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Des mères de famille contre la «gentrification» qui gagne l'est de Londres

En septembre, le groupe qui s'est baptisé «Focus... (Photo Digital/Thinkstock)

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En septembre, le groupe qui s'est baptisé «Focus E15 Mothers», du nom du centre d'hébergement où elles se sont côtoyées, a temporairement occupé des logements vides appartenant à la ville.

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Naomi O'LEARY
Agence France-Presse
LONDRES

Poussette dans une main, pancartes dans l'autre, un groupe de mamans londoniennes est à l'avant-garde de la lutte pour réclamer des logements abordables dans une capitale saisie par la frénésie de la spéculation immobilière.

Leur alliance est née le jour où ces jeunes femmes, toutes âgées de moins de 25 ans, ont reçu un avis d'expulsion du centre d'hébergement où elles vivaient jusque-là, à Newham. Ce quartier de l'est de la ville, réputé parmi les plus modestes, a vu sa physionomie métamorphosée par la construction du stade olympique, qui a accueilli les Jeux de 2012.

L'événement était censé contribuer à l'amélioration des conditions de vie locale, mais il a surtout transformé l'endroit en un nouveau terrain de chasse pour les promoteurs immobiliers.

«J'étais enceinte et mon accouchement était prévu un jour avant mon expulsion», raconte Sam Middleton, 21 ans, qui vivait dans ce centre d'hébergement depuis qu'elle avait quitté son compagnon violent.

Si elle a bien reçu des propositions de relogement, à chaque fois c'était loin de Londres, où elle a grandi.

«Ils déplacent les gens pauvres dans des taudis. C'est du nettoyage social», dénonce-t-elle, au cours d'une des manifestations organisées pour défendre leur cause.

Avec son bébé d'un an, elle a été finalement relogée dans le secteur privé, pour un loyer de 249 livres par semaine, payé par l'État. Mais la solution est provisoire: le contrat de location s'arrête en mars, et au-delà c'est l'incertitude.

En septembre, le groupe qui s'est baptisé «Focus E15 Mothers», du nom du centre d'hébergement où elles se sont côtoyées, a temporairement occupé des logements vides appartenant à la ville.

Un projet de transformer les lieux en université a été retoqué l'an dernier devant les protestations, et depuis la plus grande partie du site reste vide.

«Focus E15 Mothers» accuse la municipalité de s'enrichir en vendant des bâtiments à des promoteurs qui, elles le craignent, chasseront les résidents les plus modestes. Des manifestations se multiplient partout dans Londres contre ce phénomène.

Manque de logements sociaux

Le conseil d'arrondissement de Newham affirme faire de son mieux malgré les coupes dans les dépenses sociales imposées par le gouvernement conservateur de David Cameron.

«Nous devons prendre des décisions difficiles. Ces mères ne sont pas les seules familles confrontées à ces problèmes», dit le maire travailliste, Robin Wales.

Ses services expliquent que les incitations gouvernementales à l'achat des logements sociaux ont conduit à un épuisement du stock alors que 16 000 ménages sont en attente de ce type d'hébergement dans ce quartier.

Entre 35 et 45% des logements vendus sous ce programme baptisé «Right to buy», vont en fait à des propriétaires privés qui accordent des baux courts et augmentent sans cesse les loyers, selon lui.

Les loyers moyens à Newham ont ainsi augmenté 5,6 fois plus vite que le salaire moyen l'an dernier, selon le conseil d'arrondissement. Sur l'ensemble de la capitale, ils ont augmenté 2,8 fois plus vite que le salaire moyen.

Un ciel hérissé de grues

Investissement très populaire pour ceux qui en ont la possibilité, le coût moyen d'une maison à Londres s'élève désormais à plus de 500 000 livres, selon l'office national des statistiques.

«La vraie solution est évidente: construire des centaines de milliers de nouveaux logements», a déclaré récemment le maire de Londres Boris Johnson lors d'un salon immobilier où s'étaient invités les manifestants. Lui-même a promis 55 000 nouveaux logements «abordables» entre 2011 et 2015.

Mais la définition du gouvernement du mot abordable est dévoyée, accusent les militants.

«Il est de plus en plus difficile pour des Londoniens ordinaires de trouver à se loger alors que dans le même temps le ciel est hérissé de grues parce que l'on construit des tours de luxe», confirme Paul Watt, professeur d'urbanisme à l'université de Birkbeck, à Londres.

Cette question s'est largement imposée dans la campagne électorale pour les législatives de mai 2015, les partis conservateur et travailliste faisant assaut de promesses sur le nombre de logements qu'ils comptent construire.

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