Partys d'anniversaire: célébrer dans la démesure

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De plus en plus d'anniversaires sont célébrés et organisés comme de véritables événements. Vous allez avoir 30, 40, 50, 60, 70 ans? Attention, vos meilleurs amis sont peut-être en train de vous préparer en toute discrétion le party du siècle avec D.J., traiteur, surprises, défis, voyages et retrouvailles d'amis qui arrivent de l'autre bout du monde. Est-ce démesuré? Que cache cette envie effrénée d'être la star d'un soir?

«Quarante ans, ça se fête en grand!», s'exclame Natalie Brown, qui a organisé un somptueux événement pour son 40e anniversaire, en novembre dernier. Les festivités ont débuté à midi et se sont terminées au petit matin.

«À mes frais, j'ai loué un studio avec photographe et maquilleurs. Selon un horaire précis, par groupes d'amis, le concept était d'immortaliser ces beaux moments avec une séance photo sous différents thèmes. Par exemple, avec plusieurs copines, on a imité les filles de Sex and the City et avec mes amis de cégep, nous avons fait un bond dans les années 80 en se rapprochant du style Robert Palmer», se rappelle Natalie, avocate, mère de deux enfants, ravie d'avoir de beaux souvenirs de cette journée mémorable. De plus, ces photos ont été projetées le soir même lors de la grande fête qu'elle a organisée dans un bar où, déguisée en Madonna, elle avait réuni 75 personnes. Elle a réalisé qu'elle était entourée d'amis et de femmes fantastiques.

Pour Natalie, avoir 40 ans représente à ses yeux une étape importante dans sa vie. Elle avait envie de faire un bilan, de réunir amis et membres de la famille qui ont été présents pour elle et qui l'ont soutenue à travers ses expériences, mais elle souhaitait aussi regarder vers l'avenir.

«Je suis passée à travers des années difficiles avec une carrière à établir et des enfants en bas âge. Je sortais moins, j'ai passé plus de temps en famille dans notre petit cocon avec mon mari. Mes enfants ont maintenant 6 et 8 ans, ils sont plus autonomes, et c'est le retour d'une certaine liberté, on s'occupe davantage de soi. C'est ce que je célébrais aussi», constate celle qui a dépensé quelques milliers de dollars pour la journée de festivités.

«Je pense qu'on vit plus dans le moment que nos parents. On va peut-être le regretter quand on va prendre notre retraite, mais on a une autre mentalité. On se paie la traite, on s'amuse et on se fait plaisir.

»

Natalie Brown

Surprise!

Caroline Gervais a eu une immense surprise en décembre pour ses 40 ans. Un comité composé de quatre amies a organisé une grande fête où une soixantaine de personnes étaient présentes. «Je savais que quelque chose se préparait, mais de voir ainsi tous mes amis et mon DJ préféré réunis juste avant Noël, alors que je sais que c'est compliqué chaque année, car je suis née un 19 décembre... Que d'émotions.»

Il n'est pas simple d'organiser un anniversaire, surtout quand les invités sont nombreux et qu'il est impossible de faire cela chez soi. Il faut alors chercher une salle, un bar ou un restaurant, réserver un DJ si on veut danser, préparer gâteau, discours et animations. De plus, on rivalise d'imagination en voulant offrir des cadeaux originaux tout en restant dans les grands classiques: hommages en vidéo et albums de photos.

Jacinthe Côté est en pleine organisation des 40 ans de sa soeur aînée. Elle se souvient qu'il y a 10 ans, elle s'était mis tellement de pression pour ses 30 ans qu'elle s'était disputée avec son amoureux. «Les attentes sont très élevées. Toutes les amies de ma soeur ont évidemment 40 ans en même temps. Depuis janvier, je vois sur Facebook le partage de photos des nombreuses fêtes. Et il y a une certaine surenchère entre les voyages entre amis, les énormes événements, les défis ou marathons que les gens ont envie de réaliser. Bref, tu as envie de te démarquer, alors tu te creuses la tête!», explique-t-elle. «Ma soeur voulait prendre les choses en main et organiser elle-même sa fête, et j'ai refusé.» Jacinthe estime qu'il ne faut pas oublier l'essentiel: être entourée des gens qu'on aime, les amis d'enfance, ceux du secondaire, de l'université et de son milieu professionnel, et faire une fête qui nous ressemble. «Depuis qu'on a des enfants, on a moins d'occasions de se voir, et les anniversaires, c'est un prétexte pour se réunir.»

