Tout sur l'intimidation

Quoi faire quand son enfant est bourreau ou victime d'intimidation? Qui peut... (Illustration Julien Chung, La Presse)

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Illustration Julien Chung, La Presse

Sophie Allard
La Presse

Quoi faire quand son enfant est bourreau ou victime d'intimidation? Qui peut vous aider à trouver les bons mots et les bons moyens pour régler le problème? Voici quelques pistes pour mettre fin à l'intimidation...

1. Qu'est-ce que l'intimidation?

«L'intimidation peut être un geste, une intervention ou un commentaire qui vise à blesser, humilier ou frustrer une autre personne», indique-t-on sur le microsite Moijagis.com, mis en ligne en février par le ministère de l'Éducation, du Loisir et du Sport (MELS). Une simple moquerie? Une querelle entre copains? L'intimidation, c'est bien plus que cela. L'enfant intimidé vit de la détresse. «Il doit y avoir une relation de pouvoir, de dominance entre les jeunes. L'un agresse, l'autre est victime. La notion de souffrance et de continuité dans le temps est bien présente», explique Égide Royer, psychologue, professeur en adaptation scolaire et codirecteur de l'Observatoire canadien pour la prévention de la violence à l'école, à l'Université Laval.

2. Quelle forme prend l'intimidation?

L'intimidation est partout, dans les rues comme au centre sportif, sur l'internet comme dans l'autobus. Elle est plus directe ou physique chez les garçons, plus indirecte ou sociale chez les filles. L'intimidation, selon Moijagis.com, c'est notamment:

- faire courir des rumeurs pour isoler une personne;

- parler ou écrire des méchancetés sur une personne ou diffuser ses secrets;

- humilier, menacer ou exclure une personne d'un groupe;

- briser ou voler les effets d'une personne;

- agresser physiquement ou sexuellement une personne (touchers inappropriés, bousculades, coups, morsures, etc.);

- diffuser des messages, des photos et des vidéos préjudiciables sur l'internet ou par téléphone.

3. Combien de victimes fait l'intimidation?

«Bon an mal an, entre 6% et 10% des élèves sont victimes d'intimidation de manière répétitive», note Égide Royer. Ces chiffres sont semblables dans plusieurs pays, dont les États-Unis et La France. «L'intimidation touche parfois les enfants qui ont une caractéristique qui les distingue, une différence, comme l'homosexualité, le surpoids ou un handicap. Mais le plus souvent, l'intimidation tombe sur quelqu'un comme un éclair dans le ciel bleu», poursuit M. Royer. Souvent, les plus vieux s'en prennent aux plus jeunes. Un enfant qui a peu d'amis, qui souffre d'anxiété ou qui est replié sur lui-même et a une faible estime personnelle peut être une cible privilégiée, selon des études citées par Sécurité publique Canada.

4. Mon enfant est-il intimidé?

Les signes à reconnaître:

- ses vêtements sont déchirés, sales ou manquants (par exemple, une casquette volée);

- il a de la difficulté à dormir;

- il semble plus irritable ou malheureux;

- il perd le goût d'aller à l'école et évoque toutes sortes de raisons pour rester à la maison («Les enfants intimidés sont jusqu'à 25 fois plus susceptibles de cumuler les absences», indique Égide Royer);

- il n'a soudainement plus d'intérêt pour des activités qu'il aimait;

- il semble fuir certains endroits, il s'isole ou cesse d'utiliser l'internet;

- ses résultats scolaires chutent de façon inexpliquée.

5. Mon enfant est intimidé, comment puis-je agir?

- Initiez le dialogue. Selon Égide Royer, «le parent doit poser des questions et laisser la porte ouverte si l'enfant ne se confie pas d'emblée».

- Restez calme, afin de rassurer votre enfant, et ne le blâmez pas.

- Si votre enfant reste muet, informez-vous auprès de ses amis.

- Conseillez à votre enfant de dénoncer ses agresseurs et d'éviter les gestes de représailles. «Indiquez-lui qu'il n'y a rien de mal à le faire et qu'il faut du courage pour y arriver», dit-on sur Moijagis.com.

- Conseillez à votre enfant de rester avec des amis dignes de confiance et d'éviter les endroits propices à l'intimidation.

- Mettez au point avec lui une façon efficace de faire face aux attaques. «On peut enseigner aux jeunes comment composer avec certaines personnes agressantes. Au besoin, on peut demander l'aide d'un psychologue, d'un psychoéducateur ou d'un autre intervenant», indique Égide Royer. Selon Sécurité publique Canada, «des études démontrent que les réactions passives ou de peur, ainsi que les réactions agressives à l'intimidation, peuvent inciter l'auteur à continuer, d'où un cycle d'interaction agressive».

