

«Ma mère était domestique. Je ne veux pas être une domestique coincée dans ma province», explique à l'AFP Janicel alors qu'elle se lance à l'assaut du concours Binibining Philipinas (Miss Philippines).

Elle est passée maître dans l'art de «marcher en canard» au camp Kagandahang Flores (Beauté en fleur) de Manille, qui enseigne comment arpenter les podiums en se balançant d'une hanche à l'autre.

Rodin Gilbert Flores, directeur du camp, exerce son métier avec la précision d'un scientifique. D'ailleurs, il détient un diplôme d'ingénieur chimiste et travaillait auparavant chez un grand fabricant de verre.

«Tout est question de mémoire musculaire. Tout est calculé, jusqu'au mouvement des mains», assure-t-il. Mais «la fille doit pouvoir montrer sa personnalité. Elle ne peut pas être comme un mannequin de cire, sans expression».

Rodin Gilbert Flores est sans pitié lorsqu'il regarde ses élèves défiler en bikini d'un bout à l'autre d'un terrain de basket. La sueur goutte sur leur visage, mais elles ne sont pas autorisées à s'asseoir tant qu'elles n'ont pas maîtrisé l'exercice.

«Passer la serpillère»

Du haut de ses plus de 1,80 mètre en talons, Janicel espère représenter son pays lors du concours de Miss Univers.

Son sourire s'évanouit lorsqu'elle évoque ses origines, dans la province de Palawan. Elle y était domestique, comme sa mère, alors que son père se remettait d'un accident vasculaire cérébral.

«Une fois, j'ai passé la serpillère toute la journée et ma patronne m'a obligée à tout recommencer parce que le résultat ne lui plaisait pas», raconte-t-elle.

Janicel a été découverte sur une route de terre par une maquilleuse impressionnée par sa taille.

Lors de son premier concours, il y a trois ans, elle a remporté 3000 pesos (63 euros). Depuis, l'argent qu'elle gagne dans les concours lui permet de subvenir aux besoins de sa famille. Elle a également défilé pour le couturier Rajo Laurel, une vedette aux Philippines, et une marque de prêt-à-porter.

L'un des achats dont elle est la plus fière est celui, en 2013, du premier téléviseur de ses parents. «Il n'avait même pas d'écran plat», mais jusqu'alors, ses «parents devaient regarder la télé chez le voisin», se rappelle-t-elle.

Rodin Gilbert Flores a formé les lauréates philippines Bea Rose Santiago (Miss International 2013) et Jamie Herrel (Miss Terre 2014).

Au palmarès philippin figurent cinq Miss International, deux Miss Univers, deux Miss Terre et une Miss Monde.

Aux Philippines, les admirateurs de concours de beauté sont motivés. En 2010, une vidéo postée sur YouTube montrant quatre copains hystériques devant le concours de Miss Univers a été regardée près de quatre millions de fois, si bien que la chaîne de restauration rapide KFC a utilisé les images pour une campagne publicitaire.

Pour Joyce Burton-Titular, Miss Philippines 1985, les concours ont autant de succès, car les gens adorent regarder et critiquer. «C'est quelque chose de culturel, qui commence avec l'admiration de la beauté. On aime bien aussi dire du mal», dit-elle à l'AFP.

C'est aussi un moyen de sortir de la pauvreté dans cet archipel où un quart des 100 millions d'habitants vivent avec moins d'un dollar par jour.

«C'est l'égalité des chances, car on peut être pauvre parmi les pauvres et gagner quand même. Ici, ces concours donnent du pouvoir». Elle raconte que sa couronne lui a donné la confiance nécessaire pour se lancer comme actrice et comme présentatrice de journaux.

À la différence de Janicel, Jamie Herrell vient d'une famille aisée. Avec ses gains, elle s'achète des vêtements, mais elle prend son rôle de Miss très au sérieux. Elle plante le maximum d'arbres possible dans les régions en proie à la déforestation. «Les femmes peuvent se servir des concours comme moyen de transmettre un message. On aide la commauté tout en étant belles».

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