Elle a récemment fait un voyage en France pour célébrer les 40 ans d'un ami lors d'un séjour en Bourgogne. «Je garde en mémoire cinq jours magiques avec les enfants, où nous étions tous ensemble avec 50 personnes! On en a profité pour passer nos vacances... On s'entend que peu de gens peuvent se permettre un truc pareil! C'est surréel et très coûteux.»

«À 40 ans, on met les choses en perspective. Faire une grande fête peut aussi donner un coup de pied dans le derrière et permettre un renouveau.

»

Jacinthe Côté

C'est pourtant ce qu'a fait Marie-Annick Boisvert: réunir pour ses 40 ans ses meilleures amies dans trois condos à Miami pendant quelques jours. Elle en garde un souvenir incroyable. «Ce n'est pas la quantité, mais la qualité du temps passé ensemble qui compte. À notre âge, consacrer du temps à ses amis, c'est du luxe et c'est précieux. C'est de plus en plus difficile de se voir, on a tous des agendas ultra-chargés. C'est simple, pour les anniversaires, je ne fais plus de cadeau, je préfère offrir des lunchs en tête-à-tête ou des journées spa pour qu'on puisse avoir de belles conversations et se voir vraiment, intimement», dit Marie-Annick.

En mettre plein la vue

Maude Gallichand constate le nombre grandissant de célébrations d'anniversaires marquants. Associée de Deux filles branchées, entreprise de gestion d'événements, elle remarque que l'imagination n'a pas de limites et que les gens, quels que soient les moyens dont ils disposent, veulent en mettre plein la vue. «Les gens se mobilisent, investissent beaucoup d'argent et de temps. Tu vois qu'ils ont économisé depuis longtemps spécialement pour l'occasion. C'est simple: c'est aussi stressant qu'organiser un mariage, il faut que tout se déroule comme prévu, et si l'effet de surprise est réussi, c'est mission accomplie.» Elle donne quelques exemples de surprises: la fêtée apprend, pendant sa fête, que sa valise est prête et qu'elle s'envole vers New York pour le week-end avec ses trois meilleures amies; un autre va aller descendre des chutes en canoë ou encore participer à une grande chasse au trésor.»

« C'est assez nouveau d'engager une société comme la nôtre pour coordonner des anniversaires. C'est une réelle tendance, et je dirais que les célébrations des 40 ans sont très populaires. Peut-être disposant de plus d'argent qu'à 30 ans, plus d'énergie qu'à 50 ou 60 ans, et que les gens n'ont jamais été aussi beaux et épanouis qu'à 40 ans», dit Maude en riant.

Narcissisme et légèreté

Questions à Rachida Azdouz psychologue

«Je viens de célébrer mon anniversaire et j'ai interdit à mon chum de faire une grande fête», s'exclame d'emblée Rachida Azdouz, psychologue et spécialiste des relations interculturelles à l'Université de Montréal. Entrevue avec celle qui décrypte cette tendance avec son regard de psychologue. Entre hédonisme, légèreté et narcissisme.

Pourquoi a-t-on envie de faire de son anniversaire un événement?

Il y a plusieurs interprétations à ça. D'abord, pour rester très premier degré, je dirais que la vie est morose et difficile, la maladie est présente dans toutes les familles et les problèmes sont multiples. Les gens ont besoin de légèreté, et c'est une belle occasion de l'exprimer: on se retrouve, on chante, on danse, on célèbre la vie. Les gens ont besoin de ça, de cette dimension très hédoniste, et de marquer le passage du temps. On réunit ses amis et on prend du bon temps. Il y en a qui sont heureux de quantifier; à leurs 40 ans, les invités étaient nombreux, ça quantifie leur propre valeur à leurs yeux.

Et quel est le second degré, après la dimension hédoniste?

Dans notre société occidentale, pourquoi souhaite-t-on absolument faire de cette fête quelque chose d'original? C'est parce qu'on veut être unique. Avec l'individualisme vient le besoin d'être unique. Et notre façon de l'exprimer est de célébrer de manière mémorable notre 40e, 50e, 60e ou 70e anniversaire pour nous démarquer du lot. On fait partie de l'humanité, on se sent solidaire, on se soucie de l'état de la planète, on est écolo, mais paradoxalement, on veut que notre passage sur Terre marque les esprits. C'est pour ça que les gens se donnent un mal fou pour faire LE party et être dans la démesure. En même temps, on souhaite être unique, mais en faisant partie d'un groupe et d'une longue chaîne, la famille, les amis et les amis d'enfance, où qu'ils soient. On reconstitue le casse-tête de notre existence.