6. Quelles sont les conséquences possibles de l'intimidation?

Un enfant victime d'intimidation est plus susceptible de souffrir de maux de tête et de troubles digestifs. «Les symptômes de dépression et l'anxiété sont plus fréquents chez l'enfant victime d'intimidation que chez les autres. Fait plus préoccupant, les troubles psychiatriques associés à l'intimidation tendent à persister au cours de la vie», dit-on sur Prevnet.ca, un réseau national ayant pour mission de mettre fin à l'intimidation. On note aussi «un risque élevé de troubles d'adaptation scolaire» et «un taux élevé d'idées suicidaires chez l'enfant qui intimide, chez l'enfant qui en est victime et chez l'enfant qui est à la fois intimidateur et victime». Chez les agresseurs, on remarque un risque plus élevé de consommer des drogues et de l'alcool et de poser des actes criminels plus tard: «60% des garçons qui intimident leurs pairs à l'école primaire possèdent un dossier criminel à 24 ans» (Prevnet.ca).

7. Comment dois-je agir auprès de l'école?

Si l'intimidation nuit au fonctionnement de l'enfant, il faut agir sans attendre. Égide Royer a établi la règle du 48-48-48:

- Avisez la direction d'école de la situation par téléphone. On devrait vous informer des mesures prises pour que la situation cesse dans au plus 48 heures.

- Si vous ne recevez aucune réponse, avisez par écrit la direction de l'école (avec copie conforme à la direction de la commission scolaire) et demandez une réponse dans les 48 heures suivantes.

- Si vous ne recevez toujours aucune réponse, avisez le Protecteur de l'élève attitré à la commission scolaire et demandez une réponse dans les 48 heures.

- En tout temps, si vous croyez votre enfant en danger, n'hésitez pas à appeler la police. L'intimidation peut être considérée comme un acte criminel, selon le Code criminel du Canada.

8. Qui est le Protecteur de l'élève?

«Le Protecteur est une personne neutre, indépendante, attitrée à la commission scolaire. Il intervient lorsque les droits et les besoins d'un jeune sont bafoués. Lors de situations où les parents sont insatisfaits des réponses obtenues de la part de l'école ou de la commission scolaire, ils peuvent frapper à cette porte. C'est comme un ombudsman», explique Égide Royer. Aujourd'hui, chaque commission scolaire a un Protecteur de l'élève.

9. Que puis-je faire en cas de cyberintimidation?

À l'ère de l'internet et des téléphones mobiles, l'intimidation survient souvent par l'entremise des réseaux sociaux et des textos. La marche à suivre, selon Moijagis.com:

- Encouragez votre enfant à privilégier le contact avec ses amis à l'extérieur de l'espace virtuel.

- Conseillez-lui d'éviter les endroits comme les sites de clavardage et les jeux en ligne, terrains propices à l'intimidation.

- Recommandez à votre enfant de ne pas répondre aux messages intimidants.

- Bloquez les adresses des personnes qui l'intimident et, si vous le jugez bon, retracez-les.

- Dites à votre enfant de sauvegarder les messages d'intimidation reçus.

- Conseillez-lui de s'adresser à un adulte responsable à l'école.

- En tout temps, appelez la police si la sécurité de votre enfant vous semble compromise.

10. Comme parent, que dois-je éviter de faire?

- Ne jouez pas à l'autruche et ne minimisez pas la gravité de la situation.

- Ne paniquez pas et ne mettez pas la responsabilité sur les épaules de votre enfant. Il a besoin de votre soutien.

- Oubliez la médiation. «Dans un contexte d'inégalité, dans une situation de pouvoir, toutes les études le disent: on doit préconiser un arrêt de comportement, on ne doit pas faire de médiation. La médiation donne l'impression à l'enfant intimidé qu'il est en partie responsable de son malheur, c'est illogique», dit Égide Royer.

11. Peut-on, comme parents, prévenir l'intimidation?

Il n'y a pas de recette miracle. «La meilleure prévention c'est d'élever nos enfants du mieux qu'on peut, indique Égide Royer. En rendant les enfants sûrs d'eux, confiants, on voit moins de situations d'agression. On doit leur montrer, en gros, à savoir dire bonjour, à savoir faire un compliment et attirer l'attention de façon positive. On doit leur montrer qu'on peut blesser quelqu'un avec ses paroles. Ça relève de la civilité.»

12. Si mon enfant est témoin d'intimidation, que dois-je faire?

Dans 9 incidents sur 10, il y a présence de témoins. «Vous devez faire comprendre à votre enfant qu'il doit agir. L'expression assistance de personne en danger s'applique dans les cas d'intimidation», précise Égide Royer. Les témoins ou observateurs ont un rôle à jouer dans le maintien de l'intimidation. «Un intimidateur sans public a peu de motivation à agresser. Mais les témoins suivent ou s'éloignent par peur d'y passer aussi, ça lui donne plus de pouvoir», explique M. Royer. Le témoin doit faire part d'une situation d'intimidation à un adulte responsable de l'école, ou ailleurs.