Est-ce qu'il y a un côté narcissique?

Bien sûr qu'il y a un côté narcissique à tout cela. Il y a ceux qui organisent leur propre fête... là, on est dans le vrai narcissisme. La personne ne veut pas se tromper et souhaite être célébrée comme elle considère qu'elle mérite de l'être. Les organisatrices, qui sont souvent les amies, peuvent aussi vivre leurs folies par procuration. On projette sur l'autre nos propres désirs et ce que l'on souhaiterait pour notre propre anniversaire. Il y a aussi un certain narcissisme chez ces amies qui s'assurent que la fêtée, la larme à l'oeil, va les remercier et dire haut et fort que ce sont des femmes formidables et des amies dont tout le monde rêve, devant tous les invités! C'est donc un narcissisme dans les deux sens.

Il y a des gens plus contrôlants que d'autres?

La notion de contrôle est importante. Il y a des personnes qui ne supportent pas de laisser à d'autres la tâche d'organiser. Par exemple, elles ne veulent pas qu'on montre des photos où elles ne sont pas à leur mieux. On ne contrôle pas la mort, on ne contrôle pas notre naissance ni la maladie, mais on peut contrôler le passage du temps, et il y en a pour qui c'est important. Je n'ai pas choisi de venir au monde, je ne sais pas comment je vais mourir, mais je vais contrôler les passages importants et les faire à ma façon.

Est-il question de faire le bilan?

Oui. Pour faire un bilan, il faut aller chercher les éléments qui font partie du bilan: nos réalisations, notre carrière, nos enfants (ou non), un bien-cuit pour dire à quel point nous sommes extraordinaires, comment nous avons concilié travail, famille, etc. Réunir des gens autour de soi, au-delà de la famille, ça veut aussi dire qu'on a réussi dans nos relations. Aujourd'hui, c'est très important de se constituer un réseau de personnes qui comptent pour nous et pour qui nous comptons aussi. Ce que nous sommes, c'est pour cette raison que les personnes nous célèbrent. C'est de l'amour des gens, c'est une réussite sociale et amicale, c'est-à-dire que nous sommes de bonnes personnes, aimées par des gens de différentes origines et catégories sociales, parce que nous en valons la peine et que nos amis nous ont organisé tout ça.

Est-ce une tendance, cette démesure?

Ç'a toujours existé, mais ça s'est démocratisé. Quand on remonte à l'Antiquité ou à l'époque des Romains, on voit qu'ils organisaient des fêtes à leur propre gloire. Pensons aussi aux grands chefs d'État. La reine d'Angleterre a toujours célébré en grande pompe son anniversaire ou son jubilé. Les dictateurs africains également. Aujourd'hui, ça s'est démocratisé. Tout le monde veut être roi ou reine d'un jour. C'est dans l'air du temps, ça va avec la téléréalité, avec les 15 minutes de gloire, on veut tous de l'attention et être la vedette du jour. La différence, c'est qu'avant, c'était réservé à des cercles du pouvoir, aux artistes et vedettes hollywoodiennes qui aiment la démesure et le champagne qui coule à flots. Les gens de pouvoir un peu mégalomanes sont reconnus pour être dans la démesure et la fantaisie.

Est-ce qu'il y a des gens qui résistent à cette folie?

Oui. Par pudeur, ce n'est pas par idéologie, mais parce qu'ils n'ont pas envie d'être le centre de l'attention, ça les met mal à l'aise. Ils préfèrent des fêtes dans l'intimité sans spectateurs. On se bat contre les rituels dictés par les religions et on se crée d'autres contraintes encore plus lourdes... on peut bien y résister.

Certains veulent remercier leurs amis après une épreuve?

Il y en a qui ont envie de célébrer parce qu'ils sont encore en vie. Quelqu'un qui a eu le cancer du sein, et qui veut remercier ses amis. Il y a toujours un autre côté à la médaille à certaines célébrations. La vie a repris ses droits et on fête. Ça tombe à point nommé dans une vie. Ce qu'on a envie de faire, c'est de célébrer le bonheur d'être en vie, et il n'y a rien de narcissique là-dedans. Célébrer le triomphe de la vie sur la mort et la maladie.




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