13. Mon enfant est-il intimidateur?

Les signes à reconnaître selon Moijagis.com sont:

- il admet difficilement ses erreurs;

- il perçoit de l'hostilité de façon exagérée;

- il semble avoir peu de remords et peu de compassion;

- il fait preuve d'agressivité et présente parfois des comportements délinquants;

- il donne une (fausse) impression d'assurance, de confiance;

- il possède de nouveaux biens ou de l'argent obtenus d'une façon inconnue.

14. Si mon enfant est intimidateur, comment dois-je agir?

- Gardez votre calme, écoutez-le et dites-lui que vous prenez la situation au sérieux.

- De concert avec l'école, faites un arrêt de comportement.

- Revenez sur l'incident et creusez pour connaître les causes de ses agissements, suggère Égide Royer.

- Rappelez-lui l'importance du respect d'autrui, et des différences.

- Outillez-le afin qu'il adopte une autre façon de régler les conflits et de gérer sa colère (demandez l'aide de spécialistes: psychologue, psychoéducateur).

- Passez plus de temps avec votre enfant, supervisez ses activités et informez-vous sur ses amis.

- Expliquez-lui les conséquences possibles de l'intimidation (expulsion de l'école, plainte à la police, etc.).

15. Peut-on enrayer l'intimidation?

Il serait utopique de penser éliminer toute forme d'intimidation. Il existe néanmoins des solutions pour diminuer sa prévalence. Le projet de loi 56 déposé par la ministre Line Beauchamp en février propose quelques mesures - qui ne font pas l'unanimité en raison de leur aspect coercitif et du manque de ressources allouées - pour lutter contre l'intimidation et la violence à l'école. Le projet de loi prévoit l'obligation pour chaque école de nommer un responsable de l'intimidation et d'offrir de l'encadrement et du soutien aux élèves intimidés. Les commissions scolaires devront mettre en place une stratégie contre l'intimidation et faire un rapport annuel sur l'intimidation. Elles s'exposent à des sanctions si elles défient la loi.

«Chaque école doit mandater un responsable de l'intimidation et avoir un plan d'intervention de première ligne», confirme Égide Royer, codirecteur de l'Observatoire canadien pour la prévention de la violence à l'école. «Dans le meilleur des mondes, le premier répondant devrait être un psychoéducateur, un psychologue ou un professionnel solidement formé et capable de composer avec la dimension de souffrance et de santé mentale.» Selon lui, le nombre d'enfants intimidés ne peut que diminuer en présence d'une stratégie efficace (incluant l'ajout de personnel qualifié et de services).

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L'intimidation, c'est fini

Jusqu'au 4 mai 2012, les élèves du primaire et du secondaire, à l'aide de parents ou d'intervenants, sont invités à écrire un texte ou réaliser un court film sur une initiative prise pour contrer l'intimidation. Le concours «L'intimidation, c'est fini. Moi, j'agis» est organisé par le ministère de l'Éducation dans le cadre de la Stratégie de mobilisation de la société québécoise à l'égard de l'intimidation et de la violence à l'école. Les prix? Au primaire: un spectacle de Yannick Bergeron, qui mêle magie et chimie, et 3500$ pour l'école. Au secondaire: un concert de Karim Ouellet, jeune chanteur d'origine sénégalaise, et 5000$ pour l'école.

Image tirée du film Bully, en salle dès... (Photo fournie par la production) - image 2.0

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Image tirée du film Bully, en salle dès aujourd'hui.

Photo fournie par la production

Bully (Intimidation)

Lorsqu'il prend l'autobus, le frêle Alex, âgé de 14 ans, se fait immanquablement insulter, menacer, bousculer et même frapper par plusieurs garçons. C'est comme ça chaque jour depuis des années, et la violence ne fait qu'augmenter. Dans le documentaire Bully, le cinéaste Lee Hirsh raconte avec finesse et émotion la grande souffrance de cinq adolescents intimidés aux États-Unis. Celle de leurs proches aussi. Victimes d'intimidation, Ty Smalley, 11 ans, et Tyler Long, 17 ans, ont d'ailleurs mis fin à leurs jours. Bully (Intimidation en version française) sort en salle au Québec aujourd'hui.

VOIR la fiche du film

LIRE une entrevue avec le réalisateur de Bully

VOIR la bande-annonce (en anglais)

Quoi faire quand son enfant est bourreau ou victime... (Photothèque La Presse) - image 3.0

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Photothèque La Presse

Informations sur le web:

moijagis.com

moijagis.com

preventionviolence.ca

securitepubliquecanada.gc.ca

Prevnet.ca

fcpq.qc.ca

fondationjasminroy.com

jeunessejecoute.ca

teljeunes.com

ligneparents.com